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Pollution atmosphérique et cancer : "Strasbourg respire" conteste les dires de Michel Aubier

Michel Aubier, chef du service de pneumologie-allergologie de l'hôpital Bichat, également médecin-conseil du groupe pétrolier Total, est au coeur d'une polémique mercredi en raison notamment de propos tenus dans plusieurs médias, minimisant la toxicité du diesel sur la santé.

  • avec AFP
  • Publié le 16/03/2016 | 15:02, mis à jour le 16/03/2016 | 15:08
© MaxPPP

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"Dans l'émission Allô Docteur du 1er mars (sur France 5), le Pr Michel Aubier, pneumologue à l'AP/HP (assistance publique/hôpitaux de Paris), a affirmé que la pollution atmosphérique n'était pas cancérigène sauf à de très forts taux d'exposition et essentiellement chez les fumeurs", déplore le collectif "Strasbourg respire".


"Un rectificatif nous semble indispensable pour corriger certains propos d'un médecin universitaire qui vont à l'encontre des principales études médicales, et notamment des études de l'OMS qui a classé le diesel cancérigène en 2012 et la pollution atmosphérique cancérigène en 2013", ajoute ce collectif dans un communiqué.


"Nous souhaitons simplement rétablir la vérité et qu'une information impartiale soit donnée à la population", a déclaré à l'AFP Pierre Souvet, président de l'Association santé environnement France (Asef), signataire du communiqué. "Même à faible concentration, les particules fines sont cancérigènes", ajoute Thomas Bourdrel, médecin radiologue. Michel Aubier n'était pas immédiatement joignable mercredi pour réagir. 

"L'OMS s'est déjà trompée plusieurs fois, regardez sur la grippe aviaire ! Il faut faire extrêmement attention aux discours alarmistes. Mes patients fumeurs, du coup, me disent +je peux continuer à fumer, c'est le diesel !+, or 95% des cancers du poumon, c'est le tabac", s'est-il défendu auprès de Libération. Le quotidien, qui a enquêté sur ce professeur réputé, régulièrement sollicité par les médias, pour éclairer des sujets sur la pollution atmosphérique, révèle que celui-ci a par ailleurs passé sous silence son activité de médecin-conseil chez Total qu'il exerce pourtant depuis la fin des années 1990.

"Un peu léger"

Lors d'une audition le 16 avril 2015 par la Commission d'enquête du Sénat sur le coût économique et financier de la pollution de l'air,  Michel Aubier, alors représentant l'AP-HP à la place du directeur général Martin Hirsch, indisponible, "déclarait sous serment n'avoir +aucun lien d'intérêt avec les acteurs économiques+", écrit Libération.

L'intéressé reconnaît auprès du journal avoir été "un peu léger en ne le disant pas au Sénat" mais assure que "ces activités n'influencent absolument pas (son) jugement sur la pollution de l'air et le diesel". Chez Total, il fait le suivi de la santé des dirigeants et conseille la direction sur les enjeux sanitaires et la santé au travail, a-t-il expliqué à Libération. M. Hirsch, qui a fait de la lutte contre les conflits d'intérêts une priorité au sein de l'AP-HP, affirme de son côté qu'il ignorait jusqu'alors le lien du pneumologue avec le pétrolier.

Il a adressé un courrier au président de la Commission d'enquête sénatoriale, dont l'AFP a obtenu une copie, indiquant qu'il avait demandé des éclaircissements. "Le Pr Michel Aubier m'a indiqué que cette activité avait été autorisée au moment où elle a démarré, à la fin des années 1990. Je n'ai pas trouvé, à ce stade, cette autorisation, ni aucune autre mention de cette activité dans son dossier administratif mais l'intéressé m'indique détenir un exemplaire de cette autorisation", écrit-il. L'AP-HP n'était pas en mesure de dire si cette affaire était de nature à suspendre le Professeur Aubier de ses activités au sein de Bichat.

Le pneumologue pourrait aussi être visé par un contentieux pour parjure. Dans un courrier adressé à l'ensemble des personnels AP-HP avec leur fiche de paie de février, Martin Hirsch rappelle la réglementation relative au cumul d'activités. "Cette réglementation est mal connue. Elle est parfois ignorée, parfois incomprise, parfois négligée (...). Ne pas la respecter expose à des sanctions qui peuvent être lourdes", souligne-t-il, exhortant les personnels qui ne seraient pas en règle à se mettre en conformité "sans délai".

Martin Hirsch fait état "de pratiques non conformes au droit, avec des agents qui effectuent des missions d'intérim en plus d'un emploi à plein temps à l'AP-HP" ou d'activités rémunérées "effectuées sans que l'autorisation requise ait été demandée et a fortiori accordée".
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