Les femmes chefs d'entreprise sont-elles des femmes d'exception ? Seulement 6% d'entre elles se lancent dans l'entreprenariat, contre 10% des hommes. De la ganterie à l'industrie hôtelière en passant par les hélicoptères, portraits de quatre dirigeantes d'entreprise.

Marie-Anne Jacquemoud, les gants de la Reine Margot

C'est à la fois une figure locale, un savoir-faire artisanal et un commerce de proximité qui disparaît. Marie-Anne Jacquemoud a fermé le 28 février sa petite boutique-atelier de ganterie, rue Humbert II à Grenoble.

L'artisane, qui vient de prendre sa retraite, n'a trouvé personne pour prendre sa succession. "Ça s'arrête comme ça... Pas faute de client ! Je peux dire que c'est le dernier atelier en activité à Grenoble. On rentre, on vient voir ce que je fais."

Il faut dire que ce savoir-faire est exceptionnel, et les gantiers qui travaillent le cuir de chevreau se font rare. Dans les années 90, ses gants se sont même retrouvés sur le grand écran, comme dans La Reine Margot. "C'est vraiment le premier film qu'on a fait en 1994, avec Isabelle Adjani. Il y avait aussi les Enfants du ciel, il y avait le Hussard sur le toit... Et puis la comédie musicale de Roméo et Juliette..."

Femmes chefs d'entreprise (1/4) : la dernière ganterie de Grenoble
Intervenante : Marie Anne Jacquemoud, Ateliers Marianne - Denis Vigneau-Dugué, Nathalie Rapuc et Sophie Villatte

Sur les étagères trônent ces reliques du cinéma français. Ces gants illustres pourraient bien se retrouver dans un musée grenoblois. Marie-Anne Jacquemoud participera peut-être à des démonstrations à destination du grand public, mais ne reprendra plus le métier... sauf si un excellent coupeur apparaîssait pour reprendre son labeur aux Ateliers Marianne..

"Je serais très heureuse que quelque chose se développe à Grenoble, explique la retraitée. Quelqu'un me dit qu'on recommence, qu'on a trouvé un coupeur, je serais très heureuse."

Frédérique Fossa, du nouveau départ au décollage

Lorsqu'elle présente sa flotte, on sent poindre une certaine fierté. La société Hélisair, dont Frédérique Fossa est la directrice générale, possède trois appareils : "Du plus petit au plus grand: le cabri G2 de chez Guimbal, ensuite un Robinson R44, un des appareils les plus vendus au monde. Et puis un EC120, lui c'est un cinq places."

Sa société, qui propose tant des cours de pilotage que des sorties pour des prises de vues, tourne à plein régime et devrait bientôt intégrer le premier opérateur français de vols en hélicoptère.

Femmes chefs d'entreprise (2/4) : l'envol d'une société de location d'hélicos
Intervenant: Frédérique Fossa, Directrice Générale d'Hélisair - Denis

Un beau parcours, quand on sait que l'entreprise n'a que quelques années. "J'avais envie de changement, j'avais 40 ans", confie la chef d'entreprise. "Et puis on se retrouve dans une espèce d'enchaînement d'événements et de rencontres qui fait qu'on se lance".

Malgré les obstacles et les péripéties, la société a décollé en 2012 et Frédérique Fossa ne regrette rien. "Je vis une aventure incroyable, et je disais un jour à mon collaborateur : 'On a de la chance quand même, je crois que je laisserais ma place à personne'. Il m'avait répondu : 'Rassure-toi, personne ne la veut !'"

Car au Versoud (Isère), la chef d'entreprise vit avant tout sa grande passion. "Il y a un adage très simple en aéronautique qui dit : 'comment devient-on millionnaire en aéronautique ? Commencer par être milliardaire."

Carole Dupessey, une gestion humaine de l'entreprise

Point d'hélicoptères chez Carole Dupessey, à Rumilly (Haute-Savoie) : son entreprise de transports a les roues sur terre. Après le partenariat que la présidente-directrice générale vient de nouer avec Châtel, les 250 camions dont elle a la charge vont désormais rouler avec des bâches à l'effigie de la station de ski haut-savoyarde.

"Nos camions roulent, et si c'est simplement une bâche bleue sur laquelle il n'y a rien du tout, c'est un peu dommage !" explique-t-elle. Là, ça permet de vraiment véhiculer une image"

Avocate de formation, Carole Dupessey a rejoint l'entreprise de son père en 1993. "C'est un changement radical de milieu professionnel, et puis intégrer une PME qui à l'époque était composée d'environ 120 salariés, c'était une toute autre affaire que d'être avocat".
Femmes chefs d'entreprise (3/4) : Capitaine d'une flotte de 250 camions
Intervenante: Carole Dupessey, Présidente Directrice Générale, Dupessey Groupe - Denis Vigneau-Dugué, Nathalie Rapuc et Virginie Muamba

Aujourd'hui, elle emploie 500 personnes dans cette société présente en France, en Italie, en Espagne ou encore au Portugal. Et elle a décidé de gérer son entreprise à une échelle humaine.

"On ne peut plus avoir un management pyramidal avec une personne à la tête de l'entreprise. Moi j'ai l'habitude de dire aux salariés qu'on est dans le même bateau, il faut ramer dans le même sens, confie-t-elle. Je n'ai pas du tout eu de souci d'intégration, et le fait d'être une femme ne m'a posé aucun problème."

Pour autant, en 2017, les femmes chefs d'entreprise restent en infériorité numérique. "La gent féminine est assez peu représentée, et je trouve vraiment que c'est dommage parce qu'on apporte autre chose dans une entreprise."

"Il faut foncer ! conseille Carole Dupessey aux femmes qui souhaitent entreprendre. Il faut y aller, ne pas avoir peur d'être comparée. Je pense qu'on a vraiment notre place dans les entreprises."

Marie Sibuet, un empire familial étoilé

Préparer le prochain numéro du magazine ou goûter les nouvelles recettes... voilà deux des nombreuses facettes du travail de la jeune PDG des Fermes de Marie.

À 29 ans, Marie Sibuet doit gérer l'empire de douze hôtels 5 étoiles fondé par ses parents. "Ce qui est très important pour nous, c'est qu'on est une entreprise familiale. Ce sont mes parents qui ont créé cette entreprise à partir de rien il y a plus de trente ans, et ça je pense que c'est vraiment l'ADN de notre entreprise."

Femmes chefs d'entreprise (4/4) : Un empire hôtelier à cinq étoiles
Intervenante: Marie Sibuet, D.G. MAISONS & HOTEL Sibuet, Pdg de Pure Altitude - Denis Vigneau-Dugué, Vincent Habran et Virginie Muamba

De Megève aux Caraïbes, chacun de leurs établissement est particulier. Mais c'est dans le premier hôtel que la chef d'entreprise a grandi. "On vivait dans l'hôtel, se souvient-elle. Moi je rentrais de l'école, j'allais voir mes parents au bureau. On mangeait à l'hôtel, on jouait avec les enfants qui étaient en vacances dans l'hôtel, donc c'est un lieu qui est vraiment particulier pour nous."

Après avoir fait l'acquisition d'un groupe cosmétique, Marie Sibuet compte bien poursuivre le développement de l'entreprise familiale tout en préservant l'esprit insufflé par ses parents.