A Grenoble, l'association Magdalena propose du travail aux prostituées nigérianes

La nuit sur les grands boulevards de Grenoble, une cinquantaine de très jeunes femmes se prostituent. Beaucoup d'entre elles viennent du Nigéria. Depuis quelques mois, l'association Magdalena38 tente de les sortir de là. En leur proposant du travail comme femmes de ménage.

Par Jean-Christophe Pain

Pour Joy et Jennifer, ce travail, modeste, de femme de ménage, c'est tout simplement le début d'une nouvelle vie. Une vie enfin digne. Elles reviennent de loin. Elles n'ont qu'une vingtaine d'années, mais elles ont vécu des traumatismes difficiles à partager.

Joy et Jennifer se prostituaient dans la rue à Grenoble quand l'association Magdalena38 est allée à leur rencontre. Comme elle le fait deux fois par semaine, depuis quelques années. Au fil des discussions, un lien de confiance s'est établi, et un certain nombre de jeunes femmes prostituées ont fait part de leur rêve de changer de vie. 

La condition sine qua non, c'est bien sûr de trouver un -autre- travail pour faire face aux dépenses vitales. C'est comme ça que Magdalena38, en lien avec les travailleurs sociaux spécialisés de l'Amicale du Nid et de l'Appart, a imaginé de créer une structure qui offrirait du travail à ces jeunes femmes.

C'est l'association Solenciel. Elle propose un CDI de 26 heures par semaine pour réaliser des prestations de nettoyage sur l'agglomération grenobloise, dans les commerces, bureaux, collectivités, copropriétés.
 
Joy et Jennifer ont relevé ce défi d'un travail difficile et exigeant. Et elles ont accepté d'en témoigner à notre caméra, pour venir en aide à toutes celles qui auront le courage de quitter le trottoir, de couper les liens avec le réseau. Leur prénom a été changé, leur visage masqué, leur voix déformée. 


La prostitution nigériane à Grenoble
Intervenants : Joy, Jennifer, Rodolphe Baron Président associations Magdalena38 et Solenciel Equipe : JC Pain, Cédric Picaud, Lisa Bouchaud


Selon les policiers spécialisés dans la répression de la traite d'êtres humains (OCRTEH), les réseaux de prostitution nigérians sont très bien structurés. Le trafic repose sur un "business model" redoutable : des prix cassés, beaucoup de volume. Ce qui veut dire beaucoup de femmes sur le trottoir. De la prostitution à la chaîne.

Au Nigéria, tout commence quand un trafiquant richissime, belles voitures et somptueuses villas, vient proposer son aide à une famille pauvre. Elles sont très nombreuses. Si la famille lui confie sa fille, il subviendra aux besoins de tous. Quelquefois, il est vécu comme un "sauveur". 


Un véritable conditionnement psychologique


Une fois ce pacte conclu, la jeune femme va subir un véritable conditionnement spirituel et psychologique. Moment ultime : le rite du "djudju", une cérémonie entre évangélisme et vaudou, au cours de laquelle un prêtre-guérisseur va lui prélever des poils, des cheveux, des ongles, pour constituer une sorte d'amulette, le "djudju". Il va aussi conduire la jeune femme vers la transe, et lui faire prêter serment. Elle jure de toujours obéir, de ne jamais trahir les "bonnes âmes" qui la guideront vers l'Eldorado supposé, c'est-à-dire l'Europe, et bien sûr de rembourser sa dette... sa "prise en charge" va lui coûter plusieurs dizaines de milliers d'euros.

Comme elle ne gagnera pratiquement rien sur le trottoir, cela revient à la réduire en esclavage.

La victime aura beaucoup de difficultés à prendre conscience de cette manipulation, à sortir de ce piège, à détisser la toile d'araignée qui s'est refermée sur elle, à couper tous ces liens avec le réseau, et peut-être même avec sa famille, plus ou moins complice. A Grenoble, les associations tentent d'aider ces jeunes femmes à faire ce travail difficile. C'est un long chemin. 

Pour aller un peu plus loin

Vous pouvez les aider !

 
Si votre entreprise, votre copropriété, votre collectivité
cherche des femmes de ménage, n'hésitez pas à contacter Etienne Noël, à l'association SOLENCIEL.

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