Marquis de Sade, groupe mythique rennais  (1977-1981) remonte sur scène 40 ans après sa création. Le 16 septembre on retrouvera au Liberté à Rennes les quatre membres historiques, Philippe Pascal, Frank Darcel, Thierry Alexandre à la basse et Eric Morinière à la batterie. Le saxophoniste Daniel Paboeuf qui avait aussi posé son saxo sur les deux albums et fait plusieurs concerts rejoindra ses copains. Le guitariste Xavier Géronimi (Ubik) également, ainsi qu’un jeune clavier, Paul Dechaume du groupe "Les Vilars". Avant cette renaissance éphémère, rencontre et entretien avec Philippe Pascal et Frank Darcel.

Rencontrer deux piliers de Marquis de Sade provoque la tentation de refaire l’histoire de ce groupe fondateur. Mais est-ce qu’on pousse la porte d’un temple en espérant des confidences sur la création ? Rapidement, on remet donc les pieds sur terre et dans ses petits souliers. Qui a envie de connaître la genèse et la carrière de Marquis de Sade peut facilement se plonger dans les livres ou sur la toile. On ne pourra que vous recommander par exemple Rok, tome 1, aux Editions de Juillet.

Reste qu’on est heureux d’apprendre que 36 ans après "sa mort", le Marquis renaît de ses cendres pour remonter sur scène, et là, on aimerait bien savoir pourquoi. Ceux qui parmi les premiers ont su digérer le rock ou le blues - on ne peut tout de même pas partir de rien - ont dépassé les genres pour proposer un style nouveau sur la scène française, un esprit punk avec un son new wave ascendant cold.

Ces jeunes gens modernes ont aussi démontré que le talent et l’innovation pouvaient naître ailleurs qu’à Paris. Deux albums et des centaines de concerts suivront avant la mort du groupe en avril 1981

Au-delà de la musique, le projet de Teenage Kicks

La renaissance de Marquis de Sade s'inscrit dans le projet artistique de Teenage Kicks. Vingt quatre artistes vont créer chacun une œuvre pour illustrer un titre du groupe.

Patrice Poch de Teenage Kicks explique le projet avec Marquis de Sade
Un reportage d'E. Pinault, JM. Piron, B. Van Wassenhove, G. Hamon, J. Rueil, G. Poiron

Philippe Pascal, chanteur de Marquis de Sade / © E. Pinault - France 3 Bretagne
Philippe Pascal, chanteur de Marquis de Sade / © E. Pinault - France 3 Bretagne

Philippe Pascal : "C’est Patrice Poch l’élément déclencheur. C’est un plasticien rennais. Il est aussi un merveilleux archiviste de la musique. Il m’avait interpellé en 2011 lors de l’exposition "Rennes 1981" et ce qui m’avait bluffé c’est qu’il avait retrouvé des bandes et sorti un vinyle à compte d’auteur de P38, un groupe important de la scène rennaise de l’époque, groupe punk assez radical dans la lignée des Clash et qui n’avait jamais enregistré. Il y a six mois il m’a appelé pour me dire qu’il préparait une exposition pour fêter les 40 ans du groupe Marquis de Sade.

Ce qui est intéressant c’est qu’à partir des cendres d’un groupe mort il y a 36 ans il propose de faire quelque chose de nouveau en faisant appel à des plasticiens. Son exposition méritait ça, qu’on remonte sur scène pour revisiter ces vieux morceaux "

© Patrice Poch
© Patrice Poch

 

L'empreinte du souvenir


Frank Darcel : "Y’a pas de nostalgie, c’est plus un hommage à notre public de l’époque, à la ville de Rennes qu’on a connue. L’idée c’est de proposer un concert dans l’esprit du premier album (Dantzig Twist, 1979) qui nous semblait le plus symbolique de ce qu’on a fait à l’époque ."

© E. Pinault - France 3 Bretagne
© E. Pinault - France 3 Bretagne

Sourires entendus des deux compères : Philippe Pascal n’a jamais caché que le second album ("Rue de Siam", 1981) s’éloignait pour partie de ses choix artistiques. Début de la fin du combo rennais, et après tout, l’histoire serait moins belle s’il fallait y ajouter un chapitre sur l’album de trop.

Marquis de Sade : le retour sur scène du groupe mythique
Un reportage d'E. Pinault, JM. Piron, B. Van Wassenhove, G. Hamon, J. Rueil, G. Poiron / avec Philippe Pascal, Marquis de Sade - Frank Darcel, Marquis de Sade

Chacun s’en est donc allé vers d’autres projets, d’abord Marc Seberg pour Philippe, Octobre pour Frank. Il y en aura d’autres, mais aucun ne laissera la trace de Marquis de Sade. Pourquoi ? Les premiers concernés ne s'expliquent pas eux- mêmes la force de cette empreinte. Ils composaient dans l’urgence de faire table rase d’une musique rock devenue redondante, technique…

Frank Darcel  se souvient : "À partir de là, le punk et le message anarchiste ont fait tilt dans pas mal de têtes et à Rennes il s’est passé quelque chose assez vite. L’autre chance qu’on a eue, c’est de ne pas être trop prêt des journalistes qui faisaient et défaisaient les réputations à l’époque, pas trop prêts des maisons de disques non plus, donc pas signé trop vite. On a pu travailler longtemps pour trouver notre son. Je pense que si on avait été un groupe parisien il se peut que rien ne se serait passé parce qu’on aurait été distrait par tout un tas de choses."

Quand Marquis de Sade réécoute Marquis de Sade


Le 16 septembre, Marquis de Sade remonte sur scène et aborde avec fraîcheur ce nouveau rendez-vous avec le public. Il y a quatre mois, avant même de reprendre les instruments et les micros, les artistes se sont mis à réécouter leur propre musique et presque à la redécouvrir.

 


Philippe Pascal : "les morceaux sont truffés de breaks improbables, quand on s’est mis à réécouter on s’est dit, mais pourquoi on faisait ce break, pourquoi on a mis un pont ici, c’est des morceaux qui sont tous construits bizarrement."

Frank Darcel : "on se demande pourquoi les structures sont aussi erratiques par moment et on recherche comment on le faisait à l’époque. C’est un répertoire qu’on se réapproprie sans y avoir touché pratiquement pendant 35 ans. Les premières répés c’était spécial, est-ce que ça va sonner ou pas, et après quelques répétitions on a réalisé que ces morceaux continuaient d’exister."


Quelque part c’est se réconcilier avec quelqu’un qu’on avait oublié, le jeune homme en colère de Marquis de Sade je ne savais plus qui c’était. (Philippe Pascal)



La voix de Marquis de Sade ajoute : "C’est très particulier de me remettre à chanter comme à l’époque parce que dès le groupe suivant  j’ai complètement abandonné cette façon de chanter. Je répète avec plaisir, c’est drôle, c’est plaisant."

Leur public attend aussi de les retrouver avec plaisir. Marquis de Sade remet les pieds dans le présent, quelques rides sur le front mais pas dans sa musique. "We gonna twist to the end now !"