La destruction du “mur Dubonnet” a commencé à Rennes

La façade du mur "Dubonnet" à Rennes, le jour de sa destruction
La façade du mur "Dubonnet" à Rennes, le jour de sa destruction

Ça y est, la destruction de la façade bien connue des Rennais, place Saint-Anne, a commencé. D'ici à 2020, un immeuble et une autre station de métro la remplaceront. L'occasion de revenir sur l'histoire de cette publicité peinte des années 40.

Par Leïla Marchand

Assiégé par les grues, vidé de l'intérieur, l'immeuble de la pub "Dubonnet" vit ses dernières heures. A neuf heures pétantes, ce mercredi, une "grignoteuse" a commencé faire tomber les premiers gravats de la charpente, inondant la place Sainte-Anne de poussière. Début juillet, c'en sera fini de ce mur emblématique du vieux centre. En 2018, une station de métro et une place réaménagée l'auront remplacé.

Les Rennais entre nostalgie et détachement

Les passants ont assisté au spectacle partagés entre nostalgie et... total détachement, comme ce groupe de jeunes filles d'une quinzaine d'années qui "venaient juste de le remarquer". Les habitués de la vie festive de la place, comme Roxane et François, 19 et 22 ans, "se désolent" de cette démolition :

Ça va ressembler à République, ce sera triste. Ça habillait quand même la place... La ville de Rennes ne sait pas vivre dans l'instant, il faut toujours de nouveaux chantiers, toujours se projeter dans le futur".


Rolande, habitante du quartier, se réjouit plutôt du chantier : "Regardez, on voit que l'immeuble est pourri de l'intérieur. C'est tellement cher à rénover, qu'il vaut mieux reconstruire avec des matériaux modernes. Il y a des besoins plus prioritaires que de garder de vieux murs". 
Voir les premiers pans de murs tomber au pied de l'église Saint-Aubin rappelle à Mireille "le temps où elle était gamine" et où elle y passait pour aller à l'école et le temps où, dans sa période "punk", elle squattait les marches des bâtiments : "J'espère qu'ils feront un hommage au mur dans les nouvelles constructions, où au moins une architecture qui mélange l'ancien et le moderne". 

Un dernier panoramique de la Place Saint-Anne avec la façade "Dubonnet" / © Leila Marchand
Un dernier panoramique de la Place Saint-Anne avec la façade "Dubonnet" / © Leila Marchand

 

 

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Un dernier hommage 

La destruction de ce mur touche au coeur les défenseurs du patrimoine comme les artistes et les passionnés de publicités d'époque. Au début du mois, le collectif de vidéastes La Sophiste a rendu un dernier hommage à ces publicités historiques en projetant des visuels sur la façade, devant des centaines de Rennais. Il représente pour eux "une trace d'un temps révolu, conservée dans toute sa décrépitude". 

Un collectif a projeté sur le mur des visuels de la façade telle qu'elle existait dans les années 40 / ©
Un collectif a projeté sur le mur des visuels de la façade telle qu'elle existait dans les années 40 / ©


En 2010, déjà des hommages

A l'été 2010, un flashmob avait était organisé au pied du mur, déjà menacé de démolition. 


Les années 40, âge d'or des publicités peintes

Le mur de la place Sainte-Anne est un des plus grands murs de publicités peintes encore présents en France. Il y a les deux petites "Byrrh" et "Ripolin". Et surtout la géante "Du beau, du Bon, Dubonnet", conçue par l'affichiste E. M. Cassandre en 1932.

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En un temps où les publicitaires pouvaient encore vanter les mérites de l'alcool, le slogan était visible à l'entrée de nombreuses villes. Cet apéritif à base de vin, toujours commercialisé par Ricard, a été créé en 1946 par Joseph Dubonnet. Il avait alors la réputation d'être un remède contre le paludisme. Mais c'est surtout sa publicité, simple et épurée, qui a frappé les imaginations. L'INA recense encore une de ses "réclames" télévisuelles sortie en 1984.

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