Nichée dans un écrin de verdure, au fin fond d'une ria, à mi-chemin entre Lorient et Vannes, la commune d'Auray, 13 400 habitants, est une cité qui ne manque ni de charme, ni de caractère. Sa renommée lui vient d'abord de Saint-Goustan, son magnifique petit port mais aussi de ses ruelles pavées, de ses maisons à pans de bois de style médiéval, mais aussi de la multitude de boutiques, galeries et ateliers d'artistes et d'artisans. Suivez le guide.

Histoire et Patrimoine de la ville d’Auray

Le port de Saint Goustan

Auray s’est bâtie tout au fond de la ria du Loch, là où l’on pouvait traverser à pied à marée basse. Dès le Moyen Âge le port de Saint-Goustan devient une escale importante pour les bateaux de commerce qui font du cabotage. D’ici partent des vaisseaux remplis du bois de la forêt de Camors ou de céréales … Arrivent aussi du vin, du fer et du cuir d’Espagne.
A Saint-Goustan se trouvent aussi parmi les plus importants chantiers navals de Bretagne sud… Une activité qui va perdurer jusqu’à être supplantée par les chantiers de Lorient au XVIIe siècle.

La ville d'Auray s'est construite autour du port de St-Goustan qui était une escale pour les bateaux de commerce / © Service archives et patrimoine de la ville d'Auray
La ville d'Auray s'est construite autour du port de St-Goustan qui était une escale pour les bateaux de commerce / © Service archives et patrimoine de la ville d'Auray

Le pont de pierre

La construction du pont en pierre fait de Saint-Goustan un passage obligé pour toutes les diligences qui relient Nantes ou Vannes à Quimper et Brest. C’est une aubaine pour le Duc de Bretagne qui y perçoit un droit de passage. En 1201 le Duc Arthur Ier fait édifier un château en pierre sur la colline surplombant le port et le pont, un château qui sera démembré après le rattachement du Duché de Bretagne à la France en 1558.

Le pont de pierre de Saint-Goustan 1915-1925 / © Service archives et patrimoine de la ville d'Auray
Le pont de pierre de Saint-Goustan 1915-1925 / © Service archives et patrimoine de la ville d'Auray


1776, Saint-Goustan entre dans l’histoire d’indépendance américaine

La guerre d’indépendance débute en 1775. Pour financer la guerre des colonies contre l’Empire Britannique, le Congrès américain envoie des émissaires en France pour demander son soutien. Benjamin Franklin quitte alors Philadelphie, cap sur Nantes où il doit remonter la Loire jusqu’à Paris. Mais la météo va chambouler les plans. Le vent empêche le navire de s’approcher de la Loire et le navire est contraint de mouiller en baie de Quiberon. Le 4 décembre 1776, Benjamin Franklin débarque à la voile dans le port de  Saint-Goustan. Aujourd’hui le quai principal du port porte le nom du célèbre homme politique américain.

Pour aller plus loin: le site des archives départementales du Morbihan

En 1776 l'émissaire des américains en lutte pour leur indépendance débarque fortuitement à Saint-Goustan pour demander de l'aide aux français
En 1776 l'émissaire des américains en lutte pour leur indépendance débarque fortuitement à Saint-Goustan pour demander de l'aide aux français

La place de la République

La place de la République a toujours été le lieu d’exercice des pouvoirs. Ici étaient concentrés le pouvoir politique avec l’hôtel de ville, le pouvoir commercial avec les halles médiévales en bois et le pouvoir judiciaire abrité dans un bâtiment accolé aux halles. A l’étage de ce dernier loge un petit théâtre à l’italienne qui vient tout juste d’être inscrit aux monuments historiques.
L’hôtel de ville d’Auray est terminé en 1782. L’architecte Jean Detaille de Kerroyant s’inspire de l’hôtel de ville de Rennes mais délaisse les matériaux de la région et l’architecture locale pour un calcaire de Taillebourg (Charentes) et un style purement français.
Sur son fronton le blason de la ville arbore l’hermine du Duc et les trois lys de la royauté.

La place de la République, la façade de l'hôtel de ville et le clocher de l'église Saint-Gildas, avant 1905 / © Service archives et patrimoine de la ville d'Auray
La place de la République, la façade de l'hôtel de ville et le clocher de l'église Saint-Gildas, avant 1905 / © Service archives et patrimoine de la ville d'Auray

La prison

Situé rue du Jeu de paume l’édifice aux larges fenêtres ressemble davantage à une belle demeure du 18eme qu’à une prison. C’est pourtant la prison d’Auray construite en 1788. Deux cellules témoignent encore des conditions de vie de ces prisonniers enchaînés et immobilisés sur ces planches de bois. Ici a notamment été enfermé Georges Cadoudal, le chef de la chouannerie bretonne.

Georges Cadoudal, héros de la chouannerie bretonne

Georges Cadoudal est né dans le hameau de Kerléano le 1er janvier 1771 dans une famille de paysans aisés.
En 1793 il prend les armes pour s’opposer à la conscription lors de la levée de masse. Mais la rébellion des paysans bretons échoue et Cadoudal part en Vendée où il participe aux différentes batailles. A son retour dans le Morbihan il prend le commandement des troupes de Chouans qui se forment dans le pays d'Auray et devient rapidement le chef de l’armée royale et catholique de Bretagne.
Après avoir tenté d’assassiner puis d'enlever le 1er consul, il est abandonné par les paysans et traqué par la police. Il est finalement arrêté à Paris et guillotiné le 25 juin 1804 sur la place de Grève.

Georges Cadoudal est un fils de paysans aisés d'Auray qui deviendra le chef des chouans bretons / © Service archives et patrimoine, ville d'Auray
Georges Cadoudal est un fils de paysans aisés d'Auray qui deviendra le chef des chouans bretons / © Service archives et patrimoine, ville d'Auray

Un mausolée a été construit en sa mémoire à Kerléano avec la participation des habitants. 

Pour en savoir plus :
Le site des Archives départementales
L'ouvrage de Jean Guillot  « Révolution et chouannerie en Morbihan » aux Editions des Montagnes Noires.

Auray cité d'histoire et de patrimoine
Auray est une ville au riche patrimoine historique. Visite guidée.  - M. Villaverde / M.A.Mouchere / V.Surrault / T.Descamps

Le quartier de la gare

Le chemin de fer arrive à Rennes en 1857 et va gagner petit à petit les 4 coins de la Bretagne. Auray se trouve à la croisée des lignes est-ouest et nord-sud, et hérite ainsi d'une gare et d'un entrepôt. La construction se termine vers 1862 sur des terrains appartenant à la commune de Brec'h. Alors qu'ils ne s'y intéressent pas dans un premier temps, les bourgeois et les commerçants alréens réalisent après réflexion l’intérêt que représente l’arrivée du train. En 1865 la ville décide d’annexer ces terrains à la commune de Brec'h.


Le chemin noir (devenue avenue Jean Jaurès) menait à la gare d'Auray. Il fût ainsi nommé car construit avec du mâchefer. Carte postale datée vers 1935 / © Service archives et patrimoine de la ville d'Auray
Le chemin noir (devenue avenue Jean Jaurès) menait à la gare d'Auray. Il fût ainsi nommé car construit avec du mâchefer. Carte postale datée vers 1935 / © Service archives et patrimoine de la ville d'Auray

Avec la gare arrivent les employés des chemins de fer et leurs familles…des centaines de nouveaux habitants qu’il faut loger à près de 2 km du centre-ville… Les plus aisés se font construire des villas aussi imposantes qu’originales…

En 1916 la société des chemins de fer emploie 260 personnes à Auray. Cinq ans plus tard on compte 460 cheminots pour 1000 habitants. C’est la crise du logement…  la création du Cottage breton, l’ancêtre des HLM, va aider à la résoudre…
Les maisons construites par le Cottage Breton, ancêtres des HLM / © Service Archives et Patrimoine de la ville d'Auray
Les maisons construites par le Cottage Breton, ancêtres des HLM / © Service Archives et Patrimoine de la ville d'Auray

En quelques décennies le nouveau quartier de la gare prend forme. Autour des maisons apparaissent une école, une église, des commerces et des cafés, comme le café Beg Du, « gueule noire » en breton. C’est là que venaient se rafraîchir, discuter et boire, les « roulants » aussi appelés les vaporeux c'est-à-dire les personnels navigants des trains, qui avaient la gueule noire à travailler sur les machines.

Le Café Beg Du est la dernière trace visible du passé mais les mémoires alréennes se souviennent encore du chemin noir, de Dakar et du village nègre… des toponymes qui témoignent de la forte identité ferroviaire du quartier.

Pour plus d’information : Le site de la ville d'Auray


La naissance du quartier de la gare d'Auray
L'arrivée du train a façonné le visage de la ville. Visite guidée du quartier et retour sur l'histoire de la Kevrenn Alré. Reportage de M.Villaverde MA.Mouchere, V.Surrault, T.Descamps - M.Villaverde/MA.Mouchere /V.Surrault/T.Descamps


Les cheminots d'Auray fondateurs de la Kevrenn Alré, le bagad d'Auray

En 1950 Pierre Guillet, cheminot et musicien alréen, découvre l'existence la kevrenn de Carhaix et décide de lancer la Kevrenn d'Auray. En 1952, avec quelques amis cheminots ils se retrouvent pour apprendre la musique car la plupart ne sont que mélomanes et ne savent pas lire les partitions. Les répétitions se déroulent dans les entrepôts et dans les champs alentours quand il s'agit d'apprendre à marcher au pas. 

La Kevrenn Alré devant le café le Terminus du quartier de la gare d'Auray. Photo des années 1950-60.
 / © Service archive et patrimoine de la ville d'Auray
La Kevrenn Alré devant le café le Terminus du quartier de la gare d'Auray. Photo des années 1950-60. / © Service archive et patrimoine de la ville d'Auray

Les instruments sont glanés à droite à gauche et les bombardes sont même améliorées dans les entrepôts des chemins de fer où se trouvent les machines outils: on y tourne des clefs de bombarde pour élargir la gamme.
Les 2 ou 3 musiciens apprennent les morceaux à ceux qui ne savent pas déchiffrer les partitions. Ces derniers les apprennent par coeur. Yves Audren, fils d'un des fondateur de la Kevrenn se souvient que lors de sa première sortie le bagad ne connaissait que 3 morceaux qui furent jouer en boucle pendant pas moins de 10 km.

"J'Auray voulu être un artiste"


Le pays d’Auray est aussi un territoire d’art et d’artisanat. On ne dénombre pas moins de 90 artistes professionnels et de nombreux ateliers et galeries. Parmi eux de peintres, des sculpteurs, des illustrateurs, des céramistes, des fondeurs ou encore des grapheurs.

Certains d’entre eux ont atterri là pour la beauté des paysages et la douceur de vivre.

C'est le cas d'Anne Kerdavid, céramiste, qui a eu un coup de coeur pour la rue du Château qui concentre de nombreux ateliers.
Les terres d'Anne Kerdavid, céramiste installée rue du Château à Auray / © M.Villaverde
Les terres d'Anne Kerdavid, céramiste installée rue du Château à Auray / © M.Villaverde

D’autres ont souhaité se rapprocher du foisonnement artistique de la cité morbihannaise. Les artistes attirent les artistes. Parmi les derniers arrivés il y a Aphone, artiste grapheur originaire de Bourgogne qui a trouvé ici ce qu'il recherchait: un cadre de vie agréable et d'autres grapheurs avec qui partager des projets. Avec Toma et Dom ils ont créé l'atelier-galerie Les gens déjantés qui propose, en plus d'exposer leurs travaux, de nombreuses animations ouvertes à tous.
L'atelier-galerie Des Gens Déjantés avec Aphone, Toma et Dom, les artistes fondateur du lieu / © M.Villaverde
L'atelier-galerie Des Gens Déjantés avec Aphone, Toma et Dom, les artistes fondateur du lieu / © M.Villaverde

Le plus grand regroupement d’artistes professionnels de Bretagne.
 

L’association Auray Pays d’Artistes (APA) a été créée en 2009. Avec une soixantaine d’artistes adhérents, elle est la plus importante association d'artistes professionnels en Bretagne.

L’APA a pour but de créer du lien entre des artistes souvent isolés dans leurs ateliers. Ensemble les artistes peuvent organiser des manifestations de plus grande ampleur comme l’exposition Expressions organisée chaque année. Les artistes gagnent ainsi en visibilité.

Mais l’association est aussi un interlocuteur de poids face aux municipalités quand il s’agit de négocier des mises à disposition de lieux ou de matériel.

Depuis cet été l’APA propose des itinéraires pédestres dans la ville. Il s'agit d’accompagner les visiteurs pour les aider à passer le pas et à entrer dans les galeries et les ateliers à la rencontre des artistes. Une initiative qui ravit les artistes comme les promeneurs.

J'Auray voulu être un artistes
Auray est une territoire d'art et d'artisanat. Nous sommes allés à la rencontre de quelques artistes.  - M.Villaverde/MA.Mouchere/V.Surrault/T.Descamps

 

Balade sur la rivière d'Auray

La rivière d’Auray et la rivière du Bono
 



La rivière d’Auray est le nom donné à la rivière du Loc’h quand celle-ci arrive au niveau de la ville. C’est est un petit fleuve côtier du Sud Morbihan qui mesure environ 38 kilomètres. Le Loc’h, qui prend sa source à Plaudren, est rejoint par le Sal appelé également la rivière du Bono au niveau du port du même nom, et se jette dans le golfe du Morbihan.

Les paysages de la rivière d’Auray, en particulier les ports de Saint-Goustan et du Bono sont emblématiques du département. Les paysages de la vallée sont riches et variés. On y trouve de nombreuses vasières et des berges boisées. Au niveau de la baie de l’Ours, en aval du Bono, les chantiers ostréicoles jonchent les abords de la rivière.


Le Bono, précurseur de l’ostréiculture


Alain Brulé, habitant du Bono s’est passionné pour histoire de sa commune et en particulier pour son patrimoine maritime. En 1865 sur la rivière du Bono s’ouvre un grand chantier ostréicole qui appartenait à Monsieur De Thévenard, notaire et maire d'Auray. C’était le début de l’ostréiculture en rivière. Ce monsieur fut un précurseur dans le domaine, bien avant que l’ostréiculture s’étende à toute la côte. Dans les années 1950 il y a eu 200 terre-pleins ostréicoles au Bono représentant 150 petites entreprises.


Le Bono, une ancienne zone de captage des huîtres plates


L’ostréiculture du Bono a eu sa spécificité. La rivière du Bono, de la chapelle de Saint-Avoye jusqu’à Locmariaquer, était tapissée de gisements naturels d’huîtres plates, ce qui a permis de mettre en place leur captage. L’activité est initiée en 1960 mais en 1974 une épizootie, commencée dans les abers, a décimé l’espèce. L’ostréiculture a ainsi disparu de la commune du Bono car la rivière, à cet endroit, n’est pas adapté à l’élevage.
Parcs ostréicoles sur la rivière d'Auray / © M.Villaverde
Parcs ostréicoles sur la rivière d'Auray / © M.Villaverde

Le forban Notre Dame de Béquerel, dernier témoin d’une époque révolue


Notre-Dame de Béquerel est une réplique des forbans du Bono, les bateaux de pêche traditionnels de la première moitié du XXe siècle. C’est une chaloupe creuse non pontée, gréée au tiers et armée pour la pêche au chalut à perche.

Notre-Dame de Béquerel, le forban du Bono, toutes voiles dehors / © M.Villaverde
Notre-Dame de Béquerel, le forban du Bono, toutes voiles dehors / © M.Villaverde

En 1906 le Bono ne comptait pas moins de 94 forbans qui faisaient vivre toute une communauté maritime.
 

Notre-Dame de Béquerel, une histoire de passionnés


En 1989, une poignée de passionnés de patrimoine maritime crée l’association Le Forban du Bono et décide construire une réplique du bateau mythique. La construction débute en novembre 1990 et se termine en juin 1991. Ce sont des apprentis charpentiers de marine du centre AFPA d’Auray qui vont reconstruire le forban, supervisés par les professionnels du chantier du Guip. C’est grâce à un certificat de jauge, à de vieilles cartes postales et à quelques témoignages d’anciens que la chaloupe a pu être reconstruite.
Aujourd’hui l’association continue à entretenir et faire naviguer le bateau. Elle compte une centaine d’adhérents.


La rivière d'Auray, par voie de terre ou de mer, est propice à la contemplation mais aussi au recueillement. C'est là que Lionel Le Maguer a choisi d'installer ses Jardins de mémoire. Un site cinéraire unique en France.

Les jardins de mémoire, un lieu de recueillement hors norme

Il y a 20 ans Lionel Le Maguer achète un bout de terrain au bord de la rivière du Bono pour déposer au pied d’un arbre les cendres d’un ami défunt conformément à ses souhaits. Cette initiative va susciter la curiosité de quantité de gens. Lionel Le Maguer décide alors d’ouvrir le lieu à d’autres familles traversant un deuil. Les jardins de mémoire sont nés.

Les "jardins de mémoire", un site cinéraire au bord de la rivière du Bono / © F3 Bretagne
Les "jardins de mémoire", un site cinéraire au bord de la rivière du Bono / © F3 Bretagne


Aujourd’hui ces jardins font 45 hectares et accueillent près de 1000 familles qui peuvent choisir leur arbre. Oliviers, chênes verts, chênes des marais, magnolias, hêtres pourpres, tulipiers de Virginie,  Lionel Le Maguer leur propose une soixantaine d’essences.
Chaque famille peut ensuite venir quand bon lui semble et peut aménager le lieu à  sa convenance. On voit ici des tables et des chaises, des transats, des arbres enguirlandés ou encore des sculptures. Le dimanche et encore plus à la Toussaint les jardins de mémoire deviennent un lieu de célébrations familiales.

 

L'écrin magique de la rivière d'Auray
Balade sur la rivière d'Auray et du Bono à bord de Notre Dame de Béquerel et découverte des jardins de mémoire, site cinéraire unique - M.Villaverde/MA.Mouchere/V.Surrault/T.Descamps