L'histoire entre la Bretagne et les marées noires ressemble à une série dramatique dont l'épisode le plus marquant se nomme "l'Amoco Cadiz". 

En l'espace de 50 ans, la région a connu pas moins de huit déversements d'hydrocarbures notamment en raison de naufrages de plusieurs pétroliers.

 

Près de 400 000 tonnes de pétrole brut et fioul lourd se sont répandues dans la mer. Une importante partie a souillé le littoral breton, en n'épargnant aucun département.

Retour sur ces marées noires qui ont marqué la Bretagne, une des régions les plus exposées à ce type de catastrophe étant donné que la moitié du trafic mondial d’hydrocarbures transite au large des côtes bretonnes.


TORREY CANYON

Le premier épisode de pollution par hydrocarbures de grande ampleur en Bretagne sera l'oeuvre du Torrey Canyon, chargé de 121 000 tonnes de pétrole brut.

Le 18 mars 1987, le pétrolier libérien s'échoue au nord de la Bretagne, entre les îles Sorlingues et la côte britannique, sur Pollard's Rock.
© A. Grall - France 3 Bretagne
© A. Grall - France 3 Bretagne

La coque du navire se déchire, laissant échapper d'importantes nappes de pétrole qui souillent les côtes des Cornouailles britanniques ou dérivent dans la Manche, pour ensuite polluer les côtes du nord de la Bretagne, notamment entre Perros-Guirec et Saint-Brieuc.

La marée noire ayant eu lieu en pleine période de migration des oiseaux marins, près de 25 000 oiseaux meurent suite à l’ingestion de pétrole, à des pneumonies ou aux produits nettoyants nocifs employés.

Après cet accident et d'autres, la convention MARPOL (marine pollution en anglais) élaborée par l'OMI (organisation maritime internationale) voit le jour en 1973.

Ce système juridique international, qui porte sur tout type de pollution marine causée par les navires (le pétrole, les liquides et solides toxiques, les déchets, les gaz d'échappement...) qu'elle soit accidentelle ou fonctionnelle, volontaire ou involontaire, permet de régler à la fois les problèmes de responsabilité et d'indemnisation.


OLYMPIC BRAVERY

Le pétrolier libérien Olympic Bravery, qui naviguait à vide entre Brest et la Norvège, s'échoue le 24 janvier 1976 sur la côte nord de l'île d'Ouessant, au large de la pointe du Finistère. 
© A. Grall - France 3 Bretagne
© A. Grall - France 3 Bretagne

Le remorqueur arrivé sur place, ne réussit pas à déséchouer le navire. Le temps passe et ce n'est que le 12 mars que l'armateur conclut un accord pour le pompage des soutes et le renflouement du navire.

Mais le lendemain, le 13 mars, les conditions météorologiques défavorables et notamment de fortes rafales de vent détériorent l'Olympic Bravery qui se brise en deux en raison de nombreuses entrées d'eau.

Les 1 200 tonnes de fioul présentes dans les soutes du navire se répandent dans la mer puis atteignent l'île d'Ouessant. Quatre kilomètres de côtes ouessantines seront pollués. 


BOEHLEN

La même année 1976, le Finistère sera de nouveau frappé par une marée noire. Après Ouessant, c'est l'île de Sein, qui est aux premières loges pour assister à un naufrage : celui du Boehlen.

Le 14 octobre, le pétrolier est-allemand qui venait du Vénézuela et se rendait à Rostock est pris dans une violente tempête et sombre au large de l'île finistèrienne. 
© A.Grall - France 3 Bretagne
© A.Grall - France 3 Bretagne

Sur les 9 500 tonnes de pétrole transportées, 7 000 tonnes se déversent en mer. L'île de Sein est touchée la première. Mais la pollution par hydrocarbures gagne les côtes finistériennes, notamment le Cap Sizun.

En plus d'être une catastrophe environnementale, le naufrage du Boehlen est un drame humain : 25 des 32 membres du navire mourront dans les canots de sauvetage, deux plongeurs perdront la vie dans les opérations de pompage des 2 500 t de brut restant dans les citernes du pétrolier tandis qu'un militaire sera emporté par une vague lors du nettoyage du littoral. 


AMOCO CADIZ

La pire marée noire qu'ait connue la Bretagne est survenue en 1978. Le 16 mars de cette année-là, l'Amoco Cadiz subit une avarie de barre. Malgré deux tentatives tardives de remorquage, le pétrolier libérien s’échoue sur les roches de Portsall, sur la côte nord de la pointe du Finistère.
© A. Grall - France 3 Bretagne
© A. Grall - France 3 Bretagne

Dans les soutes du navire se trouvent 227 000 tonnes de pétrole brut, qui se déversent petit à petit dans la mer au fur et à mesure que la coque du navire se brise. 

Entraînée par les vents et les courants, la totalité de la cargaison de pétrole se répand sur les côtes bretonnes. Au total, 300 kilomètres du littoral seront pollués, entre la Pointe du Raz et Saint-Brieuc.

Pour ne plus jamais revivre cette catastrophe, de nombreuses mesures ont été prises :
  • des plans Polmar terre et mer sont mis en place pour coordonner les opérations et les moyens à mobiliser en cas de pollution maritime.
  • un rail de navigation est créé au large d'Ouessant, obligeant les navires qui transportent des matières dangereuses à passer à 50 km des côtes.
  • un puissant remorqueur de haute mer est affecté en permanence à l'assistance des navires qui circulent dans ce rail.
  • à la préfecture maritime de l'Atlantique et au CROSS (Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Secours) de la Pointe du Corsen, des veilleurs et des officiers d'astreinte sont prêts à faire face, 24h sur 24, en cas de besoin.


GINO

Contrairement aux naufrages précédemment cités, celui du Gino, à 60 kilomètres à l'Ouest du Cap de la Chèvre (Finistère), entraînera "seulement" une pollution maritime. 

Le pétrolier libérien venant du Texas et à destination du Havre a coulé à la suite d'une collision avec un autre pétrolier, le Team Castor. 
© A. Grall - France 3 Bretagne
© A. Grall - France 3 Bretagne

32 000 des 40 000 tonnes de pétrole transportées par le Gino se déversent dans la mer. 17 navires anti-pollution vont épandre du dispersant sur la nappe de fioul.

Durant plusieurs mois après le naufrage, diverses missions de surveillance seront effectuées par la Marine nationale pour contrôler le déplacement du pétrole au fond de l'eau.


TANIO

Le naufrage du Tanio le 7 mars 1980 à 50 kilomètres au nord de l'île de Batz (Côtes-d'Armor) vient réveiller de vieux démons encore bien ancrés dans la mémoire des Bretons. 

Presque deux ans jour pour jour après la marée noire de l'Amoco Cadiz, la Bretagne doit de nouveau faire face à une pollution du littoral par hydrocarbures. 
© A. Grall - France 3 Bretagne
© A. Grall - France 3 Bretagne

Sous la violence de la tempête, le Tanio, qui transporte 26 000 tonnes de fioul de l'Allemagne vers l'Italie, se plie. La force des vents et des vagues brise le pétrolier en deux. 6 000 tonnes de fioul s'échappent de la coque et souillent le littoral du Finistère et des Côtes-d'Armor, notamment sur la côte de granit rose. 

Malgré le sauvetage de 31 membres de l'équipe par l'hélicoptère de la Marine nationale, huit marins dont le commandant et son second périssent en mer. 


AMAZZONE

Dans la nuit du 30 janvier 1988, la Bretagne va connaître un nouvel épisode de marée noire. 

Pris dans une tempête au large du Finistère, l'Amazzone, qui fait route vers Anvers, perd des couvercles de soutes. 
© A. Grall - France 3 Bretagne
© A. Grall - France 3 Bretagne

Sans prévenir les autorités françaises, le pétrolier italien remonte le rail d'Ouessant. Conséquences : 2 100 tonnes de pétrole brut s'échappent du navire et souillent 450 kilomètres de côtes, du Sud du Finistère au Cotentin. 

En réaction à cette pollution par hydrocarbures, les départements des Côtes-d'Armor, du Finistère et de la Manche mettent en oeuvre leur plan Polmar terre. Le plan Polmar mer de l'Atlantique sera également lancé. 


ERIKA

La dernière marée noire en date ayant frappé la Bretagne est l'une des plus importantes catastrophes écologiques dans l'histoire maritime : le naufrage de l'Erika. 

Le 12 décembre 1999, le capitaine du pétrolier maltais affrété par Total et chargé de 31 000 tonnes de fioul envoie un message de détresse à 5h54 pour demander une évacuation. La coque du navire se déchire, entraînant une voie d'eau. 

© A.Grall - France 3 Bretagne
© A.Grall - France 3 Bretagne


Peu après 8h, l'Erika se brise en deux au large de la Bretagne, au sud de la Pointe de Penmarc'h. Les 26 membres d'équipages seront secourus et évacués par hélicoptère.

Le plan Polmar-mer est déclenché le 12 décembre 1999 à 18h par le Préfet maritime de l'Atlantique.

Des milliers de tonnes de fioul se déversent petit à petit dans la mer et gagnent le littoral français. Plus de 400 km de côtes vont être souillés depuis la Pointe de Penmarc'h (Finistère) jusqu'à l'île de Ré (Charente Maritimes) et plus de 150 000 oiseaux seront mazoutés.


Cinq départements déclenchent les plans Polmar-terre : la Vendée et la Charente-Maritime le 22 décembre, la Loire-Atlantique le 23 décembre, le Finistère et le Morbihan le 24 décembre. 

Pendant les années qui suivront, plusieurs associations de protection de la nature et collectivités territoriales entameront de longues procédures juridiques pour que Total soit condamné et que le préjudice moral soit enfin reconnu. La cours de cassation leur donnera raison le 12 septembre 2012.