L'ouverture du procès en béatification d'une Bretonne

Catéchiste, Léontine Dolivet a transmis sa foi à 3 générations successives de garçons à Betton près de Rennes. / © H.Pédech
Catéchiste, Léontine Dolivet a transmis sa foi à 3 générations successives de garçons à Betton près de Rennes. / © H.Pédech

La procédure est rare. Le Vatican vient de donner son accord pour que soit ouverte une enquête en vue de béatifier Léontine Dolivet, une habitante de Betton (35), décédée en 1974. Deviendra-t-elle bienheureuse à la suite de Jeanne Jugan et du résistant breton Marcel Callo ?

Par Hélène Pédech

C'est l'archevêque de Rennes, Dol et Saint-Malo, Monseigneur Pierre d'Ornellas, qui a annoncé la nouvelle. La cause de béatification de Léontine Dolivet, figure locale de Betton, à la périphérie de Rennes (Ille-et-Vilaine), décédée en 1974, a été solennellement ouverte le samedi 4 février. 

Cette figure locale de Betton, une commune rurale proche de Rennes (Ille-et-Vilaine) pourrait bien devenir bien heureuse comme le sont devenus, avant elle, Jeanne Jugan, fondatrice de la Communauté des Petites Soeurs des Pauvres à Saint-Pern (Ille-et-Vilaine) [NDLR: Jeanne Jugan a depuis été élevée au rang de sainte] puis le résistant rennais Marcel Callo.

Elle se destinait au Carmel

Pendant 60 ans, Léontine Dolivet a fait la catéchèse à des centaines de garçons de la commune. Elle a transmis sa foi à trois générations successives.
"Mademoiselle Dolivet" était fille unique de parents commerçants à Betton (chapeliers et épiciers). Elle voulait entrer au Carmel. Elle préfère finalement rester auprès de ses parents malades. Jolie fille, Léontine refuse une demande en mariage, préférant se consacrer entièrement à Dieu. Elle fait voeu de pauvreté et de chasteté.

La séparation Eglise-Etat change tout

En 1905, deux ans après les lois Combes, l'Eglise et l'Etat se séparent officiellement en France.

A Betton, les frères de Ploërmel, qui assuraient l'enseignement pour les garçons, sont chassés. L'école des garçons devient publique (tandis que l'école des filles reste tenue par des religieuses).
A 17 ans, Léontine Dolivet décide de reprendre le flambeau en faisant la catéchèse aux garçons. En 1908, son père rachète la maison voisine de l'école des garçons où vivaient autrefois les frères de Ploërmel. La famille Dolivet s'y installe et Léontine poursuit son enseignement auprès de "ses garçons". Chaque jour, sur le temps de midi, les jeunes de 8 à 12 ans, viennent y apprendre par coeur l'enseignement de l'Eglise catholique.


Une catéchèse progressiste pour l'époque

Plutôt progressiste, Melle Dolivet a marqué une rupture avec une catéchèse souvent basée sur la crainte et la culpabilité dans la première moitié du XXème siècle.


"Elle savait se faire respecter avec patience et bienveillance", se souviennent ses garçons, qui ont aujourd'hui 75-80 ans.


Parfois "et c'était alors jour de fête, se souvient Pierre, elle organisait des projections de diapositives".


Une vie monacale dans sa maison

Chaque année, Léontine se retirait dix jours dans sa chambre (devenue aujourd'hui l'oratoire du presbytère) pour y prier et y écrire. De ses retraites, restent des dizaines de carnets qui témoignent de sa foi, son amour pour celui qu'elle appelait "son Bien-Aimé" (=Dieu) mais aussi pour tous ses garçons.


"Nous catéchistes, nous n'avons pas à remplacer les parents mais à les aider. Comme je les aime [ces enfants]! Quand vient la rentrée des classes, j'ai le coeur débordant de joie: je reprends ma place de catéchiste. Je me sens impuissante devant l'énormité de la tâche!"  

 


Une personnalité simple et charismatique

C'est le curé de la paroisse Saint Jean-Paul II, le Père Olivier Gazeau  qui a pris l'initiative de demander l'ouverture de son procès en béatification. A son arrivé il y a 2 ans 1/2 à Betton, il est frappé par l'empreinte laissée par Léontine sur les personnes qui l'ont cotoyée. "Une petite femme humble et une grande dame à la fois".

"Déjà une Sainte de son vivant!"

Dans la paroisse de Betton, l'annonce de l'ouverture d'une enquête en vue de l'élever au rang de "Bienheureuse" ne surprend personne. "C'était déjà une Sainte de son vivant!"

Procès en béatification Léontine Dolivet
- Jean-Claude Gallier - Marie-Odile Barbier-Lemasson, petite-nièce de Léontine Dolivet - Pierre Gérard - Père Olivier Gazeau, curé de la paroisse St Jean-Paul II - Equipe: H.Pédech/ J.M.Piron / A.M. Rouanès - France 3 Bretagne - France 3 Bretagne


Le procès en béatification: comment ça marche ?

Sur la fois des écrits laissés par Léontine Dolivet et surtout de nombreux témoignages oraux, l'archevêque de Rennes, Dol et Saint-Malo soumet la candidature de Léontine Dolivet en vue de la béatifier à la Conférence des évêques de France à Lourdes en novembre dernier. Celle-ci est acceptée haut-la-main puis présentée au Vatican qui donne son aval en décembre 2016.

Une enquête diocésaine vient donc d'être ouverte pour recueillir des témoignages écrits cette fois. Une commission constituée d'historiens, de théologiens doit être nommée en vue d'un procès.

Un véritable procès

On parle bien d'un procès car la cause de Léontine Dolivet sera alors débattue entre défenseurs et contradicteurs comme dans un véritable procès. L'exemplarité de sa vie au regard de l'Eglise sera décortiquée.

Un miracle, condition sine qua non

Mais pour accéder à la béatification, un miracle doit impérativement être attribué à Léontine Dolivet. "La sainteté de sa vie ne fait aucun doute, estime le Père Olivier Gazeau. Le miracle apparaitrait comme un signe de Dieu".
En cas de guérison miraculeuse après voir prié Léontine Dolivet, un collège de médecins catholiques et non catholiques sera lors chargé d'établir si la guérison apparait miraculeuse (inexpliquée par la science) ou pas.
Impossible de dire si cette enquête aboutira un jour ou pas.

* avec la béatification= on devient "bienheureux - Il faut une vie exemplaire aux yeux de l'Eglise catholique et s'être vu attribué un miracle (sauf pour ceux qui sont morts en martyre comme le résistant rennais Marcel Callo)
* avec la canonisation = on devient "saint" et là, il faut être à l'origine de deux miracles au moins comme sainte Jeanne Jugan, fondatrice de la communauté des Petites Soeurs des Pauvres à Saint-Pern (35).

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