Le lac de Guerlédan, à cheval sur les départements des Côtes d'Armor et du Morbihan, est le plus grand de Bretagne. Une étendue d'eau artificielle, née de l’inondation de la vallée du Blavet et du canal de Nantes à Brest dans les années 30 pour la création d’une centrale électrique. Ce plan d'eau de 400 hectares, mesure pas moins de 12 km de long, pour 45 mètres de profondeur. Le tour du lac, nature préservée, riche de légendes, est ponctué de quelques édifices remarquables, comme les Forges des Salles ou l'abbaye de Bon Repos, à Saint-Gelven, qui constitue notre première halte...

L'abbaye de Bon-Repos : de la ruine à la lumière

L'abbaye est située au bord du Blavet, à l’extrémité du lac. Cet édifice cistercien, a été fondée au 12ème siècle par Alain III de Rohan et sa femme Constance de Bretagne. Une légende serait à l'origine de sa construction : le comte de Rohan, se reposant dans la vallée après une chasse harassante, aurait rêvé de l'abbaye, comme le lieu de son repos éternel. D'où le nom de l'abbaye et la décision en 1184 de sa construction sur le lieu même de la rêverie.


© Krystel Veillard - France 3 Bretagne
© Krystel Veillard - France 3 Bretagne

L'abbaye a prospéré durant des siècles, et elle a connu un essor considérable au Moyen-âge, puis au XVIIIe siècle. La crypte de l'église abbatiale servira d'ailleurs entre 1196 et 1516 de sépulture à treize Vicomtes de la famille des Rohan ainsi qu'à leurs épouses. Mais la Révolution française marque la fin de la prospérité. L'abbaye est abandonnée et c'est la fin de la vie monastique à Bon Repos. Elle sera vendue comme bien national, et achetée par un tisserand révolutionnaire, maire de Rostrenen, Julien Le Bris. Il y installera une manufacture de textile, mais sera pillée en 1796.  Au cours du temps, les murs de Bon Repos, vont servir d'abris, de carrière de pierres pour les constructions alentours.

© Krystel Veillard - France 3 Bretagne
© Krystel Veillard - France 3 Bretagne


Après des décennies d'abandon, elle est à l'état de ruine, lorsque des habitants du cru décident de la relever. En 1986, ils crééent l'association des Compagnons de l'abbaye de Bon-Repos et entreprennent un long travail de restauration. Toutes les bonnes volontés sont convoquées pour y participer. Aujourd'hui, plus de trente années après, les lieux se visitent, ils sont animés toute l'années accueillent des artistes... Des tablettes numériques permettent même de visualiser les différentes pièces telles qu'elles devaient être au temps de la splendeur de l'édifice.

Parallèlement, chaque été, depuis 1987, le site est le théâtre d'un spectacle de son et lumière. Plusieurs centaines de bénévoles jouent, oeuvrent, donnent de leur énergie et de leur temps pour cette fresque de plus de deux heures, qui retrace l'histoire locale, dans le cadre magnifique de l'Abbaye.

Le cloître de l'abbaye de Bon Repos / © Krystel Veillard - France 3 Bretagne
Le cloître de l'abbaye de Bon Repos / © Krystel Veillard - France 3 Bretagne

 

L'Abbaye de Bon Repos : de la ruine à la lumière
Déambulation dans l'abbaye de Bon Repos... avec Estelle Salaün, directrice de l'Association "Les Compagnons de l'Abbaye de Bon Repos" Itinéraire Bretagne de Krystel Veillard, Valérie Chopin, Ludovic Decarsin, Benoît Thibaut et Jean Le Quiniou

 

Guerlédan, un plan d'eau... pour naviguer

Le lac est devenu le temps d'une semaine, en cet été 2017, le site d'entraînement de l'équipe de France junior et des moins de 23 ans en canoé kayak avant leur championnat du monde en Roumanie. En ce petit matin de juillet, anse de Landroanec, nouvelle journée de stage. Ils sont une vingtaine de garçons et filles à enchainer les courses sur le plan d'eau. 1000, 500 ou 200 mètres, à chacun sa distance, à chacun sa formule aussi, solo, duo ou à quatre, en Kayak ou en canoë. Les pagaies battent la surface de l'eau. Tous ces sportifs viennent de l'ensemble du territoire national, de clubs ou de pôles espoirs différents, alors pour la cohésion du groupe, passer du temps ensemble sur l'eau, mais aussi sur le bord... n'a rien de futile !


L'entraînement de l'équipe de France espoir en canoë kayak / © Krystel Veillard - France 3 Bretagne
L'entraînement de l'équipe de France espoir en canoë kayak / © Krystel Veillard - France 3 Bretagne


Après le kayak, changement de rythme, embarquement sur le duc de Guerlédan, pour une petite croisière commentée. La vedette, véritable institution locale, pilotée par le patriarche Dédé Boscher, assure les balades sur le lac. 

En 1973, le lac avait servi de cadre aux championnats de France de ski nautique, retour en images sur ces moments, grâce à l’Ina.

La navigation sur le lac de Guerlédan
Itinéraire Bretagne de Krystel Veillard, Valérie Chopin, Ludovic Decarsin, Benoît Thibaut et Jean Le Quiniou Interviews : Hermann Le Marec, et Matthieu Lesénéchal, entraîneurs Pole France espoir, Robin Abdelaziz, kayakiste du club de Vernon (27) et Maxime Margely, kayakistes du club de St-Grégoire (35) (archives : juillet 1973)


Croisière à bord du Duc de Guerlédan / © Valérie Chopin - France 3 Bretagne
Croisière à bord du Duc de Guerlédan / © Valérie Chopin - France 3 Bretagne



Les Forges des Salles : de la fonte produite au coeur de la forêt de Quénécan

Au coeur de la forêt de Quénécan, les Forges des Salles est un ancien village sidérurgique, des 18è et 19è siècle. Une des forges à bois les plus anciennes de Bretagne, créée à la fin du 17è siècle, vestige d'une activité industrielle prospère durant près de trois siècles. Cet ensemble architectural est remarquablement bien préservé. Créé à l'origine par la famille de Rohan, il a été racheté au début du 19è siècle par la famille de Janzé, puis il s'est transmis au cours du temps par les femmes. Il est aujourd'hui la propriété de la famille du Pontavice, qui occupe toujours le logis du maître des forges

Les Forges des Salles : le logis du maître des forges / © Krystel Veillard - France 3 Bretagne
Les Forges des Salles : le logis du maître des forges / © Krystel Veillard - France 3 Bretagne


A côté des hauts-fourneaux, le site comprend encore les logements des forgerons, des contre-maîtres, une école, une infirmerie, une chapelle, maréchalerie, charpenterie... un village qui vivait en autarcie et qui a abrité de 400 à 500 personnes, mais qui faisait vivre jusqu'à 600 personnes, pôle d'emploi important dans ce centre Bretagne.

Les Forges des salles : le haut-fourneau / © France 3 Bretagne - France 3 Bretagne
Les Forges des salles : le haut-fourneau / © France 3 Bretagne - France 3 Bretagne


Les hauts fourneaux, permettaient de produire de la fonte, transformée ensuite en plaques de cheminée, boulets de canon, clous, soc de charrue. Mais le minerai local, qui sert à la production de la fonte avec le charbon de bois, très pauvre en fer, 30% à peine, explique l'arrêt précoce en 1877 de l'activité sidérurgique du site, concurrencée aussi par d'autres forges françaises. Le village a cependant continué de vivre durant un siècle, après l'arrêt du haut fourneau. Le dernier habitant, hormis les propriétaire, a quitté le village à la fin des années 70. 

© Krystel Veillard - France 3 Bretagne
© Krystel Veillard - France 3 Bretagne
Les Forges des Salles
Visite des Forges des Salles, village sidérurgique des 18è et 19è siècle situé au coeur de la forêt de Quénécan, à proximité de Guerlédan. Images drone : DZ Drone 35 Invitée Emmanuelle du Pontavice, en charge de l'animation des lieux Réalisation : Krystel Veillard, Valérie Chopin, Ludovic Decarsin, Benoît Thibaut et Jean Le Quiniou

Retrouvez en qualité HD les images aériennes des Forges des Salles fournies par DZ Drone 35 (Stéphane Le Penne). 

 

Guerlédan : une terre et des légendes

La rivière qui coule au fond des gorges du Daoulas nous entraîne dans les pas de Pierrick Pustoc'h, animateur nature, conservateur de la réserve naturelle régionale de Glomel. Ce milieu frais et humide, est un terrain de jeu idéal pour les papillons et libellules, tel le caloptéryx vierge, d'un très joli bleu.

Le calopteryx vierge, dans les gorges du Daoulas / © Valérie Chopin - France 3 Bretagne
Le calopteryx vierge, dans les gorges du Daoulas / © Valérie Chopin - France 3 Bretagne


Pierrick n'a qu'à se baisser, il a l'œil pour repérer les indices d'une vie animale plutôt riche dans ce petit écrin de nature. Une aile de libellule, grignotée par un prédateur, des épreinte de loutres, déjection de l'animal, révélateur de son régime alimentaire, mais aussi de ses déplacements. Dans une épreinte, Pierrick retrouve en effet des fragments de carcasse d'écrevisse, preuve que la loutre s'est baladée du côté du canal de Nantes à Brest, où vit le crustacé, à plus d'un kilomètre de là. Ce mammifère semi-aquatique, plutôt difficile à apercevoir, était bien présent sur l'ensemble de l'hexagone au début du 20è siècle. Mais beaucoup chassé pour son pelage, cet animal assez imposant, pesant de 10 à 20 kg, ne demeure plus aujourd'hui que dans le Limousin et le centre Bretagne, où sa population est même en expansion.

Pierrick Pustoc'h, conservateur de la réserve naturelle régionale de Glomel / © France 3 Bretagne
Pierrick Pustoc'h, conservateur de la réserve naturelle régionale de Glomel / © France 3 Bretagne


Avant de quitter la fraîcheur du Blavet, le guide s'arrête encore  devant l'Osmonde royale, la plus grande fougère d'Europe, une des 6 à 8 variétés, présentes dans ces gorges. Le paysage va se transformer radicalement au démarrage de l'ascension vers les landes de Liscuis. A flanc de colline, Pierrick s'engouffre dans une cavité, une ancienne loge de fendeur d'ardoises, très fréquentes dans le secteur... 


La ligne de crête des landes de Liscuis / © Krystel Veillard - France 3 Bretagne
La ligne de crête des landes de Liscuis / © Krystel Veillard - France 3 Bretagne


Quelques mètres plus haut, la ligne de crête est visible, avec son feston de plaques de schiste, verticales. Décor atypique, où l'aridité du sol ne facilite pas la vie végétale. Ces landes sèches sont le royaume de la bruyère et des ajoncs, paysage emblématique breton...


Les Landes de Liscuis : le royaume de la bruyère et de l'ajonc / © Krystel Veillard - France 3 Bretagne
Les Landes de Liscuis : le royaume de la bruyère et de l'ajonc / © Krystel Veillard - France 3 Bretagne


La légende de Sainte-Tréphine


Si les landes de Licuis sont un refuge idal pour les korrigans, c'est de l'autre côté du lac, que Marvin Lamort, médiateur culturel, nous raconte la légende de Sainte-Tréphine, devant la chapelle qui porte son noms.
Il était une fois... une jeune fille réputée pour sa beauté, fille de Waroc'h, comte de Vannes. Elle s'appelait Tréphine, et le puissant comte Conomor, qui vivait en centre Bretagne, tomba éperdument amoureux d'elle. Mais Conomor, guerrier brutal, ne craignait rien, hormis une prophétie, qui disait qu'il serait tué des mains de son propre fils. Le seigneur avait ainsi déjà assassiné ses quatre premières épouses.
Après quelques mois de bonheur, Tréphine apprit qu'elle attendait un enfant. Conomor entra dans une rage folle et l'enferma. Mais la jeune femme réussit à s'échapper, et réfugiée dans la forêt, donna naissance à un petit garçon, qu'elle appela Trémeur. Conomor, qui était parti à sa recherche, la retrouva et la décapita, mais juste avant l'arrivée de Saint-Gildas, ermite et conseiller de Waroc'h. Gildas, exécuta alors un véritable miracle. il remit la tête sur le corps de la jeune femme, et elle reprit vie. Tréphine, se cacha et vécut longtemps encore, avec son fils, retirée dans le village, qui porte désormais son nom. 

Guerlédan, une terre et des légendes
Randonnée nature dans les Gorges du Daoulas et les Landes de Liscuis sur les pas de Pierrick Pustoc'h, animateur nature, avant d'entrer dans la légende de Sainte Tréphine, racontée par Marvin Lamort, médiateur culturel... Réalisation : Krystel Veillard, Valérie Chopin, Ludovic Decarsin, Benoît Thibaut et Jean Le Quiniou