Pendant une semaine, le Népal s'invite sur les pistes de Haute-Savoie. Une dizaine de guides de haute montagne apprennent à dévaler les pentes aussi bien qu'ils les montent habituellement.

Premier jour de formation: balbutiements dans la poudreuse

Ski aux pieds, Pasang, apprivoise la poudreuse des pistes de Chamonix, en Haute-Savoie. Le guide de haute montagne népalais, manque d’assurance. Grand alpiniste dans son pays, il peut accompagner ses clients au sommet des pentes raides du Népal, mais n’est pas capable de les suivre dans les descentes.
© Françoise Guais
© Françoise Guais


Et pour cause, au Népal, le ski est une discipline méconnue, voire inconnue. Pour s’y essayer, il faut franchir la frontière direction l’Inde, plus précisément Manali. Durant trois jours, l’an dernier, Passang et d'autres guides de haute montagne avaient dévalé les pistes indiennes. Mais sans remontées mécaniques, leur entraînement était limité.

Aujourd’hui, grâce à la fondation Yves Pollet Villard, ils peuvent profiter des infrastructures des stations de Haute-Savoie. Le but ? Obtenir l'option manquante de leur diplôme de ski : le ski.

Reportage Françoise Guais, Dominique Semet et Eric Achard
Une formation de ski pour des guides népalais
Intervenants: Anselme Baud, Président Fondation Yves Pollet Villard ; Tenzing Sherpa, guide de haute montagne ; Georges Alain Ribeyrolles, trésorier Fondation Yves Pollet Villard ; Pasang Tenzing Sherpa, guide de haute montagne

Sous la direction d'Anselme Baud, ancien instructeur de l'ENSA et président de la fondation Yves Pollet Villard, les plus dégourdis du groupe expérimentent la poudre et le hors-piste. Des conditions de neige proches des pentes sauvages de l'Himalaya.

Et si quelques chutes surviennent, la bonne humeur reste au cœur de la formation. "Ce sont des sportifs qui ont de l’équilibre, ils sont costauds, ils ont une très belle condition et puis ils sont enthousiastes et motivés, ce qui ne gâche rien", confie Georges Alain Ribeyrolles, le trésorier de la Fondation Yves Pollet Villard.

Ang Norbu Sherpa, le plus français des guides népalais

Parmi la dizaine de guides, Ang Norbu Sherpa détone sur les pistes, son ski pourrait concurrencer celui des locaux.
Et pour cause, il connaît Chamonix depuis ses 15 ans.
© Françoise Guais
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Dévalant les pistes, sereinement, on peut l’entendre chantonner en français. Si cela fait seulement un an qu’il pratique le ski. Ang Norbu Sherpa arpente les montagnes de Haute-Savoie depuis un peu plus d’une trentaine d’années.

À son arrivée dans l’Hexagone, à son adolescence, il travaillait aux refuges d’Argentière et au Lac Blanc : "J’ai fait entre 12 et 13 saisons ici."

Aujourd’hui, depuis la France, il reste très actif dans son pays, puisqu’il dirige à distance son agence de trekking basée à Katmandou, Adventure 6000, l’une des plus grosses agences du Népal.

Très actif dans l'organisation du métier de guide là-bas, Norbu pense que le ski pourrait être un véritable atout touristique, cela pourrait lancer une nouvelle activité : le ski de randonnée.

"Il y a des montagnes qui sont très belles et praticables en ski de randonnée au Népal. Donc si les guides se mettent à pratiquer le ski de randonnée ça pourrait devenir une activité durant la saison creuse. Mais pour le moment, nous n’en sommes pas là.", explique Ang Norbu Sherpa

À 50 ans, l’amoureux de la montagne enfile sa casquette d’homme d’affaires lorqu'il gère son agence et en parallèle tente faire évoluer le statut de guide de haute montagne dans son pays.

Portrait d'Ang Norbu Sherpa guide népalais à Chamonix
Intervenants: Ang Norbu Sherpa, guide de haute montage népalais -  Françoise Guais, Dominique Semet et Eric Achard


Après le ski, une formation aux gestes de secours pour les guides népalais

La fondation Pollet Villard a formé 44 guides et 25 aspirants guides népalais au niveau national. En plus du ski, option manquante à leur diplôme, l’association les forme aux techniques de secours en montagne.
© Françoise Guais
© Françoise Guais

"Il y a deux ans, il y a eu une avalanche dans la cascade de glace du Khumbu à l’Everest. Vingt-cinq porteurs ont été emmenés dans l’avalanche. Les secours ont passé plusieurs jours à chercher des corps dans un terrain à risque", explique Anselme Baud Président Fondation Yves Pollet Villard

Ce jour-ci entre deux descentes, les Népalais s'entraînent donc à l'utilisation du recco, un radar qui renvoie les ondes des réflecteurs miroirs placés sur les tenues des skieurs et qui permet de retrouver d’éventuelles victimes d’avalanches beaucoup plus rapidement.

"C'est un très bon matériel, c'est important de le connaitre et de bien apprendre à s'en servir. On commence à en avoir pour l'entraînement et la montagne, au Népal", confie Jyjamchang Botté Lama, guide en formation.

Une formation aux gestes de secours pour les guides népalais
Intervenants: Anselme Baud, Président Fondation Yves Pollet Villard; Jyjamchang Botté Lama, Guide de haute montagne; Pemba Gyalzen Sherpa, Guide de haute montagne - Françoise Guais, Dominique Semet et Eric Achard


Actuellement, quatre détecteurs ont été installés au Népal, dont l'un au Camp de Base de l'Everest.
Ces radars coûtent 2.500 euros l’unité. Un budget conséquent. Mais à seulement quelques euros la petite plaque réflectrice, les touristes, mais aussi tous les Népalais, guides ou porteurs, pourraient en être équipés.

Une nécessité d’après Pemba Gyalzen Sherpa, guide en formation : "Chaque année, on a d'énormes problèmes avec les avalanches, c'est un peu cher, surtout le détecteur, mais c'est un bon moyen de secours"

Une dernière journée de formation au ski hors-piste pour les guides népalais

Pour le dernier jour de formation, les guides népalais prennent de la hauteur. À 3.200 mètres plus précisément, aux Gands-Montets. Pas de problème d'acclimatation pour eux, certains sont nés bien plus haut que ça.
© Françoise Guais
© Françoise Guais


Après une semaine sur les pistes, les stagiaires apprécient particulièrement cette immersion dans un milieu sauvage : "Les terrains hors-piste ressemblent aux montagnes népalaises beaucoup plus que les terrains damés, car nous n’avons pas la chance d’avoir de station chez nous."

Au programme pour cette dernière journée de formation, un gros travail d’apprentissage des techniques sur les pistes afin que les stagiaires puissent dompter les neiges difficiles et dures.

Une formation au ski hors-piste pour les guides népalais
Intervenants: Ang Norbu Sherpa, guide de haute montagne; Anselme Baud, guide de haute montagne, président Fondation Yves Pollet Villard; Pemba Gyalzen Sherpa, guide de haute montagne; Florence Giraud, directrice adjointe Ecole Nationale Ski Alpinisme - Françoise Guais, Dominique Semet et Eric Achard

À la fin du séjour, Pemba Gyalzen Sherpa, guide en formation, fait le bilan : "J'ai beaucoup pratiqué et maintenant, ça va de mieux en mieux sur les skis. Chaque jour, j'apprends de nouvelles techniques. Bien sûr, le ski hors-piste est très difficile, mais j'aime beaucoup en faire."

Afin de préparer l'option ski de leur diplôme international, les stagiaires de la fondation Yves Polle-Vilard skieront encore une semaine en Suisse avant de rejoindre l’Himalaya. Une nouvelle semaine de ski est envisagée à Chamonix l'année prochaine.