Le rappeur Orelsan, rejugé pour provocation à la violence dans plusieurs chansons, relaxé en appel

Le rappeur Orelsan, rejugé pour injure et provocation à la violence envers les femmes dans plusieurs de ses textes, a été relaxé jeudi par la cour d'appel de Versailles, qui invoque la "liberté d'expression".

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Orelsan, ce mercredi 16 décembre au tribunal de Versailles © ERIC FEFERBERG / AFP

© ERIC FEFERBERG / AFP Orelsan, ce mercredi 16 décembre au tribunal de Versailles

Le rap d'Orelsan constitue-t-il une provocation à la violence envers les femmes? Non, a tranché jeudi la justice: l'artiste, rejugé à Versailles pour les textes de plusieurs chansons, a été relaxé au bénéfice de la "liberté d'expression". "Orelsan est ravi, soulagé, très flatté", a déclaré son avocat, Me Simon Tahar, saluant une "reconnaissance du caractère presque absolu de la liberté de création et de la liberté artistique" et "les termes extrêmement forts" de la cour d'appel  de Versailles, "qui ne laissent place à aucune équivoque".

 

"Orelsan est ravi, soulagé, très flatté" Me Simon Tahar, son avocat


Une très grande déception pour les associations féministes

"C'est une très grande déception", a réagi pour sa part Me Alain Weber, avocat des cinq associations féministes qui poursuivaient le rappeur, dénonçant des textes "d'une violence inouïe": huit chansons interprétées par le rappeur de 33 ans, de son vrai nom Aurélien Cotentin, lors d'un concert à Paris
en mai 2009. Les juges estiment dans leur décision que "sanctionner" ces textes "reviendrait à censurer toute forme de création artistique inspirée du mal-être, du désarroi et du sentiment d'abandon d'une génération, en violation du principe de la liberté d'expression".

 

"une écoute exhaustive et non tronquée de ses chansons permet de réaliser qu'Orelsan n'incarne pas ses personnages" d'après la cour


La cour ne juge pas les sources d'inspiration de l'artiste

"La cour n'a pas à juger les sources d'inspiration d'un artiste", ont-ils ajouté. L'artiste "n'a jamais revendiqué" publiquement "la légitimité des propos violents, provocateurs ou sexistes tenus par les personnages de ses textes qu'il qualifie lui-même de "perdus d'avance", soulignent les magistrats. En outre, ajoute la cour, "une écoute exhaustive et non tronquée de ses chansons permet de réaliser qu'Orelsan n'incarne pas ses personnages" et que la "distanciation" entre eux est "évidente".

Si ces propos avaient été appliqués "à des Noirs, des homosexuels, des juifs, des personnes handicapées, il ne fait aucun doute que nous serions entrés en voie de condamnation", a estimé le conseil.


Le rap n'est "pas le seul courant artistique exprimant dans des termes extrêmement brutaux la violence des relations entre garçons et filles", notent encore les magistrats, qui citent le cinéma et préviennent: "Il serait gravement attentatoire à la liberté de création que de vouloir interdire ces formes d'expression." "Nous verrons si nous formons un pourvoi" en cassation, a ajouté l'avocat des associations Chiennes de garde, Collectif féministe contre le viol, Fédération nationale solidarité femmes, Femmes solidaires, Mouvement français pour le planning familial. Si ces propos avaient été appliqués "à des Noirs, des homosexuels, des juifs, des personnes handicapées, il ne fait aucun doute que nous serions entrés en voie de condamnation", a estimé le conseil.

"Nous verrons si nous formons un pourvoi en cassation." l'avocat des associations


"On parle pas la même langue"

"Je suis d'accord avec le combat des gens qui ont porté plainte", avait assuré Orelsan à la barre, en décembre. Le président avait complété: "Mais on parle pas la même langue, c'est ça?" Le rappeur avait défendu des propos "ironiques", certes parfois "d'hyper mauvais goût", placés dans la bouche d'un "personnage fictif". Les associations, elles, avaient fustigé des textes visant "les femmes, comme une catégorie générale" et dit n'y déceler aucune "distanciation" du rappeur. L'avocat général n'avait pas formulé de réquisitions. 

"Je suis d'accord avec le combat des gens qui ont porté plainte" Orelsan


Condamné en première instance pour provocation à la violence

En première instance, devant le tribunal correctionnel de Paris, en 2013, l'artiste avait été condamné à 1.000 euros d'amende avec sursis pour certains des passages litigieux. Les juges avaient considéré l'expression "les meufs c'est des putes" comme une injure sexiste. Pour "renseigne-toi sur les pansements et les poussettes, j'peux t'faire un enfant et t'casser le nez sur un coup d'tête", ainsi que "ferme ta gueule ou tu vas t'faire marie-trintigner (...)", Orelsan avait été reconnu coupable de "provocation à la violence à l'égard d'un groupe de personnes en raison de leur sexe".

 

Pour "renseigne-toi sur les pansements et les poussettes, j'peux t'faire un enfant et t'casser le nez sur un coup d'tête", ainsi que "ferme ta gueule ou tu vas t'faire marie-trintigner (...)", Orelsan avait été reconnu coupable de "provocation à la violence à l'égard d'un groupe de personnes en raison de leur sexe".


Il fait appel en 2014

Il avait fait appel et, en 2014, la cour d'appel de Paris avait jugé les poursuites prescrites. La Cour de cassation avait annulé cette décision en juin et ordonné ce troisième procès. Poursuivi par l'association "Ni putes ni soumises" pour le morceau "Sale Pute", au coeur d'une vive polémique en 2009, le rappeur avait été relaxé par le tribunal correctionnel de Paris en 2012.


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