Rennes : les radis d'Ar Furlukin menacés de disparition ?

Des radis apposés sur des façades rennaises ont déjà commencé à disparaître / © Ar Furlukin
Des radis apposés sur des façades rennaises ont déjà commencé à disparaître / © Ar Furlukin

Les Rennais les connaissent bien : les radis de l'artiste Ar Fulukin ornent les façades de particuliers, de commerçants. Depuis quelques semaines un commando anonyme envisage une cueillette, ne trouvant pas ce légume en polystyrène à son goût. Derrière cette initiative virtuelle, un débat sur l'art.

Par Emilie Colin

Le radis est la pièce maîtresse de l'artiste Ar Furlukin. Depuis le début de l'année, il a fait ce pari artistique d'en installer mille à travers Rennes, un défi en passe d'être réussi puisqu'en juin il en était déjà à 600. Ces radis se dressent sur les façades de particuliers, ou de commerçants. Tous ont fait le choix de cet ornement. 

Cette floraison est apparemment loin de faire l'unanimité. Depuis plusieurs semaines, les radis disparaissent à l'appel d'un collectif anonyme, lequel a posté un événement sur les réseaux sociaux : "Cueillette de Radis Géante Collective suivie d'une Salade Party".
Cette cueillette est prévue pour le 20 septembre sauf qu'une centaine de radis a déjà disparu selon Ar Furlukin. Derrière la page, un collectif nommé "Maurepas, quartier le plus joyeux de France".

"Un événement virtuel"


Contacté via Facebook, le collectif artistique répond que leur démarche n'est que virtuelle et décline toute responsabilité dans la disparition récente des radis. "C'est 100% virtuel, nous n'appelons surtout à aucun événement réel." "Ça fait simplement partie de notre procédé artistique d'utiliser les réseaux sociaux pour lancer des événements virtuels... vous savez, il y a quelques années, il y avait de grands flash mob dans les rue, au Louvre, à New-York... nous, nous faisons EXACTEMENT l'inverse ! Des événements 100% virtuels ! C'est à la fois une façon de dénoncer le monde virtualisé dans lequel nous vivons, mais aussi un biais nécessaire pour l'art contemporain."

Toujours selon le collectif et à propos d'Ar Furlukin : Je pense qu'il a été très contrarié de nos critiques. Au lieu d'être créatif, novateur, de créer un événement autour de ça, de jouer avec nous (on était tout prêt à jouer avec lui ! C'est ça le Street Art !) il a lancé une polémique. 

Inquiétude de l'artiste et de certains riverains


Ar Furlukin a justement laissé un message sur la page Facebook des organisateurs, et explique ne pas avoir obtenu de réponse. "Je prends ça au sérieux" dit-il, "tout ça est fait de manière anonyme. Je suis allé poser une main courante ce matin et j'ai fait un signalement à la police."

L'artiste rappelle que les radis sont ses œuvres d'art et que de les détruire serait du vandalisme. Il souligne aussi qu'ils se trouvent sur les façades de particuliers, également propriétaires de ces œuvres. Il s'agira alors d'une atteinte à la vie privée, de ces gens-là. Une dizaine d'entre eux s'inquiètent d'ailleurs de cette possible cueillette. 

Un débat sur le street art


Sur la page Facebook de l'événement, l'initiative de la cueillette est diversement appréciée, jugée parfaitement inutile et radicale, prise au premier degré peut-être. Claire s'interroge : "Vous allez donc en profiter pour nettoyer les trottoirs ? faire de la sensibilisation pour les vitrines allumées la nuit ? Organiser des évènements sur l'écologie en ville ? Plutôt que de proposer cette action sans queue ni tête, agressive, être pédagogiques et utiliser des moyens de communication, dans le dialogue et l'échange, sur les problèmes écologiques que peut causer le polystyrène utilisé pour les radis, c'est possible ?"

Certains posent la question du street-art et du côté mercantile de la démarche d'Ar Furlukin, tandis que d'autres crient à la censure. Les commentaires varient entre sérieux et absurde. Bref, le radis fait débat. 




Sur le même sujet

Manifestation des dentistes : rencontre avec un praticien en Ille-et-Vilaine

Près de chez vous

Les + Lus