Besançon : un médecin anesthésiste suspecté de sept empoisonnements, dont deux mortels

© Max PPP
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Un médecin anesthésiste soupçonné d'avoir volontairement empoisonné sept patients entre 2008 et 2017, dont deux mortellement, a été mis en examen hier à Besançon. 

Par Isabelle Brunnarius avec AFP

Un anesthésiste de Besançon est mis en examen pour empoisonnement avec préméditation
Sept de ses patients auraient été empoisonnés, deux sont décédés. Avec Christine De Curraize, Vice-procureur de la République - Randall Schwerdorffer, Avocat du médecin - Valérie Fakhoury Directrice de la Clinique. Reportage E.Rivallain, JL Gantner.


Cet homme de 45 ans a été mis en examen pour "empoisonnements avec préméditation" sur sept patients âgés de 37 à 53 ans, opérés dans deux cliniques de Besançon, a indiqué la vice-procureure de Besançon Christine de Curraize. Le praticien a été placé sous contrôle judiciaire dans la nuit de lundi à mardi, avec interdiction d'exercer sa profession et l'obligation de verser une caution de 60.000 euros, a confirmé à l'AFP son avocat, Me Randall Schwerdorffer. Le parquet a fait appel de ce contrôle judiciaire.

"Mon client conteste fondamentalement tout empoisonnement que ce soit. Il dit passer sa vie à réanimer les gens, pas à les tuer. Il est dans l'incompréhension totale des accusations portées à son encontre", affirme l'avocat.

Doses létales

Selon l'enquête en cours, les sept victimes présumées - quatre femmes et trois hommes - ont reçu au cours de leurs opérations des "doses létales de substances" qui ont provoqué un arrêt cardiaque, a précisé Mme de Curraize. En janvier 2017, l'ARS, agence régionale de la santé, informe le parquet de Bessançon de "deux événements indésirables graves survenus les 11 et 20 janvier 2017 sur deux patients de la clinique Saint-Vincent. Ces patients ont pu être réanimés aprés avoir présenté des arrêts cardiaques en cours d'opération. 

Toujours d'après le parquet, "les analyses toxicologiques réalisées sur les poches de soluté de réhydratation pour le premier cas et de paracétamol pour le second cas permettaient de retrouver de fortes quantités de potassium ou d'anesthésique, à dose létale".

Un rapprochement a alors été réalisé avec deux autres "événements indésirables graves" survenus en 2008 et 2016, à l'issue desquels les patients de la clinique Saint Vincent étaient décédés.

Ces deux patients victimes de ces doses létales n'ont pas pu être réanimées: un homme de 53 ans décédé en 2008 pendant une opération des reins, et une femme de 51 ans décédée en 2016 au cours d'une opération pour une fracture.

Ces faits avaient faits l'objet de l'ouverture d'informations judiciaires. Là aussi, des surdosages d'anesthésiques locaux ont été établis. 

Ces empoisonnements présumés ont touché des patients "qui n'avaient pas de prédispositions particulières", a ajouté la magistrate. Ils se sont déroulés entre 2008 et janvier 2017 lors d'opérations à la Clinique Saint-Vincent de Besançon, où exerçait jusqu'à présent le praticien, mais également à la Polyclinique de Franche-Comté où trois autres "événements indésirables graves" ont eu lieu en 2009. Là aussi, il y a eu une enquête préléminaire. Cette fois-ci, l'enquête avait permis de déterminer que, "dans un cas au moins", des doses inhabituelles de potassium avaient été retrouvées, là encore dans une poche de réhydratation.


Des "indices graves et concordants"


D'après les investigations de la police judiciaire, "nous avons des indices graves et concordants" qui permettent de "présupposer l'administration volontaire de substances mortelles, il s'agit de faits gravissimes", a dit la vice-procureure.
Finalement, toutes ces procédires ont été jointes à l'instruction et requalifiées en faits d'empoisonnements commis avec préméditation. Le crime d'empoisonnement avec préméditation est passible de la réclusion criminelle à perpétuité.Toujours selon le parquet, ce dossier pourrait s'élargir à d'autres faits. De nouvelles victimes pourraient encore être découvertes: "Ce dossier va nécessiter un certain nombre d'expertises, et on n'est pas à l'abri de voir le nombre de victimes s'élargir", craint Mme de Curraize.


"Une accusation ahurissante et fragile" selon l'avocat du médecin


Selon son avocat, ce médecin est reconnu dans le milieu médical bisontin pour ses qualités professionnelles, notamment techniques. "C'est un professionnel archireconnu, de grande qualité, qui pratique 2.000 anesthésies par an, et dont le métier est plus qu'un métier, c'est une passion", souligne Me Schwerdorffer qui dénonce une "accusation ahurissante et fragile". L'avocat récuse l'hypothèse que son client aurait pu agir comme un "pompier pyromane" pour être perçu alors comme un sauveur. L'avocat bisontin évoque la possibilité d'actes malveillants extérieurs ou de la part d'autres personnels soignants. 


Réaction de la Clinique Saint-Vincent : 

"Deux incidents graves ayant entrainé des problèmes cardiaques imprévus sont survenus au bloc opératoire de la clinique les 11 et 20 janvier 2017. Dans les deux cas, les patients concernés ont fort heureusement pu regagner leur domicile.
Aujourd’hui, nous pensons avant tout à nos patients. Nous sommes tous soulagés qu’ils aient pu rentrer chez eux. Nous tenons à les assurer de tout notre soutien, ainsi que leurs proches.
La direction de l’établissement, ainsi que l’ARS, ont saisi Madame la Procureure de la République dès le 19 Janvier, au vu des premiers résultats des analyses qui avaient été pratiquées après le premier incident.
Une enquête a été diligentée et deux juges d’instruction ont été saisis. Les premières investigations menées par les autorités judiciaires et les services de police, mais également par l’ARS, avec le concours étroit de l’établissement, ont permis de déterminer les causes des deux incidents.
La direction de la clinique a alors décidé de porter plainte contre X auprès de Madame le Doyen des Juges d’Instruction près le Tribunal de Grande Instance de Besançon.
L’enquête est actuellement en cours, et nous sommes tenus par le secret de l’instruction.
Nous sommes tous extrêmement choqués et souhaitons que la justice puisse faire son travail en toute sérénité. Nous espérons que les conclusions de l’enquête permettront d’établir les responsabilités et nous nous tenons à l’entière disposition des personnes en charge de cette enquête. »

Précisions de l'Agence régionale de santé :


Des mesures conservatoires ont dans le même temps été prises par la clinique, en lien étroit avec l’ARS, visant à garantir la sécurité des patients pris en charge dans l’établissement pendant le déroulement de l’enquête.
L’ARS tient à saluer l’efficacité de la collaboration des professionnels de la clinique et la diligence de la direction de l’établissement pour mettre en oeuvre très rapidement toutes les actions nécessaires : le renforcement de la surveillance du circuit de prise en charge des patients devant subir une intervention chirurgicale, la sécurisation des locaux, le remplacement complet du stock des médicaments injectables et des contrôles fréquents de
leur intégrité, la sécurisation et la traçabilité accrues des produits médicamenteux.
L’ARS souligne également la grande réactivité des autorités judiciaires suite aux signalements effectués en janvier. Ses services restent naturellement à leur disposition dans la poursuite de leurs investigations.

Réaction de la Polyclinique de Franche-Comté

"A la Polyclinique de Franche-Comté, trois évènements graves périopératoires ont eu lieu en 2009 sur une courte période. Tous trois ont été efficacement réanimés sans qu’aucun décès ne soit déploré. Les circonstances de ces évènements graves ont donné lieu à une enquête médicale interne. Ces faits troublants ont conduit l’équipe médicale et la direction à avertir les autorités savantes du CHRU de Besançon et l’Agence Régionale de Santé. Une plainte avait été déposée auprès du Procureur de la République à cette époque.

Depuis, aucun fait de cette nature n’a été à déplorer à la Polyclinique de Franche- Comté. Le praticien mis en cause n’a exercé dans notre établissement que sur une courte période en 2009. Les faits récents faisant l’objet d’une enquête ne concernent pas notre établissement. La communauté médicale, sous le choc, se tient à disposition des enquêteurs."

Docteur Pascal Petit, président de la conférence médicale d’établissement de la Polyclinique de Franche- Comté
Co-signé de l’ensemble des Anesthésistes-Réanimateurs de la Polyclinique de Franche-Comté

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