La neige et ses aléas contraignent les stations de ski à s'adapter

© France 3 Alpes
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Avec la hausse du thermomètre, l'épaisseur de son manteau oscille à la baisse, quand elle ne brille pas par son absence ou son manque de ponctualité: la neige et ses aléas contraignent de plus en plus de stations de ski à s'adapter.

Par AFP

Cet ajustement passe notamment par une diversification des activités proposées aux vacanciers en moyenne montagne, -autour de 1.300 mètres d'altitude-, où "une très forte variabilité annuelle" va s'installer, prédisent les scientifiques. Là où, précisément, les téléskis avaient poussé comme des champignons dans les années 1960-70, à la faveur d'une "démocratisation" des sports d'hiver.

Selon l'Observatoire régional des effets du changement climatique, les Alpes ont connu un abaissement de 30% des quantités de neige sur 30 ans et gagné 1,6 degré depuis 1960. "La limite pluie/neige pourrait remonter de 450 à 600 mètres dans les prochaines décennies et la nature des avalanches changer", précise Thierry Lebel, directeur du Laboratoire d'étude des Tranferts en Hydrologie et Environnement de Grenoble.

   >>> Voir aussi - Reportage sur les effets du réchauffement climatique dans les Alpes

Bannir le 'tout ski alpin'

À Drouzin-le-Mont, petite station familiale de Haute-Savoie située à 1.250 mètres d'altitude, la municipalité a repris les rênes de l'exploitation en 2013 et initié une reconversion en bannissant le "tout ski alpin" au profit d'un projet de "montagne douce". Sur la petite dizaine de pistes que comptait le domaine, canons à neige et remontées mécaniques ont été démontés et la végétation a repris ses droits.

Face aux pentes qui doivent accueillir une piste de luge et des itinéraires de ski joëring (du ski attelé, équestre ou canin), de raquettes ou de chiens de traîneaux, seuls 40 des 600 lits disponibles étaient occupés à l'heure des premiers flocons, fin novembre.

"Cela fait trois saisons que l'on n'a pas ouvert. Ce n'était plus rentable. La glisse n'est pas abandonnée mais on veut essayer d'attirer du monde par d'autres moyens. Sinon, c'est la mort assurée", souligne Franck Vernay, premier adjoint de la commune du Biot, -600 âmes-, qui gère la station, où les prix de l'immobilier ont chuté.

Le néant, c'est ce qu'a connu en 1993 le complexe de Saint-Honoré, à 1.500 mètres d'altitude en Isère. Lancé dans les années 1980, ce projet de 1.400 lits a été arrêté en raison du manque de neige et de péripéties économiques. Cette station, restée longtemps un fantôme avec ses bâtiments à l'abandon, est aujourd'hui en cours de réhabilitation.

Des saisons raccourcies

Le constat ne se limite pas aux Alpes. En Suède, le réchauffement pourrait réduire dès 2050 la saison des sports d'hiver de deux mois. Dans le comté de Dalécarlie, sept mini-stations sur une trentaine ont dû fermer depuis 2008 car elles ne pouvaient pas s'offrir de canons à neige.
L'association suédoise des stations souligne toutefois que depuis 30 ans, 80% peuvent ouvrir grâce à la neige artificielle en dépit de leur basse altitude: la plus fréquentée, Åre, qui a accueilli les championnats du monde de ski en 2007, culmine à moins de 1.300 mètres.
En France, selon le Réseau d'éducation à la montagne alpine (Educ'Alpes), la saison pourrait être amputée d'un mois dès 2040 et de deux mois et demi en 2080.

Mais la préparation des pistes, -épierrage, ré-engazonnement, puis enneigement artificiel et damage systématique-, a permis de diviser par trois, depuis 1990, le degré d'exposition aux aléas climatiques.

"On prend beaucoup plus en compte l'exposition au soleil, on aménage sur d'autres versants, à l'abri des vents dominants et on utilise la neige de culture pour mieux accueillir la neige atmosphérique", explique Benjamin Blanc, directeur des pistes de Val Thorens (Savoie).

Cette station, la plus haute d'Europe à 2.300 mètres, exploite aussi cette année, pour la première fois, un logiciel GPS pour détecter les zones moins fournies en neige et adapter le damage, tout en réalisant "20% d'économies de gasoil".

Bâcher les glaciers?

Pour l'ancienne championne du monde de ski Fabienne Serrat, 59 ans, porte-drapeau de l'équipe de France aux JO de Lake Placid en 1980, ces stations de haute altitude seront "les grandes gagnantes" des évolutions climatiques. "Mais à quel prix pour leur clientèle?", s'interroge-t-elle. "À l'époque, on s'entraînait très bas, vers 2.400 mètres, même au mois de juillet. Aujourd'hui, beaucoup de jeunes qui font de la compétition vont en Amérique du Sud", ajoute-t-elle.

Car dans les Alpes, les glaciers et le ski d'été reculent, eux aussi. Selon Educ'Alpes, ils ont perdu 26% de leur surface et plus d'un tiers de leur volume depuis 40 ans.

"Avec des températures en hausse de 2 ou 3 degrés, ceux situés sous 3.000 mètres d'altitude vont disparaître", affirme Thierry Lebel. Mais à un rythme plus lent que le réchauffement, grâce à un mécanisme d'auto-alimentation. Le recul de ces géants d'or blanc dépend aussi de la topographie et de l'exposition au soleil.

Leur exploitation a aussi une influence, souligne Benjamin Blanc, rappelant que Val Thorens a fermé son glacier il y a dix ans pour le protéger. "Nous y déclenchions des avalanches pour sécuriser les pistes situées en dessous. Mais en faisant ça, on enlevait la neige qui l'alimentait."
Pour le champion olympique de skicross Jean-Frédéric Chapuis, habitué aux entraînements sur glaciers, leur bâchage pourrait être systématiquement utilisé, "comme en Suisse et en Italie", pour ralentir leur fonte durant l'été.

"C'est une réponse locale et désespérée qui ne fait que retarder l'échéance. Il faut agir sur nos émissions de carbone", juge cependant Thierry lebel.

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Page sortir du 13 octobre 2017

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