Ils ont fait de la nature leur terrain de jeu préféré. Des heures et des journées à sillonner les forêts, les prairies et les montagnes de la région.

Armés de leur matériel photo, ils observent la faune qui s’y dissimule discrètement.

Autant naturalistes que poètes de l’image, ils ont fait de la photographie animalière un métier ou une passion qui les habite au quotidien.

© Fabien Bruggmann

 

Ce grand format nous entraîne dans les pas de trois photographes talentueux. Guillaume, Pascal et Fabien ont chacun fait le choix de travailler sur des animaux emblématiques mais décriés et considérés comme nuisibles.

Lynx, loups et renards sont avant tout pour eux des animaux magnifiques qu’il convient de préserver dans leur milieu naturel. 

Nous les avons suivis durant plusieurs jours afin de vous faire partager leur passion.







 

Guillaume François et le lynx boréal

Originaire du Jura, ce jeune photographe animalier s’est passionné depuis toujours pour l’animal emblématique de sa région natale, le lynx boréal.

© Guillaume François

 

« A 13 ans, je me souviens que je partais observer la faune sauvage avec mes jumelles et mon tout premier appareil photo. Durant mes longues balades, j'espérais continuellement et je rêvais de rencontrer un animal en particulier, l'emblématique lynx boréal. Au fil des années j'ai grandi et j'ai vite compris la très grande difficulté de la rencontre.

A mes 16 ans, je découvre sur un sentier que j'ai l'habitude de fréquenter, les traces d'un grand chat, il s'agissait d'une femelle lynx. Je ne le savais pas encore, mais cette femelle allait m'offrir le plus beau cadeau quelques années plus tard. En effet durant de longues saisons, tel le lynx, à pas feutrés, je me suis glissé dans l'environnement de cet animal incroyable ; au fil du temps je prenais racine, je faisais partie des arbres, de son territoire.

Tel le lynx, à pas feutrés, je me suis glissé dans l'environnement de cet animal incroyable


Mois après mois, saisons après saisons, je tissais une relation à distance, de confiance, au rythme de cette jeune femelle afin de la respecter intégralement. Elle vivait là, à proximité immédiate avec ses jeunes, mais je ne la voyais presque jamais. Les années passaient, le temps sur le terrain était de plus en plus long, puis, après de nombreuses soirées d'attente, en septembre 2013, je vois, au cœur d'une enclave forestière, en lisière, dépassant des hautes herbes, deux petites têtes, il s'agissait de deux jeunes lynx prenant les derniers rayons chauds du soleil couchant.

Je ne croyais pas ce que je voyais dans mes jumelles, c'était impossible, une telle rencontre, récompensée après toutes ces années passées sur le terrain. Il m'aura fallu presque une heure pour me rapprocher d'eux, et pour y croire. J'évoluais extrêmement doucement, pour ne pas les brusquer et les laisser continuer leur vie.

La mère des jeunes lynx sort de la forêt. Elle vient s'asseoir et se tient là, en face de moi, à quatre mètres à peine


Arrivé à une vingtaine de mètres, ils décident de jouer quelques minutes et de regagner le couvert forestier. Pendant quelques secondes je ne savais plus quoi faire, c'est alors que j'entends en lisière des pas se rapprocher de moi. A ce moment-là, la mère des jeunes lynx sort de la forêt. Elle vient s'asseoir et se tient là, en face de moi, à quatre mètres à peine et me regarde de longues secondes.

Sa tête remplit mon viseur d'appareil photo, mais je n'ose pas déclencher, je ne veux pas la brusquer, ni effondrer toutes ces années de confiance, je la laisse faire... Par moment le vent changeait de sens, et elle pouvait aisément me sentir et reconnaître mon odeur ; avec son odorat aiguisé, elle faisait très bien la différence entre moi et toutes les autres personnes présentes sur le terrain, à savoir les bûcherons, les vététistes et les chasseurs...
lynx

© Guillaume François

 

Au bout d’une minute de face à face, elle regagne la lisière et feule un petit coup pour que ses jeunes ressortent du bois, comme pour dire que la voie est libre et qu'il n'y a rien à craindre.

Pendant des heures je les voyais évoluer, se chamailler, grogner l'un sur l'autre à la manière de deux chats, faire leur vie tout simplement. J'étais complètement camouflé, couché au sol, afin que les jeunes ne m'identifient pas comme un humain.

J'étais complètement camouflé, couché au sol, afin que les jeunes ne m'identifient pas comme un humain.


A la nuit je décide de partir et les laisser continuer, ma place n'était plus avec eux. Je repars le cœur chargé d'émotions, tremblant, perturbé d'une certaine façon par cette rencontre et cet échange accordé.

Presque aucune image dans l'appareil photo, mais de nombreuses dans la tête. Les jours et les semaines qui ont suivi, j'ai pu de nouveau faire de nouvelles rencontres, ça devenait presque "facile" de les voir...

 

Après avoir suivi cette femelle de nombreuses années, plusieurs mois après cette fabuleuse rencontre, tout s'effondre.

Je la retrouve au Centre de soins pour animaux sauvage ATHENAS, balancée du haut d'un belvédère, sa vie lui fut ôtée, lâchement assassinée par un braconnier, d'une balle en plein thorax. Je n'ose le croire et pourtant je reconnais ses taches, elles sont uniques pour chaque individu.

A l'époque elle était encore accompagnée d'un de ses deux petits, pas encore émancipé. Nous sommes en plein hiver et le jeune ne peut survivre sans sa mère...

Sa vie lui fut ôtée, lâchement assassinée par un braconnier, d'une balle en plein thorax


Pourtant, durant des mois je m'efforce de retrouver sa trace, puis en juillet 2014, j'aperçois et je reconnais le petit mâle de la fratrie (celui sur les photographies), un soulagement alors pour moi, après des mois d'espoirs.

Il a pu survivre du fait de l'hiver plutôt doux, en capturant sans doute des petites proies. Il aura été la bonne étoile de sa mère, un survivant, et m'aura redonné du baume au cœur, me permettant de partager, avec moins d'amertume, ces images avec vous.

Aujourd'hui il a quitté le territoire natal et a fait de nombreux kilomètres, il est toujours en vie et a bien grandi... »
lynx

© Guillaume François

 

Pascal Juif et sa quête du renard

Pascal a toujours aimé la nature. Enfant, sa mère l’emmenait dans les bois chercher des nids ou lui montrer des couchettes de chevreuils. Ils habitaient dans une ferme au milieu des bois, ce qui a éveillé sa passion.

Il a commencé la photo vers l’âge de 15 ans avec un petit Kodak, le plus simple possible. Juste une petite boîte avec une chambre noire. Durant de très nombreuses années il a arrêté la photo et il s’est remis sérieusement à sa passion il y a quelques années.

Pour cet amateur éclairé ne disposant pas du matériel sophistiqué d’un professionnel, on ne prend plus le temps d’observer les choses les plus simples que nous offre la nature. Regarder, photographier, filmer lui procure des moments merveilleux de plaisir et d’intensité.

Tout est si beau lorsque l’on prend le temps de s’attarder …

© Pascal Juif

 

« Mon ami Goupil,

Je te traque, te piste mais tu tiens bien ta réputation, tu es plus futé que moi, quand enfin après de longues heures, j’arrive à te surprendre. Aurai-je été plus malin que toi ?!

Mais il me semble parfois que c’est toi, qui m’attends. Tu m’observes à ton tour, me dévisages de ton puissant regard, tu m’analyses, tu comprends que je ne te veux aucun mal, alors tu partages avec moi ton territoire, et ta meute, pour quelques instants.

Auprès de toi, je redeviens animal, non prédateur, je retrouve mes cinq sens.


Je t’admire et t’envie quand je te vois chérir tes petits, quelle tendresse tu leur donnes…

Auprès de toi, je redeviens animal, non prédateur, je retrouve mes cinq sens.

Je t’entends, je te sens, je te vois, je cherche à comprendre tes habitudes, tes petites manies pour mieux te connaître. Nous passons ces moments, qui me permettent de ramener ensuite tant de photos et de souvenirs.

Puis tu te retournes, tu me lances un dernier regard comme pour me dire à bientôt et tu disparais dans le sous-bois.
Renard

© Pascal Juif

 

Moi je redeviens simple homme, qui essaie de transmettre ma passion pour le bel animal que tu es.

Mais l’Homme t’a baptisé de Nuisible. Mais quel horrible mot ! Il représente la haine, la destruction, l’extermination.

Je crois qu’il aurait dû être inventé pour lui ?!

Tu vis chaque jour sur le qui-vive à faire attention au moindre bruit, à la moindre odeur… Je m’inquiète pour toi lorsque j’entends la meute de chiens au loin, quand la maladie rode comme la mort autour de ton terrier.

Je lance un message à mes semblables, à ton propos, qu’ils apprennent à mieux te connaître, pour qu’ils puissent t’aimer.

Bonne chance à toi mon vieux Goupil... »

 

Fabien Bruggmann photographie le loup des Abruzzes

Photographe animalier depuis une vingtaine d’années, ce Jurassien d’adoption s’est spécialisé dans la quête des grands prédateurs et plus particulièrement du loup.

© Fabien Bruggmann

 

« Passionné par les grands prédateurs, je croise le regard de mon premier loup lors d'un voyage en Alaska. Ce regard restera gravé.

Depuis je me suis spécialisé dans les photos des trois grands prédateurs européens (ours, loup, lynx) dans différents pays.

En 2016 je pars en famille (après 7 ans de repérages et une dizaine de séjours) en Italie dans les Abruzzes afin de vivre en famille au contact des animaux sauvages et plus spécialement le loup.

L'idée était vraiment de vivre en immersion complète et à proximité immédiate de plusieurs meutes de loups sauvages. Le projet "Eliott et les loups" venait de voir le jour. 
loups

© Fabien Bruggmann

 

Eliott est mon fils de 3 ans 1/2 au démarrage du projet. Je souhaitais l'emmener avec moi le plus souvent possible afin de lui montrer ces animaux tant décriés chez nous et qu'il puisse se faire sa propre idée de tout ça.

Il aura vu en tout 17 loups et 4 ours dont certains très très proches !

De ce projet vont découler deux livres : Loup, sauvage par nature, beau livre photo sur le loup et autres animaux sauvages accompagnés de quelques anecdotes de terrain ; et Eliott et les loups : carnet de voyage, permettant de suivre la vie de plusieurs meutes sur une année (amours, naissances, jeunes, chasses, jeux...) ainsi que de nombreuses anecdotes sur la vie, les rencontres et les réflexions d'Eliott durant cette année d'immersion. »

 

© Fabien Bruggmann

 

Pour aller plus loin

Les pages Facebook des trois photographes

Guillaume François photographe

Pascal Juif

F
abien Bruggmann photographe