Qu’on se le dise ! En Bretagne, il n’y a pas que des bombardes et des binious ! Certes, cornemuseux et sonneurs ont droit à tout notre respect, mais il faut se rendre à l’évidence, quelques irréductibles musiciens bretons ont choisi de faire sécession ! Ils jouent du hang, du didgeridoo, du violon trompette ou chantent des mélodies mongoles ! Plongée dans l’univers (souvent) méconnu des instruments de musique… atypiques !

Aciel, mon hang !

C’est du côté de Douarnenez que l’on a rencontré notre premier instrumentiste. Lui est tombé dans le chaudron des percussions avant de savoir marcher ou presque ! Dominique Molard est un musicien de talent, connu des amateurs de musique bretonne tout comme ses frères, Jacky et Patrick. 

Comme eux, il aligne quelques centaines de festoù-noz au compteur. Pour faire danser les bretons, Dominique a usé tour à tour de batteries, bodhrans irlandais ou tabla indien, mais depuis le début des années 2000, c’est du coté de la Suisse qu’il s’est tourné ! La Suisse, pays du fromage, du chocolat... et du hang ! On doit cet étrange instrument de musique métallique en forme de bassine retournée (hang veut dire main en dialecte bernois) à Felix Rohner et à Sabina Schärer, un couple suisse plutôt inspiré.

AIA, Dominique Molard au hang, Jessica Bel au chant, Yvon Mollard au tabla
I. Rettig

Crée en 2002, le hang qui produit un son très aérien a été copié, recopié. Il a désormais des petits frères aux quatre coins de la planète y compris en Bretagne où est né l’aciel sous les doigts de Mickael Colley, un Anglais installé à Corlay (Côtes-d’Armor). Désormais, Dominique Molard a fait du hang un instrument central de ses compositions et il doit sortir un album au printemps entièrement dédié à l’instrument de son cœur.

Jeu de mains


Arnaud Halet, et ses élèves / © I. Rettig
Arnaud Halet, et ses élèves / © I. Rettig

Passionné, Arnaud Halet l’est aussi ! Il a choisi de jouer du gamelan javanais ! Le gamelan, c’est l’instrument traditionnel de l’île de Java, en Indonésie. Il faut d’ailleurs parler d’un orchestre d’instruments puisque le gamelan est composé d’une quinzaine de pièces aux noms mystérieux : aron, peking, demung, slentem, gender, gambang, ciblon, kendang, sans oublier les gongs ! En Indonésie, le gamelan est extrêmement populaire.

Petits ou grands, musiciens ou non, chacun peut s’y adonner à l’occasion des nombreuses fêtes qui rythment la vie de l’archipel. Le gamelan accompagne aussi les représentations de Wayang kulit, le théâtre d’ombre qui a fait la réputation des marionnettistes indonésiens. En France, la compagnie Jeux de Vilains, basée à Orléans et le collectif Ageng, crée par Arnaud Halet vous ferons découvrir des représentations de Wayang Kulit autour du Mahâbhârata et du Râmâyana. Arnaud Halet s’est formé auprès d’un maître "danang" et, depuis quelques années, il enseigne le gamelan grâce aux cours et aux stages qu’il organise notamment en Bretagne.

De Cuba au Mississippi

Jacques Corre, lui, était maçon. Puis il s’est passionné pour l’aquariophilie avant de succomber au chant des cigar box guitar.  Il s'agit, comme leur nom l’indique, des guitares fabriquées avec des boîtes de cigares cubains. Une vieille tradition née dans le sud des États-Unis à la fin du XIXe siècle, grâce aux Noirs américains. Les premières notes de blues ont été jouées sur ces guitares faites de bric et de broc. Oubliées, elles ont refait leur apparition dans les années 2000 et ont inspiré quelques bricoleurs de chez nous. Avec des boîtes de cigares, mais aussi des boîtes de biscuits en fer, des bidons d’huile de vidange, des enjoliveurs de voitures et des boîtes de sardines.

Jacques fabrique ses guitar box et elles connaissent un véritable succès. Tout comme les stages qu’il anime et qui permettent de se fabriquer une guitare soi-même. Quelques pièces récupérées çà et là, deux ou trois outils, un peu de patience... et le tour est joué. 

Jacques Corre, fabricant de cigar box guitar
I. Rettig

 

Les cordes, c’est Nyckel !

Gaëdic Chambrier possède également quelques drôles de guitares. Une bonne quarantaine au total (mais pas de cigar box guitar). Lui, c’est plutôt les instruments médiévaux, les cistres scandinaves ou les guitares à deux manches. La sienne est une création d’un luthier francilien, Patrick Querleux, qui a associé guitare et mandole (une guitare médiévale) pour donner naissance à ce curieux instrument.

Avec sa compagne, Eléonore Billy, Gaëdic Chambrier a formé le duo Octantrion. Eléonore joue du nyckelharpa, un instrument suédois qu’on peut appeler aussi "vieille à archet". À gauche, quatre rangées de touches, à droite des cordes, dont une série de cordes sympathiques qui ne sont pas frottées par l’archet mais qui vibrent seules et donnent au nyckelharpa son son si caractéristique.

Duo Octantrion : Gaëdic Chambrier à la guitare, Eléonore Billy au nyckelharpa
I. Rettig

 

Cordes vocales...

Quand on est chanteur, les cordes vocales doivent elles aussi être sympathiques, tout particulièrement lorsque l’on est un spécialiste du chant diphonique mongol comme l’est Johanni Curtet. Depuis une bonne dizaine d’années, le jeune musicien et ethno-musicologue se passionne pour ce chant venu des steppes qu’il est allé apprendre auprès de chanteurs réputés. Le khöömii symbolise à lui seul l’identité mongole et la culture traditionnelle. Il s’agit d’un chant guttural ou se mêlent des harmoniques dues à mouvement bien particulier de la langue et des lèvres.

À Rennes, le trio Meïkhâneh auquel appartient Johanni (avec Milad pasta aux percussions et Maria Laurent au chant) s’est spécialisé dans ces mélodies venues d’ailleurs et notamment des steppes mongoles. Le trio doit sortir un nouvel album en mai 2017, "La silencieuse", chez Buda Musique.

Meikhâneh
I. Rettig

… et souffle continu

David Defois, lui, nous entraîne plutôt du côté de l’outback, du désert australien. Là où les aborigènes apprennent dès le plus jeune âge à jouer du didgeridoo. Ce long bâton de bois creux (il s’agit d’une branche d’eucalyptus creusé par les termites) émet un son sourd à condition que celui qui en joue sache maîtriser la technique du souffle continu.

C’est le cas de David qui a découvert cette technique lors des Francofolies de la Rochelle, il y a une vingtaine d’années. Il a non seulement appris à jouer du didgeridoo mais il en fabrique également. Dans son petit atelier de Kergrist-Moëllou en centre Bretagne, il façonne et creuse des branches de poirier, de cormier ou de frêne qui, assemblées les unes aux autres, forment un beau didgeridoo breton. Notre ingénieur en traitement des eaux reconverti a également fabriqué un didgeridoo en forme de saxophone, plus facilement transportable et un didgeridoo à coulisse en carbone, surprenant instrument qu’il a d’ailleurs fait breveter. David donne des cours et organise des stages pour tout ceux qui veulent s’initier au didgeridoo.

David Defois
I. Rettig

Voyage dans les Carpates

Loin de l’Australie, c’est dans les Carpates que les Tarafikants puisent l’inspiration. Leur répertoire s’inspire des airs traditionnels roumains ou bulgares et, pour coller aux traditions, nos voyageurs rennais ont ramené dans leurs bagages quelques étranges instruments comme le violon trompette ou le violon à pavillon. Ou encore le cymbalum, un instrument à cordes que l’on frappe avec de petites mailloches. Une contrebasse, un bratsch, des flutes et un accordéon et voilà nos Tarafikants prêts à nous interpréter leur suite de danse des Maramures.

Youtube Tarafikants

 

Des lyres !

© Ambre de l'Alpe
© Ambre de l'Alpe

Allez, on n’allait pas terminer ce tour du monde musical sans rentrer en Bretagne. On ne vous parlera ni de bombardes, ni de binious mais de lyre gauloise.

Celle-ci est unique. On la doit à Julian Cuvilliez et Audrey Lecorgne, deux jeunes artisans formés sur le tas au métier de la lutherie et installés à Kerpert, en plein milieu de la Bretagne. Nos bardes des temps modernes se sont, depuis quelques années, passionnés pour cet instrument quelque peu oublié.

C’est la découverte en 88, à Paule dans les Côtes-d’Armor d’une statuette datée de -100 av J.-C. qui a relancé l’intérêt pour cet instrument prisé de nos ancêtres Celtes. Sur le buste de la statuette est en effet gravée une lyre, seule représentation connue de l’époque. C’est en s’inspirant de cette gravure, entre histoire et légendes, que nos deux jeunes luthiers ont créé leur lyre à sept cordes qui pourrait s’apparenter à une petite harpe. Une lyre en frêne, un arbre présent à l’époque des Gaulois.

Julian, à la lyre gauloise chante Merlin au berceau
I. Rettig

Julian s’est même constitué une forge miniature qui lui permet de fabriquer les outils tels qu’ils étaient à l’époque du second âge du fer. Julian propose désormais des cours à l’école de musique du Kreiz Breizh au sein de la toute première classe expérimentale dédiée à l’instrument. Il a également crée le PRIAE, le pôle de recherche et d’interprétation en archéologie expérimentale pour poursuivre les recherches autour de cet instrument.