Malentendus et mensonges: l'âme sud-coréenne auscultée par Arthur Nauzyciel

Sur la scène du TNB, l'Empire des Lumières / © DR
Sur la scène du TNB, l'Empire des Lumières / © DR

L'Empire des lumières, pièce du metteur en scène Arthur Nauzyciel, présentée en langue coréenne au Théâtre national de Bretagne (TNB), donne un coup de projecteur glacé sur les déchirements que la séparation a générés dans l'esprit même de nombreux Coréens.

Par AFP

L'actrice phare Moon So-Ri (Oasis, In another country), est au coeur de ce drame entre huit personnages, huit solitudes, sur fond d'un Séoul trépidant représenté en vidéo derrière eux, et de dessins animés anticommunistes montrant des soldats du nord à tête de loup.

La scène est dépouillée et grise, l'action lente et crispée. Pas un sourire. Deux heures de tension et de dissimulation des sentiments entre cette femme et sept hommes vêtus de gris, fades, insaisissables. Les acteurs déclament en coréen, le texte est surtitré en français.


Arthur Nauzyciel a choisi d'adapter très librement avec Valérie Mréjen ce polar coréen de Kim Youg-ha qui raconte l'histoire d'un espion du nord infiltré à Séoul: Kim Kiyeong s'est marié à Jang Mari et s'est intégré professionnellement à la société de consommation du sud, quand tout à coup, après dix ans de silence, ses chefs en Corée du Nord le rappellent. Le mensonge dévoilé, le couple se brise en 24 heures et l'espion se voit abandonné, trahi par tous.  

"Aujourd'hui, dans le monde du cinéma et du théâtre sud-coréen, on préfère traiter le sujet de la séparation de manière légère ou spectaculaire, à la façon Hollywood", observe Moon So-Ti à l'AFP.

"Cette question est tellement proche que le public a du mal à la dépasser. Je m'inquiétais de comment un étranger, Arthur Nauzyciel, pourrait la percevoir. Il ne l'a pas prise avec légèreté. Il est allé très loin sur la question des frontières, pas seulement des deux pays, mais de deux êtres et à l'intérieur de soi. Il a montré les malentendus entre la réalité et le rêve" dans la société sud-coréenne, estime-t-elle.

Elle salue le fait que le réalisateur qui dirige le TNB depuis janvier, "ait fait des efforts pour comprendre le contexte, les nuances, les subtilités" en interrogeant longuement les acteurs sur leurs souvenirs, ce qui donne autant de scènes qui n'appartiennent pas au roman.

On a rappelé les fantômes


"Arthur a demandé aux acteurs leurs souvenirs collectifs sur la Corée du Nord, ils ont aussi rencontré des Nord-Coréens réfugiés à Séoul", relève l'actrice.

"On a rappelé les fantômes" (celui d'une copine de classe victime d'un accident de voiture, ou encore d'une mère qui s'est suicidée dans le "paradis" socialiste de Pyongyang). "Les fantômes jouent des rôles. Le théâtre est le seul endroit qui peut faire revenir les esprits", note-t-elle.

Accompagnant les vidéos sur Séoul, des dessins animés que les acteurs ont pu voir défiler pendant leur enfance sont diffusés. "Les dessins animés montrent les Nord-Coréens méchants. Ce n'est pas du tout la pensée d'aujourd'hui. Ces bandes dessinées visent à provoquer la peur des Nord-Coréens. Aujourd'hui cela nous fait rire sur nos souvenirs d'enfance, c'est aussi une note d'humour".

D'humour, il y en a peu dans cette pièce sur l'incommunication et les mensonges dans une société prospère, consumériste, laborieuse, suractive.

Le TNB propose parallèlement une sélection de films sud-coréens choisis par l'actrice: "Les choix de Moon So-ri".

Arthur Nauzyciel a profité de sa première saison au TNB pour présenter à son nouveau public trois de ses créations pour mieux se faire connaître du public breton: outre L'empire des lumières, il y a déjà eu Julius Caesar et, à venir, Jan Karski (mon nom est une fiction).

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