Maladie de Lyme : une application smartphone pour mieux lutter contre les tiques

Tique à l'origine de la maladie de Lyme / © BERTRAND GUAY / AFP
Tique à l'origine de la maladie de Lyme / © BERTRAND GUAY / AFP

L'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) vient de mettre au point un application pour smartphone afin de recenser sur tous le territoire français les personnes ayant été piquées par des tiques. Une vaste enquête qui devrait aider à la lutte contre la maladie de Lyme. 

Par I.B avec AFP

La Franche-Comté est une des régions françaises les plus touchées par la maladie de Lyme transmise par des tiques. Un plan national de lutte contre la maladie de Lyme est en train de se mettre en place.  En avril dernier, la municipalité de Besançon a lancé une campagne de prévention pour limiter les risques de se faire piquer lors de promenades en forêt. 
Cette maladie est encore mal connue et difficile à soigner d'où l'initiative de l'INRA. Une équipe de chercheurs espère collecter autant d'informations que leurs confrères suisses qui ont procédé à ce type de collecte d'informations. 

Sur le site de l'INRA, le scientifique Jean-François Cosson explique qu'

On en sait vraiment encore trop peu sur ces parasites et les agents infectieux qu’ils transportent. Les participants au projet vont jouer un rôle décisif dans l’avancée des connaissances scientifiques en nous signalant leurs piqûres et en échantillonnant les tiques.
Peut-on se faire piquer en hiver et en été alors qu’il est admis que les périodes propices sont le printemps et l’automne ? Y a-t-il des heures où les tiques sont plus actives et piquent davantage ? Est-ce qu’on se fait plutôt piquer dans les forêts, dans les parcs urbains ou dans nos jardins ? Quels sont les agents pathogènes les plus présents chez les tiques ? Dans quelle région ?… Au final, il s’agit pour chacun de mieux se protéger des risques de contamination par les tiques.

Comment participer à cette étude ? 

Sur votre smartphone via Apple store ou Play store, vous tapez "Signalement tique". Après avoir téléchargé l'application, une inscription vous est proposée.

Il est prévu aussi de pouvoir envoyer les tiques prélevées sur le terrain ou vous ayant piqué au Centre INRA Grand Est Nancy à Champenoux. Cette intiative doit se poursuivre par des stages où grand public, membres d'associations de malades et scientifiques pourront échanger leurs connaissances. D'après Jean-François Cosson, cette concertation est indispensable : 

On est actuellement dans un moment de tension extrême entre les malades de Lyme et le monde scientifique. Il y a perte de confiance des citoyens envers le monde médical et inversement, incompréhension du corps médical vis-à-vis de la peur des gens. Pour gagner du terrain sur la maladie, il faut rétablir le dialogue entre tous ces acteurs, permettre aux gens de travailler ensemble et d’échanger; c’est ce qui permet de faire avancer la science. Le mouvement des sciences participatives, ou sciences citoyennes, prend ici tout son sens. Au-delà des besoins en connaissances nouvelles, l’un des objectifs de Citicks est de permettre aux chercheurs et aux citoyens d’apprendre les uns des autres et de faire tomber les préjugés.


Ce projet scientifique intervient effectivement dans un contexte tendu. Les assocations qui cherchent à améliorer la prise en charge des malades. Ils souhaitent que les pouvoirs publics agissent rapidement.
Début juillet, le ministère de la Santé a souligné "les avancées réalisées" dans le cadre du plan de lutte contre la maladie de Lyme, à l'issue d'une
réunion avec des représentants des malades, qui se disent eux deçus et dénoncent "un bel exercice de communication".

Le deuxième "comité de pilotage" du plan Lyme "a permis de présenter l'avancement du nouveau protocole de diagnostic et de soin (PNDS) et des projets de recherche sur cette maladie", a affirmé à la Direction générale de la santé (DGS) dans un communiqué.
La publication du nouveau PNDS, initialement attendue en juillet, est repoussée "à la rentrée", a-t-elle ajouté, précisant qu'il avait pour objectif "d'harmoniser et d'optimiser la prise en charge et le suivi" de cette maladie transmise principalement par la morsure de tiques contaminées par des bactéries.

"Les premiers résultats des études sur la performance des tests Western Blot", l'un des deux tests de diagnostic sur le marché, ont été "exposés", annonce aussi la DGS, sans préciser si ces résultats ont conclu à l'efficacité ou non du test.
La DGS, chargée par le ministère de la Santé en septembre de coordonner les différents volets de ce plan, a également annoncé plusieurs mesures de prévention comme des spots diffusés à la radio "durant tout l'été".

"Deux mille affiches" seront également posées "au cours du mois de juillet" à l'entrée des forêts domaniales, tandis qu'une communication sera menée "vers les populations les plus jeunes, notamment vers les structures et les associations sportives ou de loisirs accueillant des publics jeunes pour l'été", période de prolifération des tiques.

"Nous avons été particulièrement déçus du comité de pilotage. (...) Nous avons eu face à nous un bel exercice de communication, assez creux", a déploré lors d'une conférence de presse Me Julien Fouray, l'un des avocats à l'origine du "Lymaction", plainte collective contre les fabricants de tests de dépistage de cette maladie infectieuse complexe.

Le ministère et l'animateur du comité reconnaissent que les recommandations officielles pour le diagnostic et la prise en charge des malades "doivent être largement actualisées" mais ne font rien pour que cela soit suivi d'effet sur le terrain, a-t-il particulièrement déploré.
"Il n'y a aucune mesure de transition dans l'intérêt des malades et des médecins qui les soignent", a poursuivi Me Catherine Faivre, l'autre avocate du "Lymaction", rappelant que certains professionnels de santé sont toujours poursuivis pour ne pas avoir respecté le protocole actuel, qui impose un test de diagnostic largement reconnu comme peu fiable, limite les cures d'antibiotiques à trois semaines maximum et ne reconnaît pas l'existence d'une forme chronique de la maladie.
Le choix "des autorités de santé d'axer ce plan sur la prévention met en danger les malades souffrant de la forme chronique de la maladie de Lyme.
L'urgence est d'investir massivement dans la recherche et de prendre en charge ces malades", a aussi estimé dans un communiqué Matthias Lacoste, président de l'association Le Droit de guérir.

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