L’usine PSA de Rennes La Janais, à Chartres de Bretagne, à côté de Rennes, est un site industriel emblématique de la région, mais qui n'ouvre pas facilement ses portes, et notamment depuis les années du déclin. Nous partons donc à la découverte d'un univers, celui d'une grande entreprise industrielle où on fabrique des voitures, de la bobine de tôle à la voiture terminée en sortie de ligne. Aujourd'hui avec deux nouveaux véhicules à produire, la route semble se dégager, mais commençons d'abord par jeter un coup d'oeil dans le rétroviseur...

Retour sur l'histoire d'une usine


Fin des années 50, un grand chantier démarre aux portes de Rennes. Dans une région rurale, peu industrialisée, les acteurs économiques et politiques bretons ont œuvré pour inverser la vapeur. Une volonté qui a rencontré celle du constructeur automobile Citroën, qui cherchait lui à délocaliser ses unités de production.


1960 : l’usine est inaugurée par le général de Gaulle


En septembre 1960, le général de Gaulle, vient donc en personne  inaugurer l'usine Citroën de la Janais. Elle est prévue pour produire 400 000 voitures par an et pour les fabriquer on compte alors sur une main d'œuvre locale, abondante et travailleuse.

PSA La Janais : les presses d'emboutissage à l'ouverture de l'usine © Ina


Les paysans ouvriers, une spécificité locale


Les paysans ouvriers, spécificité bretonne, qui gardaient donc un peu de terres, vivaient à la campagne mais venaient travailler à l’usine, ont constitué à l'origine, le gros des troupes. L'usine tourne alors à plein régime, l'Ami 6 y sera produite durant 10 ans à plus d'un million d'exemplaires.

La fabrication de l'Ami 6 en 1964 © Ina


1960-70 : les années fastes


Les voitures vont se succéder sur les lignes : Ami 6, 2CV, Dyane, Ami 8... des petites voitures grand public qui se vendent bien. Puis dans les années 70, ce sera le succès de la GS, produite à deux millions d'exemplaires. Un record pour les modèles fabriqués à la Janais, qui avec l'autre site Citroën voisin de la Barre-Thomas, compte alors plus de 14 000 salariés. La population d'une petite ville.

La GS sort de l'usine en 1970 © Ina



1976 : Peugeot englobe Citroën


1976, coup de tonnerre, pour sauver la marque aux chevrons, au bord de la faillite, Peugeot absorbe Citroën, pour ne former qu'un seul groupe. La BX, voiture largement diffusée, sortie des lignes rennaises en 1982, contribuera au sauvetage de la marque. Mais il faudra attendre 2004, pour qu'une première Peugeot, la 407, soit fabriquée à La Janais.

La berline haut de gamme, une spécialisation


Le site au cours du temps s’est spécialisé dans la berline très haut de gamme, après les Xantia et les Xsara, il produit en effet, des C5 et des 508. Un segment de marché qui s’écroule littéralement avec la crise économique de la fin des années 2000.

Des années de déclin


A la Janais, on serre les boulons, réduction de la production, lignes supprimées, les jours de chômage technique s'accumulent, les effectifs s'effondrent. Un plan social chasse l'autre, « départs volontaires » en 2008, « sauvegarde de l'emploi » en 2012, mais qui n'en a que le nom...
Malgré la menace d’une fermeture, le site est toujours là, mais ils ne sont plus que 3000 à y travailler aujourd’hui.




 

La fabrication des voitures


Tout commence à la Janais par le hall bobines. D’énormes bobines d’acier galvanisé, pesant jusqu'à 25 tonnes, avec lesquelles sont fabriquées les voitures. Elles arrivent par rail ou par route, des grandes usines sidérurgiques européennes. La tôle est déroulée et découpée. Puis les formes vont commencer à se dessiner sous le poids des presses d'emboutissage. Des portières ou des flancs de voitures apparaissent alors.

l'atelier ferrage © Bruno Van Wassenhove - France 3 Bretagne


Le ferrage : le ballet des robots


Le ferrage, ce sont plus de 250 robots, qui portent, déplacent, assemblent et soudent les plaques de tôles. Selon le modèle, un véhicule, compte de 400 à 600 pièces fixées les unes aux autres. La caisse métallique obtenue passera ensuite par l'étape peinture. Et là elle va subir une succession de traitements, un nettoyage, une couche anticorrosive, une phase d'apprêt, la couleur proprement dite, puis un vernis.

La peinture à La Janais, un atelier de plus en plus robotisé © Bruno Van Wassenhove - France 3 Bretagne


Le montage : un périple d’un kilomètre 800


Une fois peint, chaque véhicule entame un périple long d'un kilomètre 800. C'est la phase montage, une vraie fourmilière cette fois. Petit à petit, au rythme de la ligne, la voiture se dote de l'ensemble des éléments qui vont la constituer. Du tableau de bord, aux sièges en passant par les faisceaux électriques ou encore les roues. Des pièces, qui pour l'essentiel sont fournies par les sous-traitants.
Et le moment clé du montage, c'est ce qu'on appelle le coiffage. C'est quand le bas de caisse, avec le moteur et la mécanique, vient épouser la carrosserie.

Le coiffage, quand la carrosserie épouse la mécanique © Bruno Van Wassenhove - France 3 Bretagne


Les cadences sur les lignes vont s’intensifier


Actuellement, à La Janais, on produit 25 véhicules à l'heure. Pour l’essentiel, il s’agit du tout nouveau SUV Peugeot 5008, mais avec encore pour quelques temps, les 508 et C5, qui arrivent en fin de vie. Les cadences devront s’intensifier pour atteindre 50 véhicules heure et 400 par jour. Des autos vérifiées tout au long de la chaînes, mais qui à la sortie des lignes vont s'exposer à un nouvel examen de passage complet. Ce qu’on appelle le contrôle qualité.

le nouveau SUV 5008 © Krystel Veillard - France 3 Bretagne




 

Des hommes et des femmes dans l'usine


Pour parler chiffres, on ne peut pas oublier, que les effectifs se sont effondrés en une dizaine d’années très noires pour le site de Rennes, passant de plus de 14 000 à 3 000 salariés.


L’embauche d’intérimaires
 

L’entreprise vit aujourd’hui une embellie avec la production de deux nouveaux modèles. La conséquence immédiate c’est depuis le début de l’année, l’embauche de 520 intérimaires, dont une partie en CDI-Intérim, c'est-à-dire des personnes salariées par les sociétés d’intérim, avec des contrats pouvant aller jusqu’à 3 ans. Et la direction du site, même si elle affirme vouloir rester prudente et sécuriser chaque étape de cette progression, assure que certains de ces intérimaires pourront à l’avenir intégrer pleinement l’entreprise.

C'est sur la ligne de montage que la main d'oeuvre est la plus nombreuse © Bruno Van Wassenhove - France 3 Bretagne



Une deuxième équipe


Depuis mi-avril, une deuxième équipe, le matin, a été mise en place. Pour ceux de cette équipe-là, le travail commence à 5h30 le matin et se termine à 16h15. Les autres prendront le relais à 13h15 et travailleront sur les lignes de production jusqu’à 21h.
Les tâches, y sont très millimétrées, répondant à un mode opératoire très précis, avec une chronologie et des temps à respecter, au rythme de l’avancement des voitures sur la ligne.
Et la hiérarchie dans les ateliers n’a rien d’anodin, responsable de groupe, d'unité, moniteur, opérateur... Ce qui n'exclut pas un vrai esprit d'équipe, important pour la cohésion du groupe, pour la réalisation et la qualité du travail, mais aussi pour l’ambiance générale dans l’usine.

A 13h les deux équipes de la journée se croisent © Bruno Van Wassenhove - France 3 Bretagne


Une troisième équipe de nuit


Mais très bientôt, à partir du mois de juin, la ligne ne s'arrêtera plus le soir. En effet, une troisième équipe, disparue il y a quelques années, sera à nouveau programmée la nuit...
Des embauches et une activité, qui réjouissent l’ensemble de l’entreprise. Tous accueillent avec plaisir les nouveaux arrivants, les formant, les accompagnants et les encadrant avec beaucoup d’enthousiasme. Tous sentant confusément qu’ils symbolisent un renouveau et un nouvel avenir pour le site rennais.


 

L’avenir du site de La Janais


Le mouvement est en marche. De grands espaces se vident, pour accueillir bientôt la nouvelle ligne de montage, d’un véhicule appelé ici le C84, un nouveau Citroën, produit à partir de la fin de cette année. Il s’agit en fait du C5 Air cross, dont une version asiatique vient d'être présentée à Shanghai. Avec le nouveau SUV 5008 Peugeot, ce sont donc deux nouveaux véhicules bientôt fabriqués à Rennes. Cela signifie des embauches, des jeunes à former et une usine en pleine restructuration. Cent millions d’euros d’investissement sont prévus pour cette modernisation. Après des années très noires et une chûtes des emplois, le renouveau semble se dessiner.

le nouveau SUV Peugeot 5008 © Bruno Van Wassenhove - France 3 Bretagne



L'énorme réorganisation de l’usine, en cours, ne peut s'effectuer que par étape, car la production doit se poursuivre en parallèle.
La prochaine ligne de montage, destinée à la fabrication du nouveau véhicule Citroën, devrait être opérationnelle en mars 2018, le SUV 5008 Peugeot, y sera intégré lui aussi. Un nouvel atelier ferrage sera en fonctionnement au mois de septembre suivant.

Embauches et formation


Un coup de jeune pour une usine, qui après des années très incertaines, voit dans le même temps revenir du sang neuf, avec des embauches. Suite à une succession de "job dating", plus de 500 intérimaires, intègrent la production depuis le début de l'année. mais après un passage par la case formation.

Chaque semaine, ils sont ainsi 24 jeunes recrutés à passer par ce qu’on appelle ici l’école métier. Durant cinq jour, c'est pour eux comme un apprentissage, un entraînement et une répétition des tâches qu’ils auront à réaliser ensuite. Puis, ils auront une quinzaine de jours pour trouver leur place petit à petit sur les lignes de production.

L'usine semble bien peu à peu revivre, et même si 500 embauches peuvent apparaitre comme modestes au regard des effectifs du passé, on a changé d'époque, mais le redémarrage est amorcé...

Le nouveau SUV 5008 Peugeot à la Janais, avant expédition © Bruno Van Wassenhove - France 3 Bretagne