Le Syndicat national des Guides de Montagne fête ses 70 ans du 6 au 10 décembre à Chamonix. L'occasion de consacrer une série de reportages à ce métier si particulier, exercé par 1800 professionnels en France. Comment évolue-t-il ? 

Elodie Lecomte, l'une des 25 femmes guides de France

Sur l'ensemble de ces guides de montagne français, il y a 25 femmes. Parmi celles-ci, Elodie Lecomte, 38 ans, ancienne chercheuse universitaire. Elle est devenue guide de haute-montagne en 2015, dans une promotion qui comptait 48 hommes et deux femmes. 

Le poids plume, pas un handicap 


Dans le milieu très viril des guides, la silhouette d'Elodie dépare, avec ses 1m58 et moins de 50 kilos. Ne serait-ce pas un handicap pour son activité ? "On ne compte pas sur son poids pour retenir les gens. C'est souvent un leurre, car ce n'est pas forcément parce qu'on est plus costaud qu'on est plus efficace dans son travail d'assurage et d'encadrement. Après, c'est sûr qu'il y a certaines courses que je ne fais pas avec des clients. [...] Mais pour la plupart des choses qu'on est amené à faire en tant que guide, ce n'est pas un handicap", affirme-t-elle. 

La montagne se féminise


"Dans ma clientèle, j'ai plusieurs femmes qui aiment être encadrées par des femmes. Le rapport de cordée qui s'établit est différent [...], plus simple et plus naturel. Rien que pour ça, il y a de plus en plus de demandes. Et il y a de plus en plus de femmes qui font de la montagne aussi", apprécie Elodie Lecomte, qui avoue s'être elle-même longtemps mis des barrières avant de réaliser son rêve professionnel.

Encouragée par d'autres femmes guides, elle souhaite transmettre le même message à celles qui seraient tentées par ce choix de carrière.  

Portrait: Elodie Lecomte, la montagne pour passion

Elodie Lecomte, Guide de haute montagne  -  France 3 Alpes  -  GUAIS Françoise, SEMET Dominique, COUTABLE Gilles, PICCA Jean-Jacques

 

L'impact du réchauffement climatique

En montagne, les conséquences du réchauffement climatique sont déjà perceptibles. Ce changement de leur "espace de travail" a-t-il des conséquences sur le métier ? 

Bastien Llorca, jeune guide, nous emmène en direction du glacier de la Pilatte, au-dessus du village de la Bérarde. "Quand on voit les photos d'il y a 20, 30, 40 ans, on voit que le glacier recule [...] On pouvait s'approcher de la glace, et c'est devenu compliqué". 

Des ascensions plus dangereuses


"Pour monter aux refuges non-glaciaires, il n'y a pas eu de changement. Mais tout ce qui est activités annexes, type 'courses de glace', découvrir ou mettre les crampons, cela a pas mal évolué. Ce qui se faisait auparavant très classiquement une fois arrivés au refuge nécessite maintenant plus de matériel, plus d'énergie" analyse-t-il.  

Outre l'approche, certaines courses en elles-mêmes sont devenues plus techniques, comme l'ascension du mont Gioberney, une classique du massif de l'Oisans. "C'est plus exposé, il y a des séracs, des morceaux de glace menaçants, [...] sans le glacier, c'est plus raide. Cela change la donne" détaille Bastien Llorca. 

Comment s'adapter ? 


Face à ces changements, les guides doivent s'adapter. Avant d'être guide, Bastien travaillait comme ingénieur dans l'environnement. Militant à Mountain Wilderness, une association de protection de la montagne, il aimerait prolonger son engagement, dans son milieu professionnel, et fait partie de la commission Environnement éthique de la fédération des guides. 

Que préconise-t-il ? "Inciter au co-voiturage, aux transports en commun, avoir une réflexion globale, de l'ensemble des guides, des clients, des bureaux, des agences, pour arriver à developper quelque chose pour limiter notre impact".

La montagne pour passion: l'impact du réchauffement climatique

Bastien Llorca, Guide de haute montagne  -  France 3 Alpes  -  GUAIS Françoise, SEMET Dominique, COUTABLE Gilles, PICCA Jean-Jacques



Les nouvelles tendances

Vivian Bruchez, ancien compétiteur en ski alpin, veut concilier sa passion avec son métier de guide. Ca tombe bien: le ski de pentes raides est à la mode en ce moment et attire les clients. "Il y a une espèce d'effervescence autour de la discipline qui revient au goût du jour. Mais ça reste une niche."

De clients à élèves


"C'est très particulier pour un guide d'encadrer en pente raide, parce que la pente raide, c'est du solo. Et pour un guide, encadrer quelqu'un en solo, c'est compliqué. Ça nécessite de très bien connaitre ses clients, qui ne sont plus vraiment des clients mais plutôt des élèves". Il faut multiplier les formations et les étapes intermédiaires "avant d'arriver sur un gros objectif" précise Vivian Bruchez, qui souligne que le rôle de guide reste avant tout d'assurer la sécurité. 

Autre tendance: les ascensions rapides 


Réussir un sommet en une journée. C'est la demande formulée par de nombreux clients, liée aussi à la mode du trail. Pour Vivian, cela ne change rien au métier. Le matériel apporté est le même, mais 'l'effort va être plus long", indique-t-il. Comme pour la pente raide, "ce ne sont pas tous les guides qui vont se destiner à ce genre d'aventure". 

L'obligation des belles images


Aujourd'hui, pas question de revenir d'une course sans belles photos et vidéos. Les guides se sont donc équipés, c'est le cas de Vivian. "Sur mon sac, j'ai mon petit boitier. [...] Je vais essayer de montrer la lumière, le plaisir, et le partage avec les clients" explique-t-il. 

Go pro, téléphone, appareil photo...Pour Vivian, la prise de vue est un plus proposé par les guides. Certains sont même devenus des professionnels de l'activité, car leur activité leur permet d'accéder à des endroits compliqués. "Le métier de guide peut alors se décliner en cadreur d'altitude. C'est assez recherché, car il y a très peu de personnes capables de le faire". 


SNGM: les nouvelles activités

Vivian Bruchez, Guide de haute montagne ( et images : Sébastien Montaz-Rosset)  -  France 3 Alpes  -  GUAIS Françoise, QUEMENER Maxime, PICCA Jean-Jacques


Vidéo: "Tes pas bien là", ski de pente raide avec Vivian Bruchez



Quand l'accident survient, la fin du rêve

Le 26 février 2006, Franck est aspirant guide. Il encadre un client dans le couloir sud des Cosmiques, dans le massif du Mont-Blanc.

"Je décide d'y aller. Je décale mon pied gauche sur le rocher. Et au moment où je lève ma jambe, la plaque part", raconte-t-il. "C'était une plaque qui faisait trois mètres sur cinq, sur 10 cm d'épaisseur, ça pèse une tonne. Et là, je pars en arrière dans le couloir. La corde se tend, le client suit. Et on se retrouve tous les deux en bas du couloir". 

Une longue reconstruction


Son client n'a rien, mais lui est touché à la moelle épinière. Malgré une prise en charge immédiate, il perd l'usage de ses jambes.

Pour cet ancien Parisien passionné de montagne depuis tout petit, devenir guide était le premier combat de sa vie. Fin d'un rêve, place à un deuxième combat : vivre avec son handicap. "Je suis comme ça. Soit tu restes, soit tu pars", dit-il alors à sa femme. "Et elle est restée" sourit Franck Henry. Avec 2 jeunes enfants, le couple doit affronter un autre cataclysme: une situation financière difficile.

 

Dix ans plus tard, Franck continue sa reconstruction physique et pychologique. Le sport l'aide beaucoup, il pratique la natation, le ski, et le vélo. 

"L'assurance, ça vous sauve"


Fort de son expérience, il se mobilise désormais pour inciter les guides à s'assurer, ce qui n'est pas obligatoire.  "Quand vous perdez six mois ou un an de travail, et que vous n'êtes pas assurés, qui paie ? Personne ! Le fait de prendre une assurance indemnitées journalières permet, en cas d'accident, d'avoir un revenu minimum. Pour 165 euros annuels, avoir un revenu qui correspond à un SMIC, ça vous sauve" insiste-t-il. 

L'aide du Fond solidarité montagne 


Aider les guides et leurs familles après un accident, c'est l'objectif du fonds national de solidarité montagne. Chaque année, une trentaine d'aides sont distribuées, financières mais aussi morales. Et le témoignage de Franck est toujours un moment émouvant.

"Il n"y a rien de plus parlant qu'un collègue qui a subi quelque chose de grave. D'autant plus que c'était un alpiniste d'exception. Il a réalisé l'une des plus grandes ascensions des Alpes. Et son accident était dans une course entre guillemets anodine, ce qui montre qu'il n'y a pas de petites courses", rappelle Marc Cereuil, président du fond. 

Avec l'aide de cette structure, Franck a pu acquérir un fauteuil tout terrain électrique. Une solidarité qui s'est aussi exprimée en 2006 après l'accident, lorsqu'une vingtaine de guides se sont mobilisés pour accompagner Franck Henry au sommet du Breithorn. 

Guide de haute montagne : après l'accident

Intervenants: Franck Henry, guide de haute montagne, extraits film "la montagne en face" de Bruno Peyronnet, Marc Cereuil, président Fonds National Solidarité Montagne  -  France 3 Alpes  -  SEMET Dominique, GUAIS Françoise, PICCA Jean-Jacques



Film: "Les copains d'abord"