C’était en 1988. La toute première édition du Goncourt des lycéens voyait le jour à Rennes. Le début d’une épopée littéraire, avec pour mission de redonner aux jeunes le goût de la lecture. Aujourd'hui, le prix fête sa 30e édition : ce lundi 13, les jeunes choisiront leur sélection régionale, puis nationale jeudi 16. Au fil des ans, 29 auteurs ont été récompensés, 340 romans lus, adorés, détestés... Plus de 40 000 jeunes y ont pris part. Le prix, lui, s'est imposé dans la cour des grands.

Redonner le goût de la lecture

À l'origine, ils étaient deux : Brigitte Stéphan, libraire et chargée de communication à la Fnac, et Bernard Le Doze, professeur de lettres au lycée Jean Macé, à Rennes. Deux passionnés de littérature, et un constat : les jeunes ne s'intéressent plus à la lecture.

Pour les aider à renouer avec le plaisir de lire, il leur vient une idée : créer un prix littéraire à l'image du Goncourt. Une dizaine d'étudiants bretons se lancent dans l'aventure.

Et ça marche : les jeunes se prêtent au jeu, dévorent des dizaines de romans et délibèrent pendant des heures. Au final, ils proclament Erik Orsenna vainqueur pour son "Exposition Coloniale".

Quelques minutes plus tard, c'est l'explosion de joie. Le "vrai" prix Goncourt est décerné au même auteur. Une étudiante déclarait alors :

On est très heureux. Ça prouve que, jeunes lycéens, on peut être capables de choisir un type de lecture et être du même avis que les adultes.


30ème Goncourt des lycéens : retour sur la première édition en 1988
Il y a 30 ans naissait le prix Goncourt des lycéens. Les jeunes bretons récompensaient l'écrivain Erik Orsenna. - Ina

C'était en 1988, mais à l'heure des réseaux sociaux et d'internet, la problématique est toujours d'actualité. Les jeunes lisent de moins en moins, mais l'intérêt du Goncourt des lycéens, lui, n'a pas changé.

"Je trouve ça bien que des jeunes aient le droit de donner leur avis sur des livres. Que ça compte, qu'on soit écoutés", déclare une lycéenne.

Ce jeudi 16 novembre, ils décerneront leur 30e prix. À l'heure des dernières délibérations, nous les avons rencontrés :

30ème Goncourt des lycéens : dernières délibérations pour les jeunes
Le Goncourt des lycéens créé à Rennes en 1988 juge la même sélection que le Goncourt des académiciens. Le processus de sélection a débuté dans les établisements et le prix sera décerné le 16 novembre. - France 3 Bretagne

 

Ils ont eu les deux Goncourt

Au total, 29 auteurs ont été récompensés du Goncourt des lycéens. Le dernier en date : Gaël Faye, récipiendaire du prix 2016 pour "Petit pays". Les Académiciens, eux, lui ont préféré "Chanson douce" de Leïla Slimani. Une divergence d'opinion qui s'est installée dans le temps : cela fait 22 ans qu'académiciens et lycéens n'ont pas récompensé le même auteur.

En réalité, seuls 4 romanciers ont été honorés à la fois du Goncourt et de son homologue lycéen. Le premier fut Erik Orsenna, couronné du tout premier Goncourt des lycéens en 1988 pour "L'Exposition coloniale". Suivi de près par le prix 1989 Jean Vautrin, auteur de "Un grand pas vers le bon Dieu".

Pierre Combescot reçut en 1991 les deux Goncourt pour "Les Filles du Calvaire". Et pour finir, Andreï Makine fut le dernier "double-lauréat" pour "Le Testament français" en 1995.

Ces écrivains qui ont reçu les deux prix Goncourt



Pourquoi cette dichotomie ? Lycéens et Académiciens semblent ne plus avoir les mêmes goûts littéraires. Un trait qui ne semble cependant pas avoir de lien avec l'âge, puisque parmi les 3 derniers Goncourt des lycéens, 2 ont également reçu le prix Renaudot.

Cette année, le Goncourt 2017 a été reçu par Eric Vuillard, auteur de "L'Ordre du jour". Un roman historique retraçant les coulisses de l'Anschluss, annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie en 1938. Les lycéens auront-ils autant apprécié cette oeuvre que leurs aînés ? Réponse le 16 novembre.

Au fil des ans, le prix s'est imposé comme référence

Trente ans que cela dure. Aujourd'hui, le Goncourt des lycéens s'est imposé comme une vraie référence dans le monde des prix littéraires. Au point qu'il est devenu l'un des plus convoités des auteurs.

Car recevoir le prix lycéen est gage de ventes. Il est même le prix littéraire le plus vendu en France.

En 2012, Vincent Peillon, fraîchement nommé ministre de l'Éducation Nationale, confirmait : "Le choix des lycéens s'impose comme un choix que les lecteurs reconnaissent après. Ça donne beaucoup de force au prix et l'installe parmi les très grands prix littéraires", ajoutait-il.


Cette année-là, le romancier suisse Joël Dicker recevait le Goncourt des lycéens pour "La Vérité sur l'affaire Harry Quebert". Ému aux larmes, il déclarait :

Je suis épouvantablement touché d'être là ce soir. Pour la première fois de ma vie, j'ai l'impression que ce sont nous les jeunes qui faisons le monde. J'ai l'impression que ce rêve se réalise ce soir.


 

La mission est-elle remplie ?

Si du côté des auteurs la notoriété du prix n'est plus à faire, la mission principale du Goncourt des lycéens est-elle pour autant remplie ? Les jeunes ont-ils davantage le goût de la lecture ?

En 1973, 39% des garçons disaient avoir lu 20 livres dans les 12 derniers mois. En 2008, ils n'étaient que 16%. Même constat pour les filles : en 1973, 44% avaient lu 20 livres sur l'année écoulée. Elles étaient également 16% en 2008.


Par ailleurs, et ce n'est pas une surprise, les jeunes troquent aujourd'hui volontiers leurs livres contre les écrans. En 2010, alors qu'une lycéenne ne lisait que 10 minutes par jour, elle passait aussi 2h31 devant la télévision ou son ordinateur.

Encore pire pour les garçons : ils lisent en moyenne 8 minutes par jour, pour 3h14 passées devant les écrans.


L'édition 2017 en chiffres

Ce jeudi 16 novembre, les jeunes décerneront le 30e prix Goncourt des lycéens, au terme d'une cérémonie à l'Hôtel de Ville de Rennes. En amont, lundi 13, un tiercé de finalistes sera révélé dans chaque région.

Le terme de 4 mois de travail pour les 26 établissements scolaires qui se sont engagés dans l'aventure. Une cinquantaine de classes, soit près de 2 000 lycéens engagés dans ce marathon littéraire.

Au total, ils auront dévoré 15 romans en lice. Entre le 9 et le 18 octobre, 7 rencontres ont eu lieu entre les auteurs en sélection et les étudiants.

Les 15 romans sélectionnés

• "Nos richesses", Kaouther Adimi, Seuil
• "Taba Taba", Patrick Deville, Seuil
• "Un certain M. Piekielny", François-Henri Désérable, Gallimard
• "Un loup pour l'homme", Brigitte Giraud, Flammarion
• "La disparition de Josef Mengele", Olivier Guez, Grasset
• "Tiens ferme ta couronne", Yannick Haenel, Gallimard
• "La serpe", Philippe Jaenada, Julliard
• "Nos vies", Marie-Hélène Lafon, Buchet-Chastel
• "Bakhita", Véronique Olmi, Albin Michel
• "Niels", Alexis Ragougneau, Viviane Hamy
• "Trois jours chez ma tante", Yves Ravey, Minuit
• "Summer", Monica Sabolo, JC Lattès
• "Les Rêveuses", Frédéric Verger, Gallimard
• "L'Ordre du jour", Eric Vuillard, Actes Sud
• "L'Art de perdre", Alice Zeniter, Flammarion