Deux offres de reprise pour les montres Péquignet de Morteau

L'horlogerie, un savoir-faire spécifique à la Franche-Comté  / © maxppp
L'horlogerie, un savoir-faire spécifique à la Franche-Comté / © maxppp

Deux offres de reprise de l'entreprise Péquignet ont été présentées ce matin au tribunal de commerce de Besançon. La justice doit rendre sa décision lundi à 14h30. Les juges ont le choix entre deux stratégies commerciales différentes.

Par Isabelle Brunnarius

Début février, quatre offres ont été déposées auprés de l'administrateur judiciaire chargé du dossier Péquignet, la célèbre marque horlogère ayant été mise en liquidation judiciaire fin novembre 2016 avec une poursuite d'activités autorisée pour trois mois. Finalement, sur ces quatre offres, deux vont être examinées par le Tribunal de commerce de Besançon. Sur les deux éliminées, l'une, venant du groupe Swatch, n'était pas recevable car elle ne concernait que les brevets du prestigieux mouvement Calibre Royal et l'autre a dû abandonner, n'ayant pas pu trouver les financements nécessaires à ce rachat.

Reste donc deux offres. L'une émane de professionnels du secteur. Pascal Bole et Franck Minost, deux dirigeants de la société Ambre, une entreprise de commerce en gros d'articles d'horlogerie et de bijouterie basée elle aussi à Morteau. Sur son site internet, Ambre met en avant sa "passion horlogère depuis 1965" et précise qu'en 2007, l'entreprise a développé "son propre mouvement automatique". Ambre emploie une vingtaine de salariés à Morteau, une cinquantaine à l'Ile Maurice et une dizaine dans ses bureaux de Paris et Dubaï. 
Les deux dirigeants proposent de créer une société pour reprendre la commercialisation des montres Péquignet mais ils ne reprennent pas les brevets du Calibre Royal. Leur offre ne comprend pas la reprise du bâtiment de Morteau et ils prévoient d'embaucher 12 des 38 salariés. Leur  projet est de se recentrer sur les collections qui ont fait la gloire de la maison Péquignet : d'élégantes montres bien connues dans le milieu de l'équitation. 

La seconde offre a été déposée par quatre salariés de Péquignet. Ces cadres, trois commerciaux et un ingénieur, proposent de conserver 16 emplois, le bâtiment de Morteau et la boutique de Besançon. Leur projet est de poursuivre la double activité de leur entreprise : la manufacture établie autour du Calibre Royale et la collection traditionnelle de montres connue sous le nom Moorea. Les bracelets de ces montres ont une maille unique en son genre, elle a été créée dans les années 80 par Emile Péquignet. Les cadres de l'entreprise sont parvenus à réunir le financement nécessaire pour ce projet. 

Les juges du Tribunal de commerce se retrouvent donc avec deux offres bien différentes. La première proposition mise sur la commercialisation des modèles qui ont fait la réputation d'Emile Péquignet dans le milieu horloger. La seconde est plus audacieuse, elle s'appuie sur le prestige du Calibre Royal pour insuffler l'esprit Péquignet à la collection de montres classique. 

Pour ce dossier, il est autant question de stratégie commerciale que d'état d'esprit. Comment faire vivre l'âme Péquignet ? Une montre existe-t-elle uniquement par son apparence extérieure ou son mouvement peut-il aussi faire vibrer l'acheteur ?

Dans les dossiers de cession d'actifs, les juges prennent leurs décisions selon plusieurs critères. Le nombre de salariés repris en est un. Le tribunal consulte également les salariés. Sans surprise, ils se sont exprimés pour la solution présentée par les cadres. Les juges examinent également la fiabilité financière des repreneurs mais aussi la nature de leur projet.

Pour Péquignet, il s'agit bien d'une vision d'avenir pour l'horlogerie, Péquignet étant un des rares fleurons horlogers de la Franche-Comté. Quel avenir pour le Calibre Royal ? Ce mouvement composé de 318 pièces est le symbole du savoir-faire franc-comtois, conçu à deux pas de la frontière suisse et capable de rivaliser avec les créations helvétiques. Si les brevets ne sont pas repris par le repreneur, peuvent-ils être cédés à un concurrent sans dommage pour l'image de marque de la région ?
Enfin, les juges devront rendre leur décision en prenant en compte également la conjoncture économique de ce secteur, particulièrement difficile y compris en Suisse. 

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