Le 12 mai 2013, vers 18h45, Cécile Bourgeon signale la disparition de sa fille, Fiona, âgée de 5 ans. Enceinte, elle explique s'être assoupie ce jour-là au parc Montjuzet de Clermont-Ferrand. A son réveil, la fillette avait disparu. Durant plusieurs jours, les recherches sont menées autour du lieu indiqué par la mère, une information judiciaire pour enlèvement et séquestration est ouverte, mais l'enfant reste introuvable. A la fin de l'été, l'enquête connait un rebondissement quand Cécile Bourgeon et son compagnon, Berkane Maklouf, sont placés en garde-à-vue et finissent par avouer le décès de Fiona. Le procès du couple devant la cour d'assises du Puy-de-Dôme est prévu à Riom du 14 au 25 novembre. Ils devront répondre de "violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner sur mineure de moins de 15 ans, par ascendant ou par personne ayant autorité et en réunion".

La disparition

12 mai 2013. La nuit tombe sur Clermont-Ferrand. Le calme habituel d’une fin de journée de dimanche est troublé par les pales de deux hélicoptères. Durant plusieurs heures, ils vont effectuer des rotations au-dessus du parc Montjuzet jusqu’à une heure avancée de la nuit. Au sol, des équipes cynophiles sont également à l’œuvre. Un peu plus tôt, vers 18h30, une maman a signalé à la police la disparition de sa fille, Fiona, âgée de 5 ans. Cécile Bourgeon explique alors qu’elle s’est rendue dans ce parc avec ses deux filles, une heure plus tôt, et qu’elle s’est assoupie un quart d’heure. Quand elle rouvre les yeux, sa fille aînée a disparu.
Le 13 mai 2013, policiers, militaires, pompiers participent ensemble aux recherches pour retrouver Fiona dans le parc Montjuzet de Clermont-Ferrand. / © RICHARD BRUNEL / AFP
Le 13 mai 2013, policiers, militaires, pompiers participent ensemble aux recherches pour retrouver Fiona dans le parc Montjuzet de Clermont-Ferrand. / © RICHARD BRUNEL / AFP
Le lendemain, dès 7h30, une centaine de policiers et de militaires du 92e Régiment d’Infanterie de Clermont-Ferrand fouillent sans relâche les 26 hectares de terrain du parc. En vain. La fillette au teint clair est blonde aux yeux verts et mesure 1,10 mètre. Au moment de sa disparition, sa mère explique qu’elle était vêtue d'un survêtement noir avec un logo blanc « Hello Kitty », de tennis noirs, et qu’elle portait au cou une chaîne en or avec une médaille ronde représentant le signe du sagittaire.
Disparition de Fiona : reportage du 13 mai 2013
La petite Fiona a disparu dans un parc de Clermont-Ferrand, le dimanche 12 mai 2013 en fin d'après-midi. Sa maman l'a signalé aux policiers après avoir cherché en vain sa fille aînée durant 45 minutes dans le parc de Montjuzet. Reportage de Christian Lamorelle et Frédéric Cuvier
Des témoins confirment la présence d’une femme inquiète à la recherche de sa fille dans le parc et d’autres racontent avoir été sollicités dans la rue par Berkane Makhlouf à la recherche de l’enfant. Le 14 mai, une information judiciaire pour arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire de mineur de 15 ans est ouverte. Les policiers, eux, poursuivent la collecte de témoignages et, au fil du temps, il apparaît que personne n’a vu Fiona dans le parc Montjuzet ce dimanche 12 mai 2013. Parallèlement, l’enquête s’attarde sur le contexte familial.

Cécile Bourgeon vit avec Berkane Makhlouf dont elle est enceinte de 6 mois. Il n’est pas le père des deux premiers enfants. Fiona, née en 2007, et Eva, née en novembre 2010, sont les filles de Nicolas Chafoulais. Interrogé par la police, il explique qu’il n’a pas de contact avec ses deux enfants depuis un conflit en septembre 2012.

L'appel au secours

Le 16 mai 2013, Cécile Bourgeon émeut la France entière en lançant un appel au secours. Elle apparait en larmes devant la presse, accompagnée par son avocat, Me Gilles-Jean Portejoie. La maman de Fiona en appelle à « tout le monde, à tous les Clermontois » pour l’aider à retrouver sa fille portée disparue depuis 4 jours. 
Cécile Bourgeon lance un appel au secours

Une famille soutenue

Alors que les recherches pour retrouver Fiona se poursuivent, c’est tout un pays qui se sent concerné par sa disparition. Alors que 200 personnes se sont retrouvées à l’initiative d’internautes le jeudi 16 mai sur le parking du parc de Montjuzet à Clermont-Ferrand, la toile se mobilise également pour venir en aide à la mère éplorée.
Sur Facebook, la photo de la jeune fille est ainsi largement diffusée et partagée. Le groupe Avis de Recherche qui compte alors près de 27 000 membres donne régulièrement les dernières informations liées à l'enquête. Une page de soutien pour la petite Fiona a également vu le jour sur le réseau social et compte très vite plus de 18 000 membres.
Le 25 mai 2013, une marche blanche est organisée à Clermont-Ferrand pour soutenir la famille de Fiona, la fillette de 5 ans est portée disparue depuis le 12 mai. / © Thierry Zoccolan / AFP Photo
Le 25 mai 2013, une marche blanche est organisée à Clermont-Ferrand pour soutenir la famille de Fiona, la fillette de 5 ans est portée disparue depuis le 12 mai. / © Thierry Zoccolan / AFP Photo
A Clermont-Ferrand, des manifestations de soutien à la famille sont organisées alors que Fiona est toujours recherchée. Une association, «Tous ensemble pour Fiona et sa famille », est créée. Des marches, des lâchers de ballons ont régulièrement lieu, comme ce 8 juin, 4 semaines après la disparition de la fillette.

Le rebondissement

Le 24 septembre 2013, Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf, son compagnon, sont arrêtés à Perpignan où le couple s’est installé pendant l’été. Quelques jours après ce coup de théâtre, le procureur de la République de Clermont-Ferrand, Pierre Sennès, explique que la décision d’interpeller les deux concubins a été prise dès le mois de juin. Cécile Bourgeon était alors enceinte de son 3e enfant (né en août) et son état de santé a contraint les enquêteurs à repousser l’échéance.
Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf interpellés à Perpignan, le 24 septembre 2013
Pendant sa garde-à-vue, Cécile Bourgeon va finalement avouer que Fiona n’a pas disparu. Le 25 septembre, la mère qui avait tant ému lâche la terrible vérité : Fiona est morte et a été enterrée près de Clermont-Ferrand. L’enfant « est morte accidentellement à la suite de coups qu'elle n'a pas portés personnellement bien évidemment », raconte alors l’avocat de Cécile Bourgeon, Me Gilles-Jean Portejoie.

Devant les policiers, la mère de Fiona accable son compagnon. Elle raconte qu’il s’est emporté contre sa fille, le 11 mai, et lui a porté une claque au visage. Elle décrit un hématome sous l’œil, dit avoir couché l’enfant à 20h30. Fiona s’est relevée vers 22h30 pour vomir et se plaint alors de douleurs au ventre. Le lendemain, à 9h30, le couple découvre son corps sans vie.

Selon son avocat à l’époque, le compagnon de Cécile Bourgeon reconnait au cours de sa garde-à-vue que l'enfant était morte après avoir reçu des coups quelques jours auparavant, mais a parlé d'un « accident domestique ». Les investigations, croisées avec de nombreux témoignages, mettent au jour une série de violences subies par Fiona au cours du mois précédant son décès. Elle aurait ainsi été frappée au visage, à l’abdomen, de manière récurrente, de la part des deux adultes. Sa mère dissimulait les traces avec du fond de teint ou des bandeaux, allant jusqu’à la retirer de l’école quand les marques de maltraitance se faisaient trop voyantes. Ainsi, Fiona était absente de l’école depuis le 15 avril 2013.

La colère

Le rebondissement de la fin du mois de septembre 2013 dans l'enquête sur la disparition de Fiona retourne l'opinion populaire contre le couple Bourgeon/Makhlouf. Les témoignages de sympathie et de soutien à son égard sont vite remplacés par une expression violente de colère et de haine. « Choquant », « pitoyable », « écœurant » sont autant de mots qui reviennent parmi d’autres dans la bouche des anonymes qui étaient épris de compassion jusque-là pour cette mère privée de son enfant.
Berkane Makhlouf hué et insulté
Lorsque Berkane Makhlouf arrive au palais de justice de Clermont-Ferrand le 26 septembre 2013 pour être mis en examen, des dizaines de personnes sont là et le huent, allant jusqu'à le traiter d'assassin.

A Marseille, à Brive-la-Gaillarde, à Ussel, à Clermont-Ferrand, des marches blanches sont organisées en mémoire de la petite fille. « Repose en paix petit ange », peut-on lire sur des t-shirts.

 

Les amants déchirés

Berkane Makhlouf photographié en mai 2013 à Clermont-Ferrand. / © MaxPPP
Berkane Makhlouf photographié en mai 2013 à Clermont-Ferrand. / © MaxPPP
Alors que l’enquête a permis d’établir que Fiona est probablement morte des suites de violences répétées contre elle, les deux amants n’ont eu de cesse, depuis leur interpellation, de rejeter sur l’autre la responsabilité des coups portés. Au cours des différentes auditions, Cécile Bourgeon a expliqué que, le 11 mai, ce n’était pas la première fois que sa fille « se mangeait des coups par Berkane ». Berkane Makhlouf, lui, conteste les accusations de violences mais ne nie pas avoir donné une fessée à Fiona ce jour-ci. Parallèlement, il affirme que sa compagne a elle-même déjà frappé son enfant et qu’elle pouvait avoir des réactions régies par l’impulsivité.

L'absence de corps

Où se trouve le corps de Fiona ? Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf s’entendent sur la même version : la fillette a été enterrée à proximité du lac d’Aydat. Les recherches menées sur place dès le 26 septembre n’ont jamais rien donné.
Les fouilles à proximité du lac d'Aydat (Puy-de-Dôme), le 27 septembre 2013, pour retrouver le corps de Fiona. / © MaxPPP
Les fouilles à proximité du lac d'Aydat (Puy-de-Dôme), le 27 septembre 2013, pour retrouver le corps de Fiona. / © MaxPPP
Les informations fournies par le couple sont souvent vagues. L’un comme l’autre affirment ne pas se souvenir de l’endroit exact où Fiona a été déposée. Amnésie réelle ou mensonge pour empêcher que la découverte du corps de la fillette ne révèle la réalité du traitement qui lui a été infligé ? Le procès qui s’ouvre le 14 novembre devant la Cour d’Assises du Puy-de-Dôme à Riom permettra peut-être de connaître enfin la vérité sur le sort qui a été réservé à cette fillette de 5 ans dont le visage a marqué à jamais les esprits clermontois.

Quelles charges pèsent contre Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf ?

Berkane Makhlouf est renvoyé devant la Cour d'Assises du Puy-de-Dôme des chefs de :
  • violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, sur mineure de 15 ans, par personne ayant autorité, en réunion
  • non assistance à personne en péril
  • recel de cadavre
Cécile Bourgeon est renvoyée des chefs de :
  • violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, sur mineure de 15 ans, par ascendant, en réunion
  • non assistance à personne en péril
  • recel de cadavre
  • modification de l'état des lieux d'un crime
  • dénonciation mensongère à l'autorité judiciaire de faits constitutifs d'un crime ou d'un délit ayant provoqué des recherches inutiles
Ils encourent 30 ans de réclusion criminelle.