Il y a 8 ans, le collège Jules Ferry de Chambéry était l'un des premiers en France à recevoir des élèves à "Haut Potentiel Intellectuel", ceux qu'on appelait les "surdoués"ou "précoces". Pour les accueillir en 6e et 5e, mélangés en classe avec des élèves "ordinaires", les profs ont dû se remettre en cause, inventer de nouvelles pratiques pédagogiques. Retour sur cette expérience qui fait des émules en Isère, et sert de référence pour toute l'académie. 

Une classe du "bien vivre ensemble"


Bienvenue au collège Jules Ferry de Chambéry ! Dans la classe de 5e B, pendant toute une semaine de cours, nous avons cotoyé des élèves très différents. Certains sont d'origine étrangère, et leurs parents ne parlent pas bien français.

D'autres sont diagnostiqués "précoces", ou plutôt "élèves à haut potentiel intellectuel". Autrefois, on les appelait "surdoués". Dans cette classe, ils sont 7 "haut potentiel" sur 26 élèves au total.


C'est quoi le "haut potentiel" ?


Le cerveau d’un élève « à haut potentiel » (EHP) fonctionne quasiment à son insu. Il absorbe tout comme une éponge. Il traite les informations plus vite, et en arborescence, pas en linéaire, comme chez un élève "ordinaire".

Associations d’idées, pensées fulgurantes. Comme une machine qui tourne à fond et… tout le temps. Son cerveau, l'enfant va donc devoir apprendre à l’apprivoiser.



Les EHP sont aussi assaillis de sensations. Tout les touche ! Ils sont "hypersensibles", comme l'explique la psychologue Jeanne Siaud-Facchin. Et ils sont souvent gouvernés par des émotions qui leur échappent.

Un enfant à haut potentiel est une personne très « délicate » sur les plans intellectuel, affectif et surtout relationnel. "En aucune manière, son éducation ne peut être l’affaire de recettes ou de programmes préétablis. Seul le « sur mesure » en accompagnement peut avoir quelque influence. La plupart des psychologues, pédiatres, enseignants sont désarmés face à cette question, car leur formation est souvent déficiente en la matière", expliquait en 2011 André Giordanalors directeur du Laboratoire de Didactique à l’Université de Genève.

Le haut potentiel peut déboucher sur la phobie scolaire


Les EHP ont souvent souffert à l'école. Petits génies insolents, incompris par certains enseignants. "Premiers de la classe", "intellos de service" maltraités par leurs camarades.

Certains d'entre eux se sont ainsi retrouvés, magré leurs capacités exceptionnelles, en échec scolaire. Des souffrances qui peuvent provoquer une véritable phobie scolaire, voire une dépression.  "Ce qui érafle les autres me déchire", dit l'un d'eux, comme le rapporte le pédopsychiatre Olivier Revol, qui suit beaucoup d'enfants précoces. 




Pour tenter de réconcilier ces enfants avec l'école, des enseignants du collège Jules Ferry de Chambéry ont mis en place il y a huit ans de nouvelles pratiques pédagogiques. Objectif : éviter que ces élèves s'ennuient, redonner du sens à l'école, les valoriser au sein du groupe-classe... et finalement trouver comment enseigner à TOUS les élèves, quel que soit leur potentiel, quelles que soient leurs particularités. 




Comme le dit Laurent Turc, prof d'histoire-géo, et l'un des pionniers de ce dispositif, "les EHP nous poussent dans nos retranchements. Ils expriment plus fort les besoins qu'éprouvent tous les élèves... " c'est à dire trouver du sens dans le fait d'apprendre, être reconnus dans ses particularités...

Série "haut potentiel" épisode 1

Intervenants : Véronique Garino-Legrand, médecin-conseiller technique, Delphine Bourdon, maman de Juliette, Gilles et Patricia Barlet, parents de Gabin, Bénédicte Bouvret, professeur de français, Laurent Turc, professeur d'histoire-géographie, Valérie Duval, professeur de mathématiques Equipe : JC Pain, YM Glo, José Manzanares, Mélanie Ducret  -  France 3 Alpes



Enseigner autrement !


Au collège Jules Ferry de Chambéry, on peut choisir comment apprendre, chacun à son rythme, par groupe "de besoins". On peut aussi être évalué à la demande, et pas avec des notes, mais par compétence.

Bref, ici les profs n'hésitent pas à bousculer les habitudes, ils n'ont peur ni du bruit, ni du mouvement ! Les élèves qui comprennent tout, tout de suite, ont même le droit de quitter la classe... pour aller mener des projets personnels, approfondir leurs connaissances, qu'ils restitueront ensuite à leurs camarades.

Au collège Jules Ferry, les EHP trouvent une écoute bienveillante qui leur souvent manqué à l'école maternelle ou primaire.  

Série "haut potentiel" épisode 2

Intervenants : Juliette Bourdon, Valérie Duval professeur de mathématiques, Enzo Gigliano, Elodie Gigliano maman d'Enzo, Delphine Bourdon maman de Juliette, Gabin Barlet, Maëlys Buttard, Patricia Barlet Equipe : JC Pain, YM Glo, José Manzanares, Mélanie Ducret  -  France 3 Alpes


 

Se réconcilier avec l'école


Après plus d'un an de scolarité au collège, les EHP semblent bien intégrés... ils ont retrouvé le sourire, et le goût d'apprendre ! Mais, après les classes de 6e et 5e, ils retrouveront une classe ordinaire, où les méthodes restent traditionnelles. Ces 2 ans sont-ils suffisants pour vraiment les réconcilier avec cette école qui les a tant fait souffrir ?! 

Nous avons rencontré Thibault, 18 ans, actuellement en Terminale STI2D. Il est entré en 6e à Jules Ferry l'année même où le dispositif EHP se mettait en place. 

Des troubles de l'attention, un diagnostic de dépression dès l'âge de 7 ans, l'enfance de Thibault n'a pas été de tout repos. Quel souvenir garde-t-il de ses profs à Jules Ferry ?

Série "haut potentiel" épisode 3

Intervenants : Jean-Luc Scheffler principal collège Jules Ferry, Martine Klein professeur de SVT, Agnès Rivière maman de Thibault, Thibault Rivière, Cyril Rivière Equipe : JC Pain, YM Glo, José Manzanares, Mélanie Ducret  -  France 3 Alpes

 

Une pédagogie pour tous les élèves quel que soit leur potentiel


Au collège Jules Ferry, les profs de la 5e B remettent en cause une tradition bien française : l'élitisme. Ici on prône l'entraide, l'émulation, pas la compétition. Ici on n'assène pas de notes, pour hiérarchiser les élèves, mais on évalue des compétences, en considérant l'enfant... comme un citoyen en devenir. 

Cette pédagogie "différente" profite finalement à tous les élèves de la classe, quel que soit leur potentiel. Les parents d'élèves à potentiel "ordinaire" en témoignent. Ronny, par exemple, arrivé récemment dans notre pays, remercie ses camarades de l'avoir aidé à bien apprendre le français. Maintenant c'est lui qui apprend à sa maman ! 

Série "haut potentiel" épisode 4

Intervenants : Maxime Naudin et Daniel Sentis, Philippe et Nadine Rivollet parents d'Aline, Laurent Turc professeur d'histoire-géographie, Elira Musta maman de Ronny, Ronny Gjergji, Valérie Duval professeur de mathématiques Equipe : JC Pain, YM Glo, José Manzanares, Mélanie Ducret  -  France 3 Alpes




   
  Le contact pour en savoir plus : l'ANPEIP !
 
 

L'ANPEIP, c'est "l'association nationale pour les enfants intellectuellement précoces". Des parents, des familles très concernées qui sauront vous aider à mieux comprendre, et vous guider vers des professionnels qualifiés.

Vous pourrez notamment rencontrer l'ANPEIP Savoie le 6 avril au Centre des Congrès d'Aix-les-Bains. L'association organise une conférence intitulée “la précocité intellectuelle conjuguée au féminin”.

Avec Doris Perrodin et Alexandra Reynaud. D'autant plus intéressant que souvent les filles masquent leur potentiel. Contrairement aux garçons. Ce qui ne veut pas dire qu'elles n'en souffrent pas pour autant. 

 
  savoie@anpeip.org