Se recueillir dans le silence des montagnes, méditer dans un monastère bouddhiste, marcher en groupe... De nombreux adeptes des retraites spirituelles, religieuses ou non, choisissent les Alpes pour venir y gagner en sagesse et paix interieure. 

Silence au foyer de charité catholique de La Flatière, aux Houches

"La nature, c'est un symbole de retraite, de spiritualité". Hélène Gomez, qui vit à Paris, a choisi de passer une semaine de retraite au sein du foyer catholique de la Flatière, aux Houches, en Haute-Savoie. Face au Mont-Blanc, à 1400 mètres d'altitude, le "lieu est absolument magique. Pour moi, la montagne est un symbole de sérenité", apprécie-t-elle.

On sent qu'il y a en chaque être humain ce désir de plus. On ne peut pas être un juste un petit individu perdu dans un cosmos


Au programme de cette retraite: le silence. Seul moment de parole, le prêche du matin, un passage de l'Evangile écouté par les 180 retraitants présents. Le pére Hannosset aborde, l'air de rien, les questions essentielles que son auditoire se pose. "Qu'est ce que c'est que vivre, à quoi ça sert de passer ma vie sur Terre, 40 ans à travailler, d'avoir des enfants, de vivre l'amour, est-ce que ça a un sens ?" liste le père Pierre Hannosset. "On sent qu'il y a en chaque être humain ce désir de plus. On ne peut pas être un juste un petit individu perdu dans un cosmos". 

Durant le temps libre, chacun médite, ou prie si il veut. Les couples sont souvent accueillis dans les mazots, ces petits chalets alpins, où ils peuvent prendre leur temps. 

Le moment du repas se passe lui aussi en silence. Les repas et toute la logistique du hameau de la Flatière sont assurés par une communauté de laïcs vivant sur place.

Ils sont presque invisibles, des silhouettes qui passent en toute discrétion. Comme Delphine, dans la communauté depuis l'an 2000. "Nous sommes 37, engagés à vie au service de cette évangélisation et de l'accueil des gens qui viennent ici en retraite. Nous donnons notre vie pour que cette mission puisse se vivre, et offrir au monde qui en a tant besoin ce lieu propice" explique-t-elle. 

Et l'argent, dans tout cela ?  Chacun donne ce qu'il veut, et depuis 60 ans, cela suffit. D'ailleurs, les retraitants reviennent souvent sur les lieux des cimes.
Retraites spirituelles : le silence au foyer de charité catholique de La Flatière, aux Houches
Intervenants: Hélène Gomez, Retraitante ; Père Pierre Hannosset ; Anne et Alexandre, Retraitants ; Delphine, Responsable du foyer de charité Equipe : RAGRIS Gilles, GLO Yves-Marie, FERREUX Thierry, PICCA Jean-Jacques - France 3 Alpes

 

La quiétude du monastère bouddhiste de Montchardon, en Isère

Dans les brumes du Vercors se dessine un monastère bouddhiste. Installé à Montchardon, ce temple aux mille bouddhas accueille les adeptes de la méditation. 

 Frédéric Cattin, responsable des lieux, fait la visite. "Cinq couleurs sont omniprésentes dans ces lieux, elles représentent les cinq sagesses primordiales qui font la nature de notre esprit" détaille-t-il. "La base du bouddhisme, c'est que chaque être possède, au fond de lui-même, cette nature d'éveil, cet éveil potentiel"

Pour arriver à cette nature d'éveil, c'est un long chemin. Au-delà de l'enseignement lui-même, ce sont la réflexion et la méditation qui permettent d'avancer.  


Une retraite longue de 1200 jours 


On peut venir ici faire une retraite de quelques jours, à sa convenance, sans connaitre forcément le bouddhisme en profondeur. Juste pour méditer. Ou bien encore suivre une retraite intermittente par séjour de 48 heures, comme celle-ci. Mais ce centre du Vercors propose aussi une très longue retraite, très rare dans le monde occidental. Une retraite absolue, durant trois ans et trois mois.


Ce qui est extraordinaire, c'est que cela passe très vite


Actuellement, certains s'y préparent. Mais ils ne communiquent déjà plus avec l'exterieur que par courrier écrit. Frédéric Cattin peut en parler, il l'a vécue quelques années plus tôt. "Les gens se demandent ce que l'on peut faire pendant trois ans, mais en fait ce qui est extraordinaire, c'est que cela passe très vite. [...] C'est très intense, il y a un programme très poussé, pas le temps de s'ennuyer."

L'enseignement donné par un guide spirituel, un lama tibétain, rythme la journée, ainsi que les tâches de vie collective. Hommes et femmes sont séparés. L'essentiel du temps se passe à méditer, seul dans sa chambre. Et après ces trois ans, qu'a-t-on vraiment appris sur soi ? Là est la question.

"C'est vrai que le but n'est pas atteint, car dans le bouddhisme, le but c'est l'éveil. On se rend compte d'autant plus que le chemin est long. [...] Mais l'approfondissement est là, je n'ai plus le même regard sur les choses. J'ai l'impression que ça m'a fait faire un bout de chemin et m'a donné envie de continuer" témoigne Anne. Ancienne infirmière, elle est devenue permanente à Montchardon. Elle accueille les visiteurs désireux, comme elle, de faire un petit bout de chemin, seuls face à eux-mêmes.

Retraites spirituelles: le monastère bouddhiste de Montchardon, en Isère
Intervenants : Frédéric Cattin, Responsable du centre de Montchardon ; Anne, Ancienne retraitante Equipe : RAGRIS Gilles, CERRONI Franck, PICCA Jean-Jacques - France 3 Alpes

 

En pleine ville, l'école occidentale de méditation de Genève

"Cela devient un besoin". "On apprend à s'accepter tel qu'on est, et on se découvre". Matthieu et Vincent et les autres sont venus ce week-end là pour approfondir leur connaissance. Une session de deux jours, à l'école occidentale de méditation de Genève. Tous les stagiaires connaissent déjà cette pratique, entiérement laique, entre philosophie et art de vivre. 

La porte se ferme sur le monde extérieur, c'est l'heure de la pratique. Position de rigueur : assis sur un coussin, le dos bien droit, les yeux ouverts, les mains au repos. Mais que se passe-t-il alors dans la tête lors de ce silence immobile ?

La méditation, c'est juste ça. Etre complétement présent


"La méditation, c'est juste ça. Etre complétement présent, [...] à tout ce qui bouge en nous, dans notre esprit, notre corps" détaille Clarisse Gardet, formatrice. Cela s'appelle la pleine présence. Si l'on doit vraiment l'expliquer, on peut dire qu'il faut se concentrer sur son souffle. Même si parfois les pensées vous emmènent et vagabondent, avant un retour au souffle. "C'est une espèce de jeu, on part, on revient, c'est pas intentionnel, il y a quelque chose au-delà de nous" témoigne Matthieu. 

Après les quelques séances de méditation, place aux questions/réponses. Les intervenantes ne sont pas là pour enseigner de nouvelles choses, plutôt pour partager leurs expériences. "Il n'y a pas de dogme qui soit imposé. L'idée est que chacun trouve son chemin à travers la médition qui nous permet de se recentrer" explique Dominique Sauthier. 

Retraites spirituelles : l'école occidentale de méditation de Genève
Intervenants : Vincent, Méditant ; Matthieu, Méditant ; Clarisse Gardet, Auteur de "Méditer avec les enfants" ; Dominique Sauthier, Ecole occidentale de méditation Equipe : RAGRIS Gilles, GLO Yves Marie, MUAMBA Virginie - France 3 Alpes

 

La marche méditative en Isère

Avec pour seul viatique, un psaume lancé vers le ciel, une quinzaine de jeunes se lancent sur les chemins.

La retraite s'appelle "cheminer dans la neige", et la montée se fait dans le silence. Les participants, venus de toute la France, sont catholiques. Ils sont souvent initiés à la spiritualité, selon la doctrine d'Ignace de Loyola, le fondateur des jésuites. Et marchent en méditant 3 à 4 heures par jours en Chartreuse ou Belledonne. 

Ils sont encadrés depuis des années par Piero Silva, un italien, laïc, installé à Grenoble. "Je pense que le silence aide aussi à entrer davantage dans la nature" estime-t-il. 

"J'aime bien marcher, cela aide à méditer et parfois à prier si on a la foi. C'est le rythme qui exprime le mieux la condition humaine. Cela nous renvoie à nos premiers pas et nos derniers pas. Ce n'est pas épuisant, on peut marcher longtemps, et ça aide un peu à faire le point sur sa vie." commente Guirec, l'un des participants. 

Après trois randonnées dans la neige, Audrey perçoit des bénéfices : "cela m'a aidée à mieux discerner, à aller vers un peu plus de sagesse et de sérenité". 

À l'heure de la descente, des groupes informels apparaissent. Ce soir, le groupe entier va se retrouver au centre spirituel de Saint-Hugues de Biviers, sur les hauteurs de Grenoble. Retour à la civilisation, mais dans un coin de la tête, il restera la quiétude de la montagne.

Retraites spirituelles: la marche méditative en Isère
Intervenants: Piero Silva, Accompagnateur ; Guirec, Retraitant ; Audrey, Retraitante Equipe: RAGRIS Gilles, DOMINIQUE Semet, MUAMBA Virginie - France 3 Alpes