A Saint-Antoine-l'Abbaye, l'atelier des bons oeuvriers forme des tailleurs et sculpteurs de pierre

Claude et Christophe, le père et le fils Chevènement, forment à l'art de la taille de pierre. Bien au-delà de la seule technique, il transmettent leur philosophie de la vie. L' atelier, dit "des bons oeuvriers", est installé dans l'ancienne apothicairerie des moines. Un voyage hors du temps.

Par Jean-Christophe Pain

Dans l'atelier des bon oeuvriers, on travaille avec les mêmes outils, selon les mêmes règles d'or.... que les bâtisseurs de cathédrales ! Comme si, depuis 800 ans, rien n'avait vraiment changé dans le métier. A l'endroit même où les moines fabriquaient leurs diverses potions, on entend désormais résonner la pierre, rugissant sous le marteau des apprentis tailleurs.

Ici, comme par hasard, le portable ne passe plus. Passé la porte, vous êtes... tout à la pierre!

se réjouit Pierre, la cinquantaine, stagiaire depuis une semaine. Il s'est offert  ce rêve de gosse, lui que ses parents avaient forcé à passer des diplômes. Ingénieur dans l'automobile, Pierre vient chercher ici la paix, loin de la guerre commerciale, de la concurrence effrénée, qui règlent notre vie quotidienne. "La pierre vous oblige à la lenteur. Il faut apprendre à frapper au juste rythme."

Reportage JC Pain, Vincent Habran et Eric Achard
L'atelier des bons oeuvriers

Claude Chevènement, le patriarche, le "maître", se lance dans le Tour de France à la trentaine. Avec sa femme, leurs 3 enfants, tous dans la caravane, sur les routes à la rencontre des compagnons. C'est ainsi que Christophe, le fils, tombe dans le métier tout petit. Mais son rêve à lui, c'est... le commandant Cousteau ! Il le rencontrera quelques années plus tard.

Après bien des détours, par l'océanographie, la cuisine, le bio, l'agriculture, Christophe finit par retrouver son père dans le charmant petit village médiéval de Saint-Antoine-l'Abbaye. Ils s'installent ensemble, et proposent des formations. Une dizaine de jeunes envoyés par Pôle Emploi chaque année, mais aussi tout un tas d'autres personnes, qui sont du métier... ou pas ! Chacune a son projet, son parcours. 

Claude, avec béret, Christophe, avec casquette, et leurs stagiaires, dans l'atelier.
Claude, avec béret, Christophe, avec casquette, et leurs stagiaires, dans l'atelier.

Pour Claude, ce qui compte vraiment, c'est de parvenir à travailler ensemble. Main dans la main sur le chantier. L'entraide, la recherche de l'harmonie. Triompher des obstacles pour construire une oeuvre collective. Quelque chose qui nous dépasse, qui nous transcende, nous autres, simples humains. Spiritualité. Claude explique avec malice "On travaille avec des pierres très anciennes. Elles ont des millions, des milliards d'années. Donc... on n'est pas pressés !"


"L'apprentissage de la taille de pierre, c'est comme un art martial. Trouver les gestes justes. On apprend à ne pas renoncer, malgré les échecs... à se surpasser" explique la toute jeune stagiaire Deborah. Ses yeux brillent quand elle ajoute : "Ici on respecte la pierre comme un être vivant !"

Claude et Christophe utilisent les mêmes outils qu'au XIIIème siècle
Claude et Christophe utilisent les mêmes outils qu'au XIIIème siècle

Quand il pénètre dans la superbe église abbatiale de Saint-Antoine, Claude se relie... aux compagnons du passé, aux oeuvriers d'hier, comme à ceux d'aujourd'hui. Tous, y compris ses propres élèves, ont laissé quelque part un signe dans la pierre. Lui sait les lire, dans l'ombre d'une moulure, dans le secret d'une coursive cachée. 

 



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