Yonne : la MJC de Sens refuse d’être expulsée par la mairie

Depuis le début de l'année 2017, salariés, bénévoles et adhérents de la MJC de Sens occupent les locaux jour et nuit pour éviter une expulsion. / © page Facebook de la MJC de Sens
Depuis le début de l'année 2017, salariés, bénévoles et adhérents de la MJC de Sens occupent les locaux jour et nuit pour éviter une expulsion. / © page Facebook de la MJC de Sens

Cours de danse, atelier poterie ou encore soirée jeux de société : à première vue, la MJC de Sens, dans l'Yonne, fonctionne normalement. Mais depuis près de deux mois, salariés, bénévoles et adhérents occupent les locaux jour et nuit pour éviter une expulsion.

Par avec AFP

Pourquoi la mairie de Sens veut-elle expulser la MJC ?

C’est le 21 octobre 2016 que la mairie de Sens a annoncé sans préavis qu’elle voulait récupérer l'usage des vastes locaux dont elle est propriétaire et qu'elle prêtait gracieusement depuis 20 ans à la Maison des jeunes et de la culture. "C'est la plus grosse association de Sens au niveau culturel. C'est dramatique de s'attaquer à elle sans aucun projet", accuse la cheffe de l'opposition municipale (sans étiquette) Francine Weecksteen.

Les dirigeants de la MJC de Sens disent n'avoir toujours pas compris les intentions de la mairie. "Ça a été un choc", raconte la présidente Catherine Crevoisier, 49 ans.

"Nous avons moins de moyens qu'avant et la MJC est moins bonne qu'avant. Nous considérons que les moyens attribués sont trop importants", explique Nicolas Chevalier, directeur de cabinet de la députée-maire (Les Républicains) de Sens, Marie-Louise Fort.

Les personnels de la MJC de Sens ont décidé d'occuper les locaux
Les personnels de la MJC de Sens ont décidé d'occuper les locaux

Cette situation s’est-elle déjà produite dans d’autres villes ?

Si la ville de Sens n'est pas la première à mettre un terme à sa convention avec une MJC, "ça faisait longtemps que ça ne s'était pas produit dans des conditions aussi brutales", estime Michel Timmerman, codirecteur de la fédération française des MJC, qui regroupe un tiers des 1.500 associations nationales.
Il invite la mairie à revenir s'asseoir à la table des négociations et il met en garde : "L'association n'est pas là pour être l'outil d'une politique municipale."


Les 1 000 adhérents de l'association, sur une agglomération de quelque 60 000 habitants, se croisent dans les couloirs de cet ancien foyer de redressement pour jeunes filles, un vrai labyrinthe de 1 600 mètres carrés. "Ça ne se fait pas de faire ça d'un seul coup, il n'y a aucune raison", tempête Lyla-Noor Sahraoui, 16 ans, qui vient pour l'atelier théâtre.

Michel El-Kaïm, 67 ans, animateur de danses traditionnelles, se dit "assez pessimiste". "Mais nous allons chercher à survivre par tous les moyens, quitte à réduire la voilure", insiste-t-il.

A l'origine, la municipalité avait annoncé vouloir reprendre l'activité et les salariés. Mais elle a durci le ton et veut désormais expulser l'association pour "réaffecter les locaux et les fonds jusqu'ici réservés à la MJC à l'ensemble des acteurs de la culture" du territoire.


Pourquoi la situation s'est-elle envenimée ?

La situation s'est envenimée le 5 janvier 2017 lorsque le directeur Yannick Grimaud a surpris une équipe municipale en train de changer les serrures de la salle de spectacle. Depuis, un groupe de volontaires vient camper, chaque soir, sur la scène. "J'ai eu l'impression de les prendre en faute, comme des gamins qui viennent de piquer des bonbons sur un étalage", tente de plaisanter Yannick Grimaud. Selon lui, c'est "l'indépendance, la vivacité" de la MJC qui dérangent.

En attendant, l'affrontement devant la justice a jusqu'ici tourné à leur avantage. Le tribunal administratif de Dijon a censuré, en décembre 2016, la reprise de l'association par la municipalité, ainsi qu'une décision visant à interdire l'organisation d'un réveillon dans les locaux. Et le 10 février 2017, le tribunal a rejeté la demande d'expulsion en référé de la salle de spectacle.

Me Roland Lienhardt, un avocat payé à l'aide d'une cagnotte participative par la MJC, compte désormais porter l'affaire sur le terrain pénal.

De son côté, la mairie envisage de poursuivre la procédure devant le tribunal administratif pour demander "l'expulsion de la MJC de l'ensemble des locaux qu'elle occupe actuellement", cette fois sans mettre en avant le caractère urgent de sa requête.

Clara Bataille, 19 ans, qui a commencé la danse dans ce bâtiment, espère que l'association et la mairie parviendront à se mettre d'accord. "La MJC de Sens fait partie de la ville. Elle la fait vivre artistiquement. S'il n'y a pas ça, il reste quoi?"

Et maintenant ?

Un concert de soutien aura lieu vendredi 17 mars à La Fabrique, la salle de spectacles de la MJC, à partir de 18h30.

Par ailleurs, l'équipe de la Maison des Jeunes et de la Culture de Sens et ses élus organisent une réunion dans la salle La Chapelle samedi 18 mars 2017, à 17 heures, pour débattre de l'avenir et du devenir de la MJC de Sens. Cette réunion est mise en place pour les adhérents et associations partenaires de la MJC de Sens. "Elle est ouverte à toutes celles et tout ceux qui cherchent des réponses", indiquent les organisateurs.


A lire aussi

Sur le même sujet

Besançon : Nacle peint Miss Doubs 2017 au CFA Hilaire

Près de chez vous

Les + Lus