Pierre-Yves Leprince, l'orléanais en lice pour le prix Renaudot

Pierre-Yves Leprince, sélectionné pour le prix Renaudot. / © Catherine Hélie Gallimard
Pierre-Yves Leprince, sélectionné pour le prix Renaudot. / © Catherine Hélie Gallimard

"Les enquêtes de Monsieur Proust" (Gallimard) est sélectionné pour le prix Renaudot. Un roman de l’écrivain et scénographe Pierre-Yves Leprince, originaire d’Orléans. L'auteur nous livre ses premières impressions sur sa sélection et nous explique comment est né son amour pour Proust.

Par D.Cros

La dernière sélection pour le prix Renaudot est désormais connue. En compétition : cinq romans et trois essais. Parmi eux, Les enquêtes de Monsieur Proust (Gallimard) de l’écrivain et scénographe Pierre-Yves Leprince. 

C’est à l’âge de 18 ans en classe de philosophie que Pierre-Yves Leprince a lu Un amour de Swann, deuxième partie du roman Du côté de chez Swann, le premier tome de À la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Au début, "je n'ai rien compris", nous dit-il. Puis, il a lu l’intégralité des 15 volumes, où plutôt il les a dévorés, un par jour. Il les a ensuite lus une deuxième fois, immédiatement : "cette fois en pleine extase".

Pourquoi ce roman Les enquêtes de Proust ?


"J'ai toujours écrit, sans pouvoir faire éditer aucun de mes textes. Avec ce roman, j'ai eu envie de passer du temps avec Proust, sans idée de publication, pour le plaisir. On voit souvent Proust comme mondain, malade et sans âge, qui écrit la nuit dans son lit. J'avais envie de le montrer jeune, dehors, drôle, comme il l'était. J'ai essayé de faire entendre son rire". 

Puis il poursuit, en développant : "Proust, c’est aussi un homme de parole qui manie l’art de la conversation. C’est un homme culte dans le monde. Proust … un homme qui l’inspire. Les conversations de Proust étaient célèbres, en son temps, nous rêverions tous, aujourd'hui, nous, ses lecteurs partout dans le monde, de participer à l'une de ces conversations… j'en ai rêvé des dizaines ! "

Le deuxième tome de Les enquêtes de Proust-Tome 2 devrait d’ailleurs paraîtra en mars prochain. 

Pour Pierre-Yves Leprince : "L'oeuvre de Proust n’est pas un roman, c’est une expérience".

Une expérience de vie, de sensations, de réflexions. Il souligne : "Proust c’est un regard, un angle de vue. Une fois qu’on l’a lu, l’angle de vue de vue personnel est changé, élargi. Il suggère de regarder et d’écouter d’une autre façon. Avec ce roman, je souhaite donner envie aux gens qui n’ont jamais lu Proust … de lire sans complexes - de se laisser porter, comme le jeune homme qui accompagne Monsieur Proust dans ses enquêtes sur les personnes et les événements qui l'intriguent dans un hôtel de Versailles, en 1906."

Sélectionné pour le prix Renaudot


Son roman de 420 pages, écrit en quatre ans, a été sélectionné pour le prix Renaudot. L’écrivain aura fort à faire dans cette catégorie face à Charlotte de David Foenkinos ou encore Pétronille d’Amélie Nothomb.

"Cette sélection m'a enchanté, bien sûr, mais surpris. Au mois de décembre, ce roman sera récompensé par l'Académie Française, parce qu'il essaie de rendre hommage à un grand écrivain de notre patrimoine.
Le jury m'a fait un grand honneur, lui aussi, en signalant mon livre pour le prix Renaudot. Mais
je pense qu'il choisira un ouvrage plus contemporain".


La réponse sera prochainement connue. La remise du prix aura lieu mercredi 5 novembre, vers 13 heures, à Paris.

 / © Editions Gallimard.

 

Les enquêtes de Monsieur Proust ... l'histoire...

C'est à la fin de 1906, à Versailles. Je suis minuscule (j'ai dix-sept ans mais l'air d'en avoir treize), je gagne ma vie comme coursier. Un jour, le portier d'une grand hôtel me demande de retrouver un cornet qu'un riche client a perdu. Je me dis qu'il doit s'agir d'un sourd, je monte à sa chambre et frappe avec force, on m'ouvre.
J'attendais un vieillard, je vois un homme encore jeune, mal rasé, pâle et inquiet. Il se penche vers moi et me dit d'une voix plaintive : Pourquoi frapper si fort, mon enfant?
– Je ne suis plus un enfant, Monsieur, je frappe fort parce que vous avez perdu votre cornet.
– Mon cornet? Quel cornet?
– Votre cornet acoustique, Monsieur.
Monsieur Proust, c'était lui, pousse un cri aigu, court se rouler sur un canapé couvert de papiers et de journaux. Il râle, gémit, va s'étouffer, j'ai peur. Non, il rit, je l'imite.
Il est écrivain, il n'a pas quarante ans, je n'en ai pas vingt, ni lui, ni le gamin que je suis, ni personne ne peut imaginer le futur, pour le moment nous rions. Nous suffoquons ensemble, nous sommes heureux, le temps de ce qu'il appellera toujours "nos secrètes enquêtes" a commencé. 

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