Depuis bientôt cinquante ans, dans plusieurs villes bretonnes et dans toute la France, des grands ensembles ont été construit pour répondre à une demande urgente de logements. Aujourd'hui, la plupart de ces cités sont situées dans des zones que l'on appelle "les quartiers prioritaires". Leur image est souvent brouillée par différents faits divers liés principalement au trafic de drogue. Mais au quotidien, de multiples acteurs font en sorte de rendre la vie de ces quartiers plus agréable. Exemple avec le quartier de Kercado à Vannes. 

Historique

Dans les années 60, un peu partout en France, de grands ensembles font leur apparition. Les négociations sont engagées avec les collectivités pour créer plusieurs millions de logements en très peu de temps.À Brest, Rennes, Lorient, après la période de reconstruction arrive le temps de l’urbanisation. Héritage de l’après-guerre, les familles s’entassent dans des logements souvent insalubres. Pour trouver de l’espace, les communes comme Rennes préemptent ou saisissent des terres agricoles. Ainsi va naître le quartier du Blosne.

Les « ZUP », zones à urbaniser en priorité se multiplient. Elles sont bien souvent liées à l’installation ou au développement de sites industriels comme l’usine Michelin à Vannes ou l’usine Citroën près de Rennes.
L’arrivée des HLM est vécue comme une avancée considérable. On y voit la modernité, le confort. À la télévision, on diffuse les images d’élus qui pavanent dans les salons. Les ouvriers qui ont participé à la construction des ensembles s’installent eux aussi dans ces quartiers.

historique quartier prioritaire
intervenants: Georges Lombard- Maire de Brest de 1959 à 1973-Gilbert Gaultier Directeur de l'institut d'aménagement et d'urbanisme de Rennes.


Les éducateurs de rue


Près de 50 plus tard, les images associées à ces quartiers sont majoritairement négatives : zone de tension, trafic de drogue, nuisance sonore… La liste est longue. La « politique de la ville » visant à revaloriser les zones dites sensibles peine à s’imposer.

L’appellation « ZUP » a disparu depuis longtemps. On parle désormais de « quartiers prioritaires ». Ils sont au nombre de 2 314 en France, dont 44 en Bretagne.

Le quartier de Kercado à Vannes est l’un de ces quartiers. Il est sorti de terre lui aussi à la fin des années 60. Aujourd’hui, se sont près de 5 000 personnes qui habitent le quartier. 50% de la population à moins de 30 ans…C’est dire l’importance de la jeunesse dans cette partie de la ville où le taux de chômage est l’un des plus élevé du Morbihan.

Depuis 9 mois, quatre éducateurs de prévention spécialisée, plus communément appelés « éducateurs de rue » sont présents sur le terrain. Ils appartiennent à l’association Sauvegarde 56. Leur intervention a pour objectif de lutter contre la marginalisation. Ils proposent aux habitants et notamment aux jeunes de les accompagner dans leur démarche de recherche d’emploi, d’orientation, de problématique familiales. Accueillis avec distance dans un premier temps, les quatre éducateurs commencent peu à peu à se faire accepter. Si la majorité des discussions se fait au pied des tours, Marie aime à rappeler qu’ils disposent d'un local ou le jeune peut passer pour imprimer un CV, partager un café, se confier, toujours de façon anonyme.

Les éducateurs de rue à kercado
Intervenants: Tony, Jérémie Dalle Ekollo Sauvegarde 56- kawtar- Marie Duret Sauvegarde 56

"Mine de rien"


L’association "Mine de Rien" existe elle depuis 10 ans. Elle est devenue l’un des piliers de la vie  à Kercado. Marion Couchoud, sa fondatrice, est maman de huit enfants. Accompagnée d’autres habitants du quartier, elle a eu cette idée de créer un lieu où l’on pourrait parler de ses problèmes de parents sans « jugement ». Un lieu où l’on peut venir échanger, s’amuser, se reposer du quotidien pas toujours très « rose » de la cité.

Fabrication de sablés à Mine de Rien  / © A.Castier
Fabrication de sablés à Mine de Rien / © A.Castier

L’une des premières activités mises en place a été les jardins partagés. Et puis sont arrivés les temps de « parentalité ». Des après-midi où les parents (principalement des mamans) viennent partager avec leur enfant un moment convivial autour d’une activité créative. 

La parentalité au coeur des animations de l'association Mine de Rien  / © A. Castier
La parentalité au coeur des animations de l'association Mine de Rien / © A. Castier

 

Un mercredi après midi à Mine de Rien
Intervenants: Aïcha Bon Mohamed/Btissam Smaili Coordinatrice de l'association "Mine de rien"/Madoussou Touré- Reportage: A.castier/C.Rousseau/JF.Barre/ G.Poiron



Recycler des vélos 


C’est aussi avec "Mine de rien" que s’est développé l’impressionnant atelier du « Répa Vélo », audacieux lieu de recyclage des bicyclettes. Là encore, c’est collectivement que l’on réussit à faire des choses extraordinaires. Grâce à une équipe de bénévoles, qui nécessite régulièrement un peu de sang neuf….des vélos partis à la poubelle bénéficient d’une seconde vie. Au total, 150 vélos trouvés dans les déchetteries de l’agglomération sont chaque année remis en état. Détail qui a son importance…le futur propriétaire de bicyclette met lui aussi les mains dans le cambouis pour participer à la réparation du vélo. Depuis le début du mois d’octobre, « Répa Vélo » a poussé les murs et dispose désormais d’un atelier plus grand, toujours situé au pied des tours.


Répa Vélo
Intervenants: Ravi Toolseedas Bénévole Répa Vélo/Jean pierre Jan Mécanicien bénévole

Le quartier de Kercado regroupe une population d’origine étrangère relativement importante. Ces dernières années, les immigrés viennent de Géorgie, d’Albanie ou encore de Tchétchénie. Savoir lire et écrire en Français est indispensable pour s’intégrer et rechercher un emploi.

un cours de français au centre socioculturel de Kercado  / © A.Castier
un cours de français au centre socioculturel de Kercado / © A.Castier

Ainsi, le CEAS, centre d’étude et d’action sociale enseigne le français aux étrangers depuis plus de 25 ans. Les cours sont assurés par tout un réseau de bénévoles. A Vannes, ils se déroulent plusieurs fois par semaine dans les locaux du centre socioculturel de Kercado.

Séance d'alphabétisation à Kercado
Intervenants: Marie José le Ray Bénévole pour le CEAS (centre d'étude et d'action sociale)/Yasmina/Sukriye/Lamia/ Anastasia Bodo-conseillére en insertion professionnelle



L'accompagnement scolaire


Le centre socioculturel de Kercado est un lieu essentiel dans le quartier. Chaque jour, plusieurs centaines de personnes, habitant du quartier ou pas, pénétrent dans l’établissement. Une vraie fourmilière constamment en mouvement… L’équipement regroupe à la fois les structures d’accueil liées à la petite enfance, aux centres de loisirs, aux espaces jeunesse. Il héberge également de nombreuses associations. Parmi les animations proposées les plus fréquentées, il y a l’accompagnement scolaire. Une cinquantaine d’enfants viennent chaque soir recevoir un soutien personnalisé, grâce là aussi à un réseau de bénévoles important.

L'accompagnement scolaire
Intervenants: Max Morel Bénévole/Beren Eléve de 6éme/Yvonne Galichet Bénévole/Agnés Mahé Bénévole

"Désacraliser" la création d'entreprise 


Plus de la moitié des habitants de Kercado dispose d’un revenu moyen annuel  inférieur à 7500 euros. Pour favoriser la recherche d’emploi, différents dispositifs ont été imaginés ces dernières années, à l’attention des femmes notamment avec les Ailes pour l’emploi.

La création d’entreprise est également encouragée et « désacralisée ». Pour cela, depuis 3 ans, le programme du Cités Lab s’est installé dans deux quartiers de Vannes, à Kercado et Ménimur. Ce service gratuit est destiné à toute personne voulant se lancer dans une activité ou une entreprise, quel que soit son statut, son âge ou son sexe.

Cités Lab
Intervenants: Charline Houet Animatrice et chef de projet Cités Lab/Adrien Ferer Restaurateur

La coordinatrice du Cités Lab, Charline Houet, va ainsi à la rencontre des porteurs de projets pour leur proposer de les accompagner dans leur démarche. Elle anime également des ateliers collectifs et thématiques sous la forme de cafés-créations d’entreprise.

Adrien Ferrer, 26 ans, est ainsi parvenu à ouvrir son restaurant, une pizzeria, il y a 18 mois dans le quartier de Kercado. Lauréat du prix du talent des Cités en Bretagne, il est désormais en lice pour représenter la région au niveau national.