Ce lundi 11 septembre 2017, la 55ème édition du concours de jeunes chefs d'orchestre a débuté à Besançon. Les candidats sont passés les uns après les autres devant le jury et un public venu en nombre. Dans l'assemblée : des jeunes et des moins jeunes. Nous sommes allés à leur rencontre pour comprendre leur passion commune pour la musique.

20 candidats et des centaines de silencieux

Ils étaient déjà une vingtaine, trente minutes avant l'ouverture des portes pour le public. Des passionnés de musique qui avaient, pour la plupart, déjà réservé leur place pour l'ouverture du 55ème concours international des jeunes chefs d'orchestre. Il est 14h, les équipes du festival ouvrent les portes de la salle. Rapidement, des dizaines de spectateurs majoritairement âgés de plus de 60 ans s'installent et patientent le programme à la main. On peut y retrouver l'identité, la nationalité et l'âge des vingt candidats jeunes chefs d'orchestre présents pour les huitièmes de finale du concours. Après quelques minutes, Jean-Michel Mathé, le directeur du festival, fait son apparition, donne quelques règles aux spectateurs et lance le concours.

 Sans attendre, le premier candidat, Ngai Cheung Sit, un Hongkongais de 28 ans, fait son apparition. Le déroulement du concours est très simple et répétitif. Chaque candidat est convoqué pour une quinzaine de minutes avec l'orchestre Victor-Hugo. Son passage se déroule comme une répétition. Il peut interompre à tout moment les musiciens et prodiguer des conseils et des ajustement aux musiciens. Une mécanique qui offre des moments étonnants.


Au bout de la quinzaine de minutes de passage, une petite sonnette retenti et un "merci" se fait entendre. Le jury demande aux candidats de partir et automatiquement le suivant fait son apparition. D'ailleurs, si vous le souhaitez vous pouvez retrouver notre long-format qui présente l'ensemble des candidats
 

Concours de jeunes chefs d'orchestre : un public, des générations


Une question subsiste : comment sont notés les chefs d'orchestre ? Quels sont les critères ? Contrairement à ce que l'on pourrait penser, il ne s'agit pas de critères subjectifs. On parle ici de "technique", de "posture" et de "contact". Pour évoquer l'intégralité de ces élements de notation d'une manière, nous avons interviewé Valérie Chevalier, directrice générale à l'Opéra orchestre nationale Montpellier Occitanie et surtout, membre du jury. Pour elle, il est "difficile de juger les 20 candidats.

Tout est à regarder, il faut se rappeler de tous les détails. On doit y réfléchir et mettre en perspective sa performance avec le style de musique, le niveau des musiciens. À savoir qu'avant aujourd'hui, ils n'ont vu cet orchestre
 

Valérie Chevalier "ils ne connaissent pas l'orchestre"



À la fin de chaque prestation, il n'est pas rare de voir les spectateurs se ruer sur le programme et de discuter entre eux. "Il était vraiment bien !", "qui est le prochain ?", "je me demande qui va gagner", pouvait-on entendre. Jeunes comme moins jeunes, voilà un élément qui les rapproche. On a rapidement compris qu'il en existe beaucoup d'autres. 
 

Des programmes souvent scrutés par les spectateurs
Des programmes souvent scrutés par les spectateurs

 

 

"La musique est universelle"

Voilà, une phrase que l'on entend comme un poncif. Pourtant, cette formule prend tout son sens lorsque l'on discute quelques minutes avec des spectateurs du concours. À commencer par Anne-Marie. Cette passionnée de musique "s'intéresse chaque année" au concours et au festival. Elle ne vient pas uniquement pour la compétition, d'ailleurs elle ne vient pas à toutes les séances.

"J'aime voir les chefs d'orchestre débutants, je ne suis pas une fanatique des gains. J'aime voir la vie de l'orchestre", explique-t-elle. Son fils, clarinétiste lui a fait connaître l'instrument et le mécanisme des orchestres. Depuis, elle écoute sur des chaînes de télévision spécialisées de la musique classique. Mais "rien ne remplace la musique en live", poursuit-elle avec un large sourire. Autour d'elle, elle observe que de nombreux jeunes sont assis en groupe et écoutent avec attention le concours. Une initiative qu'elle "soutient à 200%".


Je n'ai rien contre la musique moderne, ce n'est pas de mon époque mais je pense qu'elle reflète une certaine violence dans la société actuelle. La musique classique apaise. Enfin je pense. Des enfants ont aucun contact avec la musique et c'est dommage. Elle est importante pour l'éducation.


Un état d'esprit partagé par Françoise. Elle n'a quasiment raté aucune édition du concours des jeunes chefs d'orchestre. L'habitante de Vesoul aime "venir écouter de la musique classique de 14h30 à minuit". Au-delà d'adoucir son ouïe avec du classique, la retraité aime découvrir des jeunes "à la technique et au talent exceptionnels". Au sujet de la compétition, Françoise aime faire des pronostics et découvrir ce que les jeunes candidats sont devenus. Une jeunesse qui lui influe "un dynamisme". Voir des dizaines de collégiens et lycéens autour d'elle l'enchante.
 

Chez moi, nous avons toujours fait de la musique. À l'école,on pratique et on écoute peu et pourtant, c'est un art qui demande de l'attention et de la concentration. C'est une bonne école de la vie.


Pour beaucoup, la musique classique serait élitiste. Réservée qu'à une population vieillissante et d'un haut niveau sociale. Autrement dit, dans l'imagerie collective, la musique classique ferait penser cela : 

 


Pourtant, pour Paulin, Zhen Zhong et Antoine, on est loin du compte. Elèves en 3ème au collège Diderot de Besançon, ils étaient tous les trois volontaires. Il faut dire que deux fois par semaine, ces trois amis jouent au collège de la musique. Paulin maîtrise le hautbois, l'accordéon et le piano. Il le sait, tout le monde n'aime pas la musique classique. Les collégiens de 14 ans tiennent à rassurer : "on écoute des musiques actuelles, pop etc. Il ne faut pas croire que nous sommes fermés à tous les styles de musique". Les yeux rivés vers les musiciens, Paulin est admiratif. "Ils doivent être stressés mais ils ont de la chance". 
 


Même son de cloche quelques chaises plus loin pour Inès, Marylou et Alizée. "C'est une superbe opportunité de venir ici. Nous sommes déjà venus l'année dernière au préselection et on adore ça. Personnellement, j'aime bien suvire la compétition, et voir qui reste à la fin", explique Inès, passionnée de danse. De son côté, Alizée est impressionée par le talent des musiciens. "Nous jouons d'un instrument et les voir est forcément enrichissant. Ils ont un talent incroyable". Autrement dit, petits et grands sont admiratifs.
 

 

"Toutes les générations doivent écouter de la musique"

Yuan Xue est le quatrième jeune chef d'orchestre a être passé devant le jury. À la sortie de sa prestation, le Chinois de 29 ans a souhaité répondre à nos questions.


Comment s'est passé votre passage devant le jury ?

Bien. Je suis satisfait même si je pense avoir fait une ou deux erreurs. J'ai fait 80% du travail. Je ne sais pas si je gagnerais mais je l'espère évidemment. Inutile de perdre espoir maintenant mais on sait qu'à ce niveau de compétition, chaque erreur peut être fatale.

Vous avez dû remarquer la diversité du public...

C'est un mélange des générations qui ne m'étonne pas. En Chine, ce genre de situation est monnaie courante. La population est très tournée vers l'éducation des enfants. Il n'est pas rare de voir des parents, qui détestent la musique classique, amener leurs enfants voir des représentations. L'unique objectif est de les instruire, développer leur curiosité et leur concentration. C'est évidemment une bonne chose de voir des jeunes et personnes âgés ensemble à une représentation de musique classique. Peu importe le style, toutes les générations doivent écouter de la musique. 

La musique est-il aussi un moyen de tisser des liens selon vous ?

Comme tous les arts, la musique est universelle et rassemble. C'est une évidence. Et puis, vous posez la question à un chef d'orchestre, dire le contraire serait un crime (rires).