Créée il y a 4 ans seulement, la marque de jeans 1083 affiche déjà 2 millions de chiffre d'affaires ! Et Thomas Huriez, son jeune fondateur, a embauché une quinzaine de personnes de la région. Romans-sur-Isère était jadis capitale de la chaussure, avant d'être touchée de plein fouet par la vague des délocalisations. C'est dire l'importance de cette initiative Made in France. Une série signée JC Pain, JC Solari et Sophie Villatte. 

La drôle d'idée d'un certain Thomas Huriez


C'est l'histoire d'une passion. Celle de Thomas Huriez, un jeune homme plein d'audace devenu entrepreneur presque par hasard.

En 2007, il a 26 ans. Responsable informatique à Grenoble, il gagne 1800 euros par mois. Mais il ne se voit pas toute sa vie devant un ordi. 

Pour trouver du sens à sa vie, il retourne aux sources... à Romans, chez sa grand-mère.

Nourri, logé, Thomas peut se lancer dans le commerce l'esprit libre. Il ouvre le magasin "Modetic" pour vendre des vêtements bio, solidaires, équitables. Dans la maison familiale, juste en face de "Marques avenue". Un pôle touristique énorme à Romans. 

Grégoire et Angeline, les "mannequins" de 1083, jeans ET chaussures / © 1083
Grégoire et Angeline, les "mannequins" de 1083, jeans ET chaussures / © 1083


En 2013, Thomas décide de créer sa propre marque, 1083.


Financement ? Participatif, sur internet bien sûr. Et ça marche au-delà de ses espérances ! 

Du coup Thomas va parcourir les 1083 kms qui séparent les 2 villes les plus éloignées de l'hexagone. A la découverte des fans de la première heure. A chaque étape, il est logé chez un futur client ou un sous-traitant. Une fantastique aventure humaine, des chouettes rencontres, une idée marketing du tonnerre ! 

Les clients deviennent les ambassadeurs de la marque. Avec 31 000 abonnés sur Facebook, 1083 vend sans intermédiaire, directement du producteur aux consomm'acteurs. C'est le secret du Made in France. Pour Thomas, la clé de la réussite c'est la suppression des intermédiaires de distribution. 

En 4 ans, il a embauché une quinzaine de jeunes de la région, atteint 2 millions de chiffre d'affaires, ouvert 3 autres boutiques à Grenoble, Nantes et Lyon.

Prix des jeans : entre 89 et 129 euros. 

1083 épisode 1/4
Intervenants : Thomas Huriez co-gérant fondateur 1083, Catherine Mercier-Suissa enseignant-chercheur en Sciences économiques IAE de Lyon,




Une entreprise qui mise sur ses salariés


Marseille, c'était la capitale du jean. Dans les années 90, on y trouvait encore une centaine d'ateliers familiaux. Aujourd'hui, celui d'Aram est quasiment le seul survivant. Avec 1083, il a pu rembaucher. 

Au total, 1083 vend 15 000 jeans par an. Mais Thomas ne veut pas mettre tous ses oeufs dans le même panier, en fabriquant uniquement à Marseille.

A Romans, depuis un an, 1083 s'est donc doté de son propre atelier de confection. Grâce aux "petites mains" de Maryia et Charlène, la marque s'ajuste mieux à la demande. Chez 1083, Maryia et Charlène réalisent leurs jeans de A à Z. Bientôt, elle les signeront peut-être.

Charlène l'une des "petits mains" de 1083 / © 1083
Charlène l'une des "petits mains" de 1083 / © 1083

Une main d'oeuvre qualifiée, créative et impliquée dans le projet... ça peut faire la différence du Made in France !

Avec 1083, Thomas cherche une troisième voie entre le capitalisme classique et le système coopératif. Il envisage de créer une "Fondation actionnaires". 

Ecart maximal des salaires chez 1083 : de 1 à 5. Depuis cette année, Thomas gagne 2000 euros par mois. 

1083 épisode 2/4
Intervenants : Thomas Huriez co-gérant et fondateur 1083, Charlène Guillermin couturière 1083, Romain Didier chargé de développement 1083, Catherine Mercier-Suissa enseignant-chercheur en Sciences économiques IAE de Lyon






Des projets, 1083 n'en manque pas


Dans les années 70, Charles Jourdan, c'était 1 ouvrier sur 3 à Romans ! Jusqu'à 1 millier d'employés au plus fort de la marque.

Maintenant, c'est une friche, squattée, abandonnée, qui menace de s'écrouler. Vendue, revendue à différents actionnaires, l'usine a fini par fermer, il y a une dizaine d'années. Bénédicte, la petite-fille du fondateur, y a travaillé jusqu'au bout. Elle a vu l'entreprise prestigieuse se déliter année après année. 

Alors elle suit de très près le projet de Thomas : installer 1083 dans l'ancienne usine, pour en faire un pôle industriel, commercial et touristique.

Entre Marques avenue et le Musée de la Chaussure, Thomas lance une opération d'envergure : recyclage de jeans usagés, tissage, confection, expédition, toute l'usine s'ouvrira au public. Expos, boutique, jardins, resto... investissement total : 5 millions d'euros !

Plusieurs investisseurs et 3 banques lui font confiance. Thomas rachète le site à la Ville (et à la Communauté de communes), qui voulait jusqu'à présent tout raser pour construire une maison de retraite.

1083 épisode 3/4
Intervenants : Bénédicte Jourdan petite-fille de Charles Jourdan, Thomas Huriez co-gérant et fondateur de 1083, Marie-Hélène Thoraval maire de Romans-sur-Isère,




Des jeans Made in France, c'est possible !


Pour diversifier sa production, rajeunir sa clientèle, 1083 s'est doté d'une machine révolutionnaire... une délaveuse laser. Délaver des jeans bio, ça ne se fait pas n'importe comment : avant, c'était hyper-polluant !

Pour produire toujours plus écolo, et 100% Made in France, 1083 envisage même de recycler des jeans usagés. Plus besoin d'importer du coton étranger.

En 4 ans seulement, 1083 affiche déjà 2 millions  de chiffre d'affaires. Mais le jean Made in France  est-il vraiment durable ? C'est un produit de grande consommation, et non pas de luxe, un marché hyper-concurrentiel, et non pas une niche.

Pour essayer de comprendre, nous avons rencontré une chercheuse en Sciences économiques, Catherine Mercier-Suissa. A l' IAE de Lyon, elle a beaucoup travaillé sur les re-localisations. Sur ces entreprises, comme Rossignol-Dynastar, qui avaient délocalisé en Asie, mais qui ont fini par re-localiser en France. 

Les bas-salaires à l'étranger peuvent en effet cacher une faible productivité, une baisse de qualité, de gros coûts de contrôle, entre autres. C'est ce qu'on appelle les "coûts cachés", souvent sous-estimés par les entreprises attirées par le dumping fiscal et social. 

Selon cette chercheuse, pour sauvegarder de l'industrie en France, les pouvoirs publics pourraient plus investir dans les infrastructures, mieux soutenir la recherche et l'innovation, bref créer ici un "environnement économique plus favorable". Sans pour autant baisser les charges sociales, ou réduire la fiscalité. 

Le succès de 1083 repose en fait sur le savoir-faire de sa main d'oeuvre, son implication, et la suppression des intermédiaires de distribution.

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Intervenants : Emilie Tanghe modéliste 1083, Thomas Huriez co-gérant et fondateur de 1083, Catherine Mercier-Suissa enseignant-chercheur en Sciences économiques IAE de Lyon