L'expédition La Pérouse partie de Brest s'est-elle finalement achevée au nord de l'Australie ?

Une stèle à la mémoire de La Pérouse, à Sydney en Australie / © William WEST / AFP
Une stèle à la mémoire de La Pérouse, à Sydney en Australie / © William WEST / AFP

Et si la mythique expédition La Pérouse partie de Brest s'était achevée au nord de l'Australie, et non aux Îles Salomon ? Telle est la thèse d'un anthropologue australien qui veut lever le voile sur un des grands mystères de l'histoire maritime.

Par AFP

Le chercheur Garrick Hitchcock s'appuie sur le récit de 1818 d'un marin indien, Shaik Jumaul, pour avancer que des rescapés des deux frégates françaises disparues dans les îles Salomon il y a 229 ans, auraient à nouveau fait naufrage, cette fois dans le détroit de Torrès, entre la Nouvelle-Guinée et l'Australie. 

"Le récit de Shaik Jumaul oriente notre regard vers la possibilité très réelle que l'expédition La Pérouse ait connu son point final dans le détroit de Torrès", écrit l'anthropologue dans un article publié mardi dans The Journal of Pacific History. Le témoignage du marin indien a cependant déjà été mis en doute par d'autres spécialistes de l'explorateur français. Jean-Francois de Galaup de La Pérouse et son équipage, dont de nombreux scientifiques de renom, avaient quitté Brest le 1er août 1785 à bord de deux frégates, "L'Astrolabe" et "La Boussole". 

Cette expédition, dont les préparatifs avaient été supervisés par Louis XVI, devait rivaliser avec les découvertes prestigieuses du Britannique James Cook. Après deux ans et demi de navigation, La Pérouse fait parvenir un dernier message de Botany Bay, dans le sud-est de la Nouvelle-Hollande (actuelle Australie) et met le cap à l'est, le 10 mars 1788. La France bascule un an plus tard dans la Révolution, et naît le "mystère La Pérouse". "A-t-on des nouvelles de Monsieur de La Pérouse?", aurait demandé Louis XVI au pied de l'échafaud.

Un mousse de Tréguier ?


Ce n'est qu'en 1827 que sera localisée l'épave de La Boussole par le navigateur irlandais Peter Dillon, puis celle de L'Astrolabe, quelques mois plus tard, par Jules Dumont d'Urville, sur le récif de l'île de Vanikoro, dans les Salomon. Les récits recueillis alors auprès des habitants de l'île, puis les recherches archéologiques laissent penser que des rescapés de ces naufrages ont construit un bateau et quitté Vanikoro. Leur trace se perd ensuite.

M. Hitchcock, de l'Université nationale australienne basée à Canberra, se fonde sur le récit du marin indien Shaik Jumaul pour avancer que ces rescapés auraient fait naufrage 2.500 km à l'ouest de leur point de départ. Dans son témoignage publié en 1818 dans le Madras Courier, Jumaul relatait le naufrage en 1814 du Morning Star dont il était matelot. M. Hitchcock raconte que Jumaul fut recueilli par les indigènes de l'île Murray,
également connue sous le nom de Mer, située dans le détroit de Torrès, dans le nord de l'Australie. Il apprend la langue locale avant d'être secouru quatre ans plus tard.

Il raconte alors à un marchand de Calcutta avoir vu pendant son séjour des sabres d'abordage et des mousquets qui n'étaient pas de facture britannique, ainsi qu'un compas et une montre en or. "Quand il demanda aux insulaires où ils avaient obtenu ces choses, ils racontèrent comment, environ 30 ans plus tôt, un bateau était venu se briser" non loin de Murray, a déclaré M. Hitchcock.

"Des membres d'équipage touchèrent terre, mais tous furent tués dans les combats qui suivirent, à l'exception d'un mousse qui fut sauvé et accueilli comme un des leurs", a-t-il ajouté.

M. Hitchcock croit en ce témoignage, reconnaissant toutefois qu'il fut rejeté comme flou par l'archéologue français Jean-Christophe Galipaud et la journaliste Valérie Jauneau dans leur livre "Au-delà d'un naufrage: les survivants de l'expédition Lapérouse", paru en 2012. "Les historiens et les archéologues ne sont pas au courant de la présence d'autres bateaux européens dans cette zone à ce moment", plaide M. Hitchcock.

"Mener des recherches archéologiques sur les récifs près de Mer est probablement la meilleure chance de confirmer si l'épave du 18ème siècle qu'il mentionne est celle du bateau qui a fui Vanikoro." Si ces rescapés ont atteint le détroit de Torrès, une question demeure : qui était ce mousse qui aurait survécu ? M. Hitchcock avance qu'il pourrait s'agir d'un certain François Mordelle, originaire de la cité bretonne de Tréguier, qui officiait à bord de L'Astrolabe. "Son sort est peut-être le dernier grand mystère de l'expédition La Pérouse", juge le chercheur.




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