La mort du juge Lambert, un suicide écrit par avance?

PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN - Juge Jean-Michel Lambert en septembre 2014. / © Alexandre Marcih
PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN - Juge Jean-Michel Lambert en septembre 2014. / © Alexandre Marcih

Relancée depuis un mois, l'affaire Grégory a pris un nouveau tour dramatique avec le suicide, mardi 11 juillet, de Jean-Michel Lambert, premier juge chargé d'instruire l'affaire et ancien juge à Bourg-en-Bresse. Très marqué, il s'était plongé dans l'écriture avec une dizaine d'ouvrages à son actif.

Par Isabelle Gonzalez

Premier juge chargé en 1984 d'instruire cette affaire devenue un des plus grands fiascos de l'histoire judiciaire en France avait été très marqué par ce drame. Jean-Michel Lambert, natif de Jarnac, avait été nommé à Bourg-en-Bresse en 1988, où il avait réussit à se reconstruire, avant d'être muté en 2003 au Mans. Après un premier livre "Le petit juge", sorti en 1987, il s'était plongé dans l'écriture avec une dizaine d'ouvrages à son actif.

Le corps a été découvert mardi 11 juillet vers 19H00 à son domicile du Mans, a confirmé mercredi dans un communiqué le procureur de la République du Mans, Fabrice Bélargent. "Il ne présentait aucune trace de violence, la tête étant recouverte d'un sac en plastique", a précisé le procureur. "Aucune trace d'effraction ni de désordre n'a été constatée sur place. Aucun écrit de nature à expliquer ce décès n'a été découvert", ajoute le magistrat.

"L'enquête a été confiée au SRPJ d'Angers et une information en recherche des causes de la mort sera très prochainement ouverte. Une autopsie sera nécessaire pour déterminer précisément la cause du décès", a-t-il précisé.

Il y a cependant "peu de place au doute" sur un suicide de l'ancien magistrat, note une source proche du dossier.

D'après les premiers éléments de l'enquête, le corps du juge Lambert a été découvert par une voisine alertée par l'épouse du magistrat, actuellement en cure selon des proches, sans nouvelles de son mari depuis la veille.

Un scénario écrit par la juge lui-même

Dans le manuscrit de le onzième roman du juge Lambert "Témoins à charge", son éditeur De Borée, propriété du groupe Centre France, note d'"étranges parallèles" avec sa fin tragique: le personnage du Professeur Chabert, qui lui "ressemble trait pour trait", se donne la mort "pour sauver son honneur" et son corps est découvert "la tête recouverte d'un sac plastique, une bouteille de whisky vide au pied du fauteuil".

Seule divergence: contrairement à son personnage, l'ancien juge n'aurait laissé aucun écrit pour expliquer un geste.

Surnommé "le petit juge", Jean-Michel Lambert avait 32 ans lorsque, le 16 octobre 1984, le cadavre de Grégory Villemin, quatre ans, avait été retrouvé pieds et poings liés dans la Vologne.

Seul juge d'instruction à Épinal (Vosges), celui qui en était à son premier poste avait notamment révélé à la presse la teneur des accusations de Murielle Bolle, 15 ans, qui venait de dénoncer son beau-frère, Bernard Laroche, comme le ravisseur de Grégory.

Après la mort de Bernard Laroche, tué par son cousin, le père de l'enfant, Jean-Marie Villemin, les soupçons du magistrat s'étaient tournés vers la mère de Grégory, Christine Villemin, qu'il avait inculpée d'assassinat et renvoyée devant les assises.

Mais la Cour de cassation avait annulé la mise en accusation.

Entre-temps, l'instruction avait été reprise par un autre magistrat, le juge Maurice Simon, qui avait mis à mal toutes les thèses du "petit juge" et dont des extraits des "carnets secrets", récemment versés à la procédure selon des avocats du dossier.

Depuis un mois, l'enquête sur l'affaire Grégory a été relancée. Fin juin, Murielle Bolle a été mise en examen pour enlèvement suivi de mort. La grand-tante et le grand-oncle de l'enfant, Jacqueline et Marcel Jacob, pour enlèvement et séquestration suivie de mort.

Au moment de prendre sa retraite, en 2014, il sortait "De combien d'injustices suis-je coupable", dans lequel il évoquait "la complexité de l'oeuvre de justice".

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