Le cheval comtois est une véritable institution en Franche-Comté, l'un de ses symboles. Ce vendredi 8 septembre 2017, les amoureux de la race étaient présents à Maîche pour le concours national de trait comtois. Nous sommes allés à la rencontre des éleveurs pour qui cette journée est une consécration. Une fierté.

Dans les coulisses du concours

Ce vendredi, à Maîche, les habitants ont pu entendre un nombre incalculable de hennissements. Et pour cause, la ville de 4000 habitants accueillait le concours national de trait comtois. L'emblème de la Franche-Comté. Vendredi, la journée était consacrée exclusivement aux juments. Sur deux jours, près de 280 chevaux et 150 poulains en provenance d'une vingtaine de départements, de France, d'Autriche, de Suisse et de Belgique.

Trois jury ont noté avec minutie, un par un, les juments, préparées depuis des mois. "Pour les éleveurs, venir à Maîche est déjà une consécration", estime Emmanuel Perrin, président de l'association national du cheval de trait comtois (ANCTC). À quelques minutes d'entrer dans le ring, le stress est à son comble pour les éleveurs. Une grande connexion existerait entre les chevaux et leurs propriétaires. Nul doute que l'impatience, l'énervement et l'excitation des juments soient liés au comportement des éleveurs.



Les candidats sont appelés un par un, les hennissements s'intensifient et les bruits de brosse se font entendre. Vous l'aurez compris, un concours de cette ampleur, demande une importante préparation. À quelques instants de passer devant les jurés, "les derniers détails ont leur importance". 

Première étape et non des moindres : le tissage des tresses. Si vous avez d'ores et déjà regardé une compétition équine, vous avez déjà vu la tresse qu'arborent les chevaux. La rigueur et un crin parfaitement tressé : une présentation parfaite exigée par les jury. 

Avant de passer devant le jury, séance de tissage
Avant de passer devant le jury, séance de tissage
Le tissage du crin des juments

Sur le sol boueux du concours, il n'est pas rare de croiser des traces noires étranges comme celles-ci. Après quelques minutes à circuler autour des juments et des éleveurs, nous avons eu la réponse à cette énigme. Ce n'est pas la scène d'un crime ou les restes d'un feu d'artifice. 

Que sont ces traces noires ?
Que sont ces traces noires ?

Des marques circulaires, conséquences d'une autre étape de préparation pour ces juments, qui pèsent en moyenne 650 kg. Avant d'être présentées devant le jury, les juments se font peindre les sabots en noir. "Un détail qui a son importance", selon Pascal, un éleveur de Haute-Loire. Les juments sont ensuite brossées avec minutie par leurs éleveurs. Une manière de se détendre avant le saut dans le grand bain. Il faut dire que le règlement du concours national est drastique et précis. 

Dans toutes les compétitions nationales et internationales, les réglements sont précis. À la moindre entorse, des points de pénalités sont donnés, souvent synonymes de défaite. L'une des premières règles et non des moindres concerne la maternité de la jument.

La présence des poulains offre de jolis moments :


Devant de nombreux spectateurs, les juments sont soumises aux regards du jury, l'une après l'autre. Leurs éleveurs, les accompagnent et s'arrêtent à hauteur des jurés. S'en suit une période d'observation. La jument est d'abord à l'arrêt. Elle est ensuite jugée au trot et au galop. Une manière d'observer dans le détail, l'équilibre morphologique de l'animal. Il était difficile d'énumérer l'ensemble des critères exigées par les jurés. Si vous souhaitez les connaître, un schéma interactif est à votre disposition. N'hésitez pas à cliquer. 

Après un passage devant le jury, les juments sont appelées à entrer littéralement sur "le ring". Avec leurs propriétaires, elles défilent devant les centaines de spectateurs présents. Le but ? Permettre au public de voir l'intégralité des juments et décerner les prix. Comme vous pouvez sur ces images ci-dessous, les juments font un tour de stade, sous les applaudissements du public. Un public qui devrait venir en nombre samedi 9 septembre. Les organisateurs attendent près de 5 000 spectateurs pour les deux jours. 
 

Les juments entrent dans le ring

 

Deux éleveurs, deux générations

Patrick Berreur répète inlassablement les coups de brosses et le mouvement de tissage. Comme un rituel. Il faut dire qu'il participe au concours national pour la quinzième fois. À 45 ans, l'habitant de Lavans-Quingey (Doubs) a eu le virus du cheval comtois dès son enfance.

Mes parents m'ont baigné dedans dès que j'étais petit. À 10 ans, j'ai eu ma première jument. Et puis, le coup de foudre, explique-t-il avec émotion tout en s'occupant de sa jument, Fortune du Puit.


Autour de lui, sa fille Mallorie et son fils Luigi, qui souhaite devenir éleveur. Vous l'aurez compris, le cheval comtois est une histoire de famille. De génération en génération. Sa présence au concours national résonne comme "une consécration pour lui, année après année".



Il y a une dizaine d'années, il avait décidé par manque de temps, de mettre fin aux concours. "Le dynamisme et l'envie" de ses enfants l'ont poussé à y participer. "Comme un coup de jeune". Mais pourquoi s'être tourné vers le cheval comtois ? Sa réponse est claire et limpide :

C'est un cheval de Franche-Comté, il est calme et à la ferme, il vient en complément de mes vaches Montbéliardes. Il ne mangent pas la même herbe.

Dans quelques minutes, Patrick et Fortune du Puit passeront devant le jury. Il peaufine les derniers réglages avec l'aide de ses enfants. Voir toutes ses juments et leurs éleveurs lui redonnent du baume au coeur. "La race a connu des décennies difficiles avec la crise économique mais commence à se relever, les effectifs augmentent. Plus il y aura de monde à ce genre d'événements, plus il y aura de chevaux comtois. C'est parfait", se félicite-t-il. 


Lui est là pour la première fois. Antoine et venu avec sa soeur Aurore. Ce jeune éleveur de Mancenans-léz-Erne participe pour la première fois au concours national avec sa première jument, Flicka. "Une consécration, une fierté, un moment magique", vous l'aurez compris, les mots lui manquent pour exprimer son état d'esprit. En août dernier, lui et sa jument ont été sélectionnés au concours cantonal. Une première marche qui l'avait déjà ravi. Depuis son plus jeune âge, il baigne dans l'univers équin. "Du côté de la famille de mon père, le cheval comtois est une véritable passion. Sa jument lui est aussi d'une grande aide à la ferme mais pas seulement. Chaque week-end, on fait des balades avec la calèche. C'est toujours un moment sympa", explique l'éleveur de 20 ans.

Antonin, jeune éleveur amoureux du cheval comtois
Antonin, jeune éleveur amoureux du cheval comtois


Lorsqu'on lui évoque les caractéristiques du cheval comtois et les raisons pour lesquelles il a décidé de se tourner vers cette race, sa réponse est immédiate :


C'est le meilleur. Bon, d'accord, je ne suis pas objectif. C'est un cheval facile, avec un très bon comportement.


Après quelques minutes passées auprès d'elle, on ne peut pas le contredire. 
 

"Le comtois, moi j'y crois"

Emmanuel Perrin mesure chacun de ses mots. Le président de l'association nationale du cheval de trait comtois (ANCTC) sait que le concours est une incroyable vitrine pour son association et par ricochet pour le cheval comtois. "L'objectif du concours est de montrer les qualités de cette race, de créer une émulation et une activité économique autour du trait comtois", précise-t-il. Cette année, le président de l'association a souhaité mettre en avant le travail des jeunes éleveurs "qui travaillent avec la race autour de onze activités diverses et variées".



Travaux municipaux, à la ferme, travail de trait, le débardage, le spectacle, le tourisme, le travail dans le vigne etc... Le but de l'opération est de montrer "qu'au delà de l'aspect festif et compétitif du concours", le cheval comtois a une réelle utilité économique. Les éleveurs parviennent à en tirer une économie. Autrement dit, il a un avenir et il faut le faire savoir. À noter, qu'il s'agit de la première race de trait en France. Chaque année, près de 3600 chevaux comtois naissent.  


Il y a quelques années, avec la crise économique, le nombre d'éleveurs a considérablement baissé. Avec eux, le nombre de chevaux comtois. Tous les professionnels rencontrés sont formels : l'activité se porte mieux. "Une merveilleuse nouvelle" pour Emmanuel Perrin.

Découvrez l'interview complète du président de l'association national du cheval de trait comtois (ANCTC) :
Interview d'Emmanuel Perrin

Découvrez également notre reportage réalisé par nos journalistes Michel Buzon et Fabienne Le Moing. Histoire de mieux comprendre encore, l'objectif de ce concours national :