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GRAND FORMAT - Entrez dans la friche industrielle de la Rhodiacéta à Besançon

A l'occasion du 50e anniversaire de la grande grève à la Rhodiaceta, redécouvrez l'ancien fleuron du groupe textile Rhône-Poulenc. L'immense bâtiment sur les bords du Doubs sera bientôt détruit. Requiem pour une "cathédrale" dont l'histoire fascine anciens salariés, graffeurs ou urbanistes. 

Par Sophie Courageot & Pascal Sulocha

A Besançon, la friche industrielle de la “Rhodiacéta” sera bientôt détruite.
Les pelleteuses vont gommer du paysage le bâtiment du groupe textile Rhône-Poulenc, immense paquebot à l'abandon sur les bords du Doubs.

  • Comment ce fleuron industriel est-il devenu friche ?
  • Pourquoi le site fascine-t-il les hommes ?
  • Pourquoi la “cathédrale” est-elle restée si longtemps à l'abandon ?

VISITEZ LA FRICHE


Un vaisseau fantôme entre la Citadelle de Vauban et la verte colline de Bregille. Depuis plus de 30 ans, la friche rouille sous les yeux des habitants de Besançon.
Le site est interdit au public pour des raisons de sécurité. Vous rêvez d’y entrer ? Voici à quoi ressemble aujourd’hui le cœur de l’usine Rhodiacéta.

UN SIÈCLE D'INDUSTRIE

7 DATES POUR COMPRENDRE


1884 - Hilaire de Chardonnet invente la soie artificielle
Le chercheur et scientifique bisontin est chargé d’une étude sur la maladie du ver à soie qui frappe l’industrie textile française. Une étude placée sous la direction de Louis Pasteur. Chardonnet réussit à reproduire la soie dans son laboratoire de Gergy près de Chalon-sur-Saône. A l’âge de 45 ans, il rejoint le club des grands inventeurs. La soie artificielle à base de cellulose voit le jour. L’invention est primée à Paris à l’exposition universelle de 1889.

1892 - L’usine des soieries voit le jour à Besançon
Fort de son invention, Hilaire de Chardonnet rachète des terrains aux Prés de Vaux.
Les soieries ouvrent le 1er juin 1892. L’usine connaît des débuts difficiles. Elle n’est pas rentable. Chardonnet est très vite ruiné. Une nouvelle direction est nommée pour redresser la barre. Dans les années 20, les soieries prennent un virage technique en fabriquant de la viscose. L’hiver 1939-1940, la guerre stoppe plusieurs mois la production du site.

1952 - La fin des soieries
L’usine emploie alors 586 ouvriers. Mais la concurrence du nylon scelle son sort. La dernière bobine de fil est tissée en 1953. L’usine est en sommeil. Quelques ouvriers veillent sur elle. La menace de fermeture plane.

1954 - Rhodiacéta rachète le site
Le groupe Rhodiacéta rachète l’usine de “la société de la soie Chardonnet”. Le soulagement est immense à Besançon. Les travaux vont aller très vite. L’usine est agrandie et modernisée. Un atelier de fabrication de tergal voit le jour. Puis un autre pour produire du nylon. Le site s’agrandit encore. Dans les années 60, il emploie jusqu’à 3283 salariés.

1967 - Le grand conflit de la Rhodia
Une grève éclate sur le site en février. Elle dure cinq semaines. L’usine est occupée. Les 3200 salariés réclament de meilleures conditions de travail et des hausses de salaires. Les syndicats sont fortement implantés. Les grévistes veulent aussi “changer le système”. Le conflit marque les prémices de ce que sera mai 1968.

1968 - Terreau du cinéma militant
Le film de Chris Marker intitulé "A bientôt j’espère" est diffusé à la télévision française.
Chris Marker est un cinéaste engagé. Les ouvriers de la Rhodia l’invitent à Besançon. Avec sa caméra 16 mm, le réalisateur leur donne la parole.
Les ouvriers forment dans la foulée des groupes Medvedkine à Besançon et à Sochaux. Ils réalisent eux-mêmes des films sur leur mouvement. L’usine occupée devient un lieu de culture avec des conférences et une bibliothèque.

1983 - La Rhodiacéta ferme définitivement
La concurrence de la production étrangère marque la fin de l’usine bisontine. En décembre 1983, 84 salariés restent sur le site pour démonter les machines et préparer la mort du site. Certaines machines sont démontées et partent en 1986 vers la Chine.

FASCINATION POUR UN MONDE INTERDIT


Depuis la fermeture de l’usine en 1983, la friche attire de discrets visiteurs. On vient ici en toute illégalité s’imprégner des traces du passé. La friche est un peu comme une vieille dame à qui l’on rend visite en cachette. Derrière les murs, certains pistent à leurs risques et périls les traces du fantôme industriel. D’autres font de ce no man’s land une étonnante scène artistique.

Un décor de cinéma. Celui d’un film de Mad Max. Ou Terminator. L’intérieur de la friche attire comme un aimant de nombreux graffeurs et artistes. Leurs œuvres éphémères redonnent de la couleur à ce lieu à l’abandon.

Daniel Springer est allemand et vit à Berlin. Passionné de vélo et d’architecture, il n’a pas résisté à entrer dans la friche qui longe l’Eurovéloroute.

Flûte celtique et trompette. Etrange scène pour un concert impromptu. En 2014, les riverains ont-ils entendu les notes de Wall Pinçon ? Cet étudiant de Besançon s’offrait une scène inédite. Une prestation musicale à l’intérieur de “la cathédrale”, la plus grande salle de production de la Rhodiacéta.

DRAME
Interdite au public, la friche reste un lieu dangereux. Le 29 juin 2005, la visite d’un groupe de jeunes vire au drame. Le jeune Charley, 18 ans, chute d’une verrière. Une chute fatale de 15 mètres. La ville renforce la sécurité autour du site. Mais la jeunesse bisontine trouve régulièrement la faille, le “trou de souris” pour entrer dans les lieux.

ET DEMAIN ?


Une friche figée par plus de 20 ans de procédures judiciaires

En 1991, la friche est rachetée 17 millions de francs (2,6 millions d’euros) par une Suissesse, Christiane Loiseau, à la tête de la société Physenti. Promoteur immobilier, elle dit vouloir y implanter un centre d’affaires unique au monde. Une vitrine où les industriels suisses du luxe viendraient exposer leur savoir-faire en horlogerie, bijouterie ou optique. Le projet ne verra jamais le jour. Christiane Loiseau est condamnée pour escroquerie.

En 1994, la friche de la Rhodia est placée entre les mains d’un liquidateur judiciaire. Et le dossier va traîner. 20 ans de procédures ! Plusieurs fois, la ville propose de racheter le site. Mais le liquidateur refuse toutes les offres de la ville. Le feuilleton prend fin en décembre 2014. Le juge de l’expropriation confirme le prix de la friche : un euro symbolique ! Depuis cette date, la ville en est officiellement propriétaire.

Un projet de parc urbain

Pendant toutes ces années de procédures, la ville prépare l’après Rhodia. Dès 2007, le plan local d’urbanisme est modifié. Les 4 hectares de la friche sont comme l’ensemble du quartier des Prés de Vaux en zone inondable. Que faire ? En 2008, la ville retient le projet des urbanistes Patrick Duguet et Alfred Peter. Ils imaginent dans le prolongement de la friche un nouveau quartier. Sur le papier, on découvre un parc urbain et des logements qui prendront place une fois toutes les acquisitions foncières réalisées.

La démolition désormais imminente

Cette fois, on y est. Le désamiantage de l’ancienne usine devrait débuter à l’automne 2016. L’opération devrait durer six mois. Dans la foulée, la friche sera démolie en 2017. Un chantier titanesque. Il faut faire tomber 60.000 m3 de béton. Le coût de la démolition est estimé à 5 millions d’euros.
Certains sols sont pollués aux hydrocarbures ou aux métaux lourds. Au fil du temps, la renouée du Japon a envahi certains secteurs des Prés de Vaux. Il va falloir s’en débarrasser.

Promenons-nous dans le parc

Dessiner l’avenir, sans oublier le passé. En mars 2016, un atelier a réuni urbanistes, paysagistes et architectes. La ville a fait le choix de conserver sur le site plusieurs éléments architecturaux de l’usine Rhodiacéta. Les vieux bâtiments des soieries du Comte de Chardonnet seront conservés. Une tour, une chapelle, un ponton… Ces traces du passé seront remises en état. Elles s’inscriront dans le futur parc urbain.

En 2019 au plus tard, la ville de Besançon espère offrir un vaste espace de nature et de loisirs aux Bisontins. Un étonnant retour aux sources. En 1916, l’architecte Maurice Boutterin avait dessiné à cet endroit un projet de parc des sports.

TANT QUE LES MURS TIENNENT

documentaire de Marc Perroud - Vie des hauts production
diffusion le Lundi 4 avril 2016 à 23h25


CRÉDITS


Un grand format de France 3 Franche-Comté
Direction régionale de l’antenne - Sophie Guillin
Ecriture - Sophie Courageot
Réalisation - Pascal Sulocha
Documentation - Marie-Pierre Goisseaud
Montage - Emmanuel Dubuis
Photographie - Marc Perroud et Pascal Sulocha

Remerciements


Marc Perroud, réalisateur
Vie des Hauts Production
Bastien Fiori, urbaniste à la ville de Besançon
Maguy Scheid, documentaliste
Laurence Reibel, conservatrice au Musée du Temps CCPPO
Roger Journot et Yoyo Maurivard

AVERTISSEMENT

La friche de la Rhodiaceta appartient à la ville de Besançon. Le site est dangereux en raison de son état de délabrement.
Son accès est interdit au public. Toute personne y pénétrant s'expose à des poursuites judiciaires.

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