La SNSM, Société Nationale de Sauvetage en Mer, fête ses 50 ans cette année. Cinq décennies que tout au long du littoral, des hommes et des femmes se tiennent prêts à appareiller en 15 minutes, de jour comme de nuit, par tous les temps, pour aller sauver des vies en mer.

Un engagement de tout temps

Au Conquet, tout au bout de la pointe de Bretagne, on raconte parfois l’histoire de cet ancien patron de la vedette SNSM. Ce jour-là, il mariait sa seule et unique fille, quand, au milieu de la cérémonie, l’alerte a été donnée. Il a couru, dans ses beaux habits jusqu’à la cale, il a sauté à bord du canot et a regagné la noce, quelques heures plus tard.
        
Ce n’est qu’une anecdote, mais elle résume bien l’engagement de tous ces hommes et femmes, bénévoles à la SNSM.


La SNSM est née en 1967, de la fusion de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés et de la Société des Hospitaliers Sauveteurs Bretons.

Ces deux premières associations de sauvetage avaient vu le jour dans les années 1860. Deux drames terribles venaient de se dérouler. Le naufrage de l’Amphitrite, en 1833 à Boulogne sur Mer avait causé la mort de 118 femmes, 23 enfants et 14 hommes d’équipage. Celui de la Sémillante, dans les Iles Lavezzi, au large de la Corse en 1855 avait vu périr 393 fantassins et 293 hommes d’équipage.

A l’époque, pour espérer être secouru, il fallait croire en la chance. La radio, la VHF n’existaient pas. Heureusement, à terre, des gens veillaient : les douaniers parfois, ou les paysans, apercevaient au loin une embarcation en difficulté et donnaient l’alerte. Dans les ports, alors, les hommes couraient. On attelait le canot, des chevaux le tiraient sur la plage pour le mettre à l’eau, les sauveteurs embarquaient et n’avaient plus qu’à « tirer sur le bois », comme on disait alors, ramer pour essayer de trouver le bateau en perdition.

On raconte qu’à cette époque des canots à rame, les hommes rentraient souvent après de longues heures de mer, les mains et les fesses en sang.

Aujourd’hui, les bateaux sont équipés de radio, de radars. Les sémaphores et les Cross veillent, mais les accidents et les fortunes de mer continuent. Alors la SNSM poursuit sa mission. Elle dispose aujourd’hui de 187 stations réparties sur tout le littoral. Des équipes d’une vingtaine d’hommes et de femmes qui s’entrainent et se préparent toute l’année, au cas où. 

Au Conquet, l’équipe se retrouve tous les samedis matin, pour faire une sortie, réviser les procédures de réanimation, ou même parfois d’hélitreuillage. Ils sont appelés entre 20 et 30 fois chaque année. Parfois c’est un pêcheur en difficulté, un voilier en panne... Ou bien il faut partir la nuit, évacuer un malade ou un blessé de l’Ile de Molène ou de celle d’Ouessant.
Tous se sont engagés à appareiller en un quart d’heure. Le téléphone portable du président est toujours chargé, les voitures toujours garées dans le sens du départ, et les vêtements posés dans le couloir, prêts à être enfilés !

 

La formation indispensable

Autrefois, les équipages se composaient dans les ports. Des marins venaient au secours d’autres marins. Les pêcheurs formaient les équipages, mais les effectifs de la  profession s’amenuisent. Aujourd’hui, moins de la moitié des sauveteurs embarqués sont issus du monde de la mer.

Alors en 2011, la SNSM a ouvert un centre de formation à Saint-Nazaire. Des formateurs, bénévoles eux aussi, organisent une soixantaine de stages par an. En 2015, ils ont formé 560 équipiers.

Stage au pôle national de formation à Saint-Nazaire : les équipiers apprennent à se servir d'un semi-rigide © S. Breton


Les canots de la SNSM sont équipés de systèmes de recherche et de localisation des naufragés, de matériel de premier secours, et les missions sont de plus en plus complexes. Il faut aussi savoir se coordonner avec les Cross, la Gendarmerie, les médecins. En quelques jours, les équipiers se forment à tout ce matériel, à toutes ces techniques. 

En 2015, les 4 400 sauveteurs embarqués de la SNSM ont secouru 6 132 personnes.

 

En mer ... et sur les plages

Présente en mer, la SNSM l’est aussi sur les plages. Elle assure la sécurité dans 259 postes de secours, un tiers du littoral français. Les jeunes gens qui surveilleront votre baignade cet été, se prénomment Yann, Marie ou Antoine. Ils se sont entraînés toute l’année à Lorient ou dans l’un des 32 Centres de Formation et d’Intervention de l’association.

Exercice pratique à Larmor-Plage : comment ramener à terre une victime consciente ? © S. Breton

En septembre, ces apprentis sauveteurs ont effectué des tests, puis suivent 400 heures de formation. En plein hiver, quand la mer est à 9 degrés, ils n'hésitent pas à se jeter à l’eau ! Faire et refaire, les exercices d’évacuation de la victime consciente, de celle qui ne respire plus. Répéter les gestes, pour être prêts, le jour où ils seront en poste, sur la plage.

L’an dernier, les nageurs sauveteurs ont secouru 1 600 personnes, soigné 17 000 vacanciers.

 

Une mission de service public ... à sauver

Une vie ça n’a pas de prix, un bateau ça en a un, écrit souvent la SNSM sur ses affiches. 80% de ses 30 millions de budget proviennent des dons.


En janvier 2016, le Premier Ministre a demandé à Chantal Guittet, députée PS du Finistère, de rédiger un rapport sur la pérennisation du financement de la SNSM. Le sauvetage en mer est une mission de service public, mais l’état ne verse à l’association que 4 millions d’euros par an. En comparant avec ce qui se passe dans d’autres pays, la députée estime que le coût réel des secours en mer s’élèverait à 160 millions d’euros chaque année.

Quant à la solidarité des gens de mer, la députée s’interroge parfois. Les plaisanciers représentent aujourd’hui 80% des interventions de la SNSM, mais sur les 600 000 plaisanciers français, 70 000 donnent à l’association, 1 sur 10 !

Dans son rapport, Chantal Guittet préconise une hausse de la participation de l’état, elle  a obtenu que les casinos embarqués sur les Ferries versent une partie de leurs gains à l’association, enfin, quand elles fourniront de l’électricité, les éoliennes en mer seront taxées pour financer la SNSM


Le président de la SNSM, Xavier de La Gorce n’hésite pas à dire aujourd’hui qu’il faut sauver les sauveteurs !
        
En 2017, à l’occasion de ses 50 ans, la SNSM a été déclarée Grande Cause Nationale. En juin, pour la première fois, sera organisée une journée nationale du Sauvetage en mer.