Dans le Cantal, les éleveurs tentent de mieux cerner le bien-être animal

Le bien-être animal repose sur de nombreux paramètres parmi lesquels la relation avec l’éleveur. / © M. Goubin
Le bien-être animal repose sur de nombreux paramètres parmi lesquels la relation avec l’éleveur. / © M. Goubin

Qu'est-ce que le bien-être animal ? C'est la question qu'a voulu creuser la Confédération paysanne du Cantal ce mardi lors d'une journée de formation destinée aux éleveurs. 

Par FG

Qu'est-ce que le bien-être animal ? C'est la question qu'a voulu creuser la Confédération paysanne du Cantal ce mardi lors d'une journée de formation destinée aux éleveurs. Pour cela, le syndicat a convié à Loubaresse (15) Jocelyne Porcher, ancienne éleveuse, zootechnicienne et sociologue à l'INRA de Montpellier.

Cette journée – une première - s'est déroulée sur la ferme de Sylvie Jouve, éleveuse bio, qui a tiré plusieurs enseignements utiles de la rencontre : "en tant qu'éleveuse, j'avais ma petite idée de ce qu'était le bien-être animal. Pour moi, l'animal est un être à part entière. J'essaie de faire grandir mes animaux en les respectant, avec une alimentation de qualité, en leur offrant des lieux confortables. Mais ce que j'ai appris aujourd'hui, c'est que le bien-être animal, ça passe aussi par la relation avec l'éleveur. Ça m'a permis de mettre des mots sur des sentiments, des sensations que je ressentais au quotidien avec les vaches, par exemple, sur le fait que l'animal a besoin de reconnaissance par rapport au travail qu'il fournit."

La journée a également permis de réfléchir à l'évolution de la société et au sens des mouvements qui refusent la consommation de viande au nom du bien-être animal. Mais surtout, elle a permis de mesurer l'écart qui existe entre le bien-être des animaux tel que conçu par l'éleveur et celui tel que conçu par les normes.

"Je travaille dans une étable traditionnelle" poursuit Sylvie Jouve. "Le cahier des charges bio oblige en théorie à laisser les vaches non attachées l'hiver, mais dans ce type d'étable, c'est impossible. Je dois donc demander chaque année une dérogation qui me permet d'avoir le label bio à condition de les lâcher deux fois par semaine à l'extérieur, mais quand il gèle ou qu'il neige, je ne suis pas sûr que ce soit bon pour leur bien-être !"

Jean-Pierre Chassang, membre de la Confédération Paysanne du Cantal, pointe lui aussi le décalage entre les normes administratives et le ressenti des éleveurs : "nous qui pratiquons au quotidien l'élevage, on s'aperçoit que les animaux se sentent bien en fonction du contact et de l'échange avec l'éleveur. Aujourd'hui, la réglementation en bio nous parle de confort, d'attache interdite des bovins en hiver. Or, pour moi, les animaux qui sont attachés tout l'hiver dans l'étable mais qui ont accès aux pâturages le plus longtemps possible le reste de l'année, c'est compatible avec le bien-être animal."

Pour Jean-Pierre Chassang, imposer deux sorties hebdomadaires aux éleveurs qui travaillent dans des bâtiments traditionnels est contre-productif, voire même dangereux : "si on les sort deux fois par semaines, la hiérarchie du troupeau doit se refaire à chaque fois. Chaque vache va aller contester la hiérarchie de sa voisine. Cela crée du stress, des bagarres. C'est dangereux pour les vaches qui peuvent se blesser et pour les gens qui sont autour. Quand on les attache pour 4 mois et qu'on les met dehors aux beaux jours, la hiérarchie se refait en un jour et c'est fini pour l'année."

Les éleveurs présents souhaitent à présent faire évoluer la législation. "Aujourd'hui, on se rend compte que les gens qui sont dans de l'élevage intensif dans des bâtiments neufs peuvent facilement être dans les contraintes du bio. Ils enlèvent les cornes des vaches, les laissent en stabulation libre à l'intérieur, les font traire par un robot, et c'est bio ! Du bio industriel … A l'inverse, on a des gens qui ont une pratique bio avec des vaches rustiques dans des étables traditionnelles et qui ont peur de demander le label parce qu'ils attachent les vaches en hiver. On veut recueillir des arguments pour la défense de ces systèmes traditionnels, qui permettent aux animaux de vivre très bien. On veut mettre en valeur l'idée que certaines normes sont arbitraires."

Cette  première journée a réuni une dizaine d'éleveurs. Elle devrait appeler une suite afin de poursuivre la réflexion …

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