Beuveries dans les stations des Alpes: pourquoi l'alcool fait des ravages en montagne?

"La Folie Douce" à Val Thorens en février 2013. Et la nuit ? / © PHILIPPE DESMAZES / AFP
"La Folie Douce" à Val Thorens en février 2013. Et la nuit ? / © PHILIPPE DESMAZES / AFP

Du bruit, et des morts. C'est ce que l'alcool provoque dans les grandes stations de ski comme celle de Val Thorens. Des "ambassadeurs du respect" s'occupent désormais de maintenir le calme la nuit, à la sortie des bars et discothèques. Un médecin nous explique pourquoi on est si vite bourré là haut.

Par Mickaël Guiho

A la fermeture des pistes, les secouristes assurent le "service brouette", comme ils disent. C'est l'heure de descendre les personnes alcoolisées sur des traîneaux... Mais il n'y a pas que dans les restaurants d'altitude et sur les pistes qui l'alcool finit par poser problème dans les stations. Depuis quatre ou cinq ans aussi, c'est la nuit, à la sortie des bars et discothèques des stations, que le mot "beuverie" prend tout son sens.

A Val Thorens, les plaintes des habitants se sont multipliées. Trop de bruit la nuit. Le problème est pris au sérieux par la Préfecture de Savoie, qui tient des réunions régulières sur le thème de l'alcool, de la sécurité et de l'ordre dans les stations. Il en est ressorti quelques initiatives, comme celle des "ambassadeurs du respect". Pour la seconde saison, des civils en gilet jaune patrouillent pour inviter les fêtards à respecter les dormeurs.

Reportage de Florine Ebbhah et Maxime Quemener 

Les "ambassadeurs du respect" à Val Thorens
Intervenants : Guillaume Senterre, "ADR" ambassadeur du respect ; Jacques Guyot, directeur général des services.


Du bruit, mais aussi des morts. Les nuits arrosées finissent parfois par des drames. Cet hiver encore, la nuit du 31 décembre, un jeune est mort dans la station de Val Thorens. Trop alcoolisé, il s'était perdu à la sortie d'un établissement de nuit, n‘avait jamais retrouvé le chemin de son immeuble, et s’était endormi dans la neige.

Pas de doute, l'alcool est plus dangereux en montagne qu'ailleurs. Nous avons demandé à Charles Guinchard, médecin généraliste à Val Thorens, de nous l'expliquer.

Question. En altitude, on est davantage "bourré" qu'en vallée?


Charles Guinchard : Oui. En altitude, la pression atmosphérique diminue et cela a pour effet de diminuer l’apport en oxygène. Or, quand le corps manque d’oxygène, ça augmente tous les effets de l’alcool. En montagne, le taux d’alcoolémie est le même qu’en vallée, mais les tissus sont davantage imprégnés.

Q. Le froid aussi a un effet?


C.G : Le froid n’a pas d’effet en soit. Mais quand on est alcoolisé, on est moins sensible à la température. Le risque des fins de soirée en station, c’est que quelqu’un s’endorme dans la neige. Plusieurs choses peuvent arriver : soit il y a une réaction du corps qui fait qu’on se réveille, soit la personne entre dans un système de coma éthylique. Si c’est ça, elle peut se réveiller avec des angelures et des problèmes vasculaires, ou pire, décéder dans la nuit.

Q. Les vacanciers sont plus fragiles que les montagnards?


C.G : On peut dire ça. Lorsqu’on vit en altitude, le corps d’adapte en fabriquant de l’EPO, qui a pour effet d’augmenter le taux d’hémoglobine et assure donc une meilleure oxygénation de l’ensemble du corps. Après, comme partout, les effets de l’alcool dépendent du gabarit, du poids, de la manière dont chaque organisme synthétise les produits. On dit parfois que les jeunes anglo-saxons sont plus sujets à l’alcoolisme dans les stations: c’est seulement que les jeunes sont nombreux dans les stations la nuit, et que les Anglo-saxons sont nombreux parmi ces jeunes.

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