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Histoires 14-18 : Blaise Cendrars, un Suisse engagé

Blaise Cendrars en tenue de soldat / © BNS Bohrer
Blaise Cendrars en tenue de soldat / © BNS Bohrer

Il est l'écrivain du voyage et de l'aventure. Blaise Cendrars l'a prouvé toute sa vie. Mais sa plus douloureuse expérience, la plus traumatisante fut bien la guerre. Elle lui a pris sa main droite et beaucoup d'illusions.

Par Par Florence Cicolella

Blaise Cendrars, de son vrai nom Frédéric Sauser, est né à La Chaux de Fonds, mais il a beaucoup déménagé car son père était un entrepreneur toujours en mouvement. Il a beaucoup voyagé aussi. En 1907, il revient de Russie. Il est un écrivain en devenir. Il fréquente par la suite les milieux avant-gardistes, de tous les arts. Aussi lorsque la guerre éclate, il refuse de se limiter à la neutralité que lui impose sa nationalité suisse. Il s'engage dans la légion étrangère au sein de l'armée française et incite tous les artistes à faire de même en signant un appel aux artistes étrangers. 

Au front, il écrit bien sûr. Il fait des photographies aussi qu'il envoie à la revue Le Miroir. Lors de l'offensive de Champagne, le 28 septembre 1915, il reçoit une rafale de mitrailleuse qui lui mutile le bras droit. Il est amputé. Réformé et décoré. Il prend même la nationalité française. Désormais il écrira de la main gauche, difficilement, mais résolument.

L'écrivain Blaise Cendrars immortalisé par le photographe Robert Doisneau / ©
L'écrivain Blaise Cendrars immortalisé par le photographe Robert Doisneau / ©


Deux ouvrages majeurs retracent cette tragédie. "J'ai tué", illustré par des dessins de Fernand Léger directement inspirés de ceux qu'il a ramenés du front. Un livre rageur, dérangeant, où s'exprime toute l'horreur et la bestialité éprouvées au combat.  

Soudain un avion s'envole dans une grande pétarade. Les nuages l'avalent. L aulne roule par derrière. Et le peupliers de la route nationale tournent comme les rayons d'une route vertigineuse. Les collines dégringolent. La nuit cède sous cette poussée. Le rideau se déchire. Tout pète, craque, tonne, tout à la fois. Embrasement général. Mille éclatements. feux, des brasiers, des explosions. C'est l'avalanche des canons. Le roulement. Les barrages. Le pilon. Sur la lueur des départs se profilent éperdus des hommes obliques, l'index d'un écriteau, un cheval fou. Battement d'une paupière. Clin  d'oeil au magnésium. Instantané rapide. Tout disparaît. On a vu la mer phosphorescente des tranchées, et des trous noirs. Nous nous entassons dans les parallèles de départ, fous creux, hagards, mouillés, éreintés et vannés .."


La main coupée, en projet dès la fin de la guerre, ne paraît qu'en 1949. Il y décrit où il décrit « une grande fleur épanouie, un lys rouge, un bras humain tout ruisselant de sang, un bras droit sectionné au-dessus du coude et dont la main encore vivante fouillait le sol des doigts comme pour y prendre racine ».

Après guerre, Blaise Cendrars poursuivra sa carrière d'écrivain et d'artiste entier, s'essayant au cinéma aux côtés d'Abel Gance et au reportage. Un homme amputé, mais bien vivant.

"J'ai tué" illustré par Fernand Léger 
 / © Musée des Beaux arts de la Chaux de Fonds
"J'ai tué" illustré par Fernand Léger / © Musée des Beaux arts de la Chaux de Fonds


Sources et remerciements

  • Musée des Beaux Arts de la Chaux de Fonds. Gabriel Umstätter. Sophie Vanthiegem
  • Le catalogue de l'exposition "Blaise Cendrars au coeur des arts" est disponible aux éditons Silvana Editoriale

Histoires 14-18 : Blaise Cendrars, un suisse engagé
Source archives : Collection Musée des Beaux-Arts de La Chaux-de-Fonds - France 3 - F. Cicolella


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