Dernière étape judiciaire du dossier industriel de l'été: la justice tranche jeudi sur l'offre de reprise partielle de l'équipementier automobile creusois GM&S, sur fond de baroud des salariés qui "continuent la lutte" pour arracher un "mieux" sur l'emploi et les indemnités.
"On continue la lutte, on va continuer à bloquer les sites PSA et Renault. Même quand le verdict va tomber, on va continuer à se battre jusqu'au bout", lançait encore mercredi soir Yann Augras, secrétaire du CE et délégué CGT, arrivé avec un car de salariés à Sept-Fons (Allier) dans l'intention de bloquer l'usine PSA, une gageure face aux quelques 80 CRS qui protégeaient le site.
En début de soirée, une soixantaine de salariés avaient monté des tentes à proximité du site PSA, et prévoyaient de rester sur place jusqu'à jeudi, jour du jugement qui leur sera communiqué sur place par leur avocat venu de Clermont-Ferrand, Me Jean-Louis Borie.
"On a les preuves aujourd'hui que la casse de la Souterraine (où se trouve l'usine GM&S Industry) était planifiée depuis 2014. Alors aujourd'hui, on ne lâche rien", a poursuivi ce délégué CGT de GM&S, objet d'une seule offre de reprise, celle de l'emboutisseur stéphanois GMD.

Blocage de PSA-Poissy mardi à l'aube, blocage avorté à Renault-Flins mercredi, les salariés de GM&S se sont livrés ces jours-ci à un baroud, auprès des sites des deux constructeurs automobiles qui sont leurs principaux clients, avant la décision du tribunal de commerce de Poitiers qui sera rendue publique durant la journée de jeudi.
Les GM&S espéraient toujours mercredi soir, avant la décision du tribunal, qu'une ultime réunion avec les constructeurs sous l'égide de Bercy permettent un nouveau coup de pouce aux compensations financières, selon une source syndicale.
Mais en début de soirée, Bercy a confirmé à l'AFP qu'aucune réunion n'était prévue "à ce stade".


"On a les preuves aujourd'hui que la casse de la Souterraine (où se trouve l'usine GM&S Industry) était planifiée depuis 2014. Alors aujourd'hui, on ne lâche rien" déclarait un représentant CGT du personnel, mercredi 6 septembre à proximité du site de Sept-Fons, dans l'Allier. A. Albert / France 3 Auvergne


Les syndicats réclament 75.000 euros d'indemnité extra-légale par licencié et "un plan social digne de ce nom" pour un personnel à plus de 50 ans de moyenne d'âge.
Les salariés jugent également que les garanties de commandes (22 millions d'euros annuels sur cinq ans) arrachées à PSA et Renault par Bercy ne sont pas un gage de la pérennité du site, en difficultés financières depuis des années après d'éphémères reprises. L'usine de sous-traitance mécanique a compté jusqu'à 600 salariés en 1990.
Ils se demandent également comment l'usine, spécialisée dans l'emboutissage, l'assemblage et la tôlerie, pourra continuer de fonctionner avec 120 salariés retenus par le candidat à la reprise au lieu de 277. Pour ceux qui continueront l'aventure, le syndicaliste Yann Augras s'interroge: "Pourquoi nous avoir choisis nous, et pas nos collègues? Quels vont être nos conditions de travail à 120 personnes au lieu de 277? Et quel avenir?".


Après une nuit passée à proximité du site PSA de Sept-Fons, dans l'Allier, les 70 salariés de GM&S n'ont pas encore décidé des actions qu'ils comptent mener jeudi 7 septembre. A. Demars / France 3 Limousin



Le deuxième employeur privé de la Creuse avait été placé en liquidation fin juin, au terme de mois de manifestations, blocages et tractations, qui en ont fait un dossier social chaud des derniers mois du gouvernement Cazeneuve, puis des premiers mois du gouvernement Philippe, avec une forte implication de Bercy auprès des constructeurs notamment.

Le président Emmanuel Macron et Bruno Le Maire se sont particulièrement investis dans ce casse-tête social, industriel et territorial, pour éviter la liquidation pure et simple.
GMD (Groupe Mécanique Découpage) est spécialisé dans l'emboutissage, la plasturgie et la fonderie. Il compte 3.750 collaborateurs répartis sur 29 sites en France, en Europe de l'Est, eu Maghreb et en Asie. Son chiffre d'affaires 2016 s'établissait à 750 millions d'euros, selon son PDG Alain Martineau.