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Dreux, la vie d'après

« Dreux, la vie d'après », un documentaire de Corinne Bian-Rosa. / © 13 productions / France 3 Centre-Val de Loire
« Dreux, la vie d'après », un documentaire de Corinne Bian-Rosa. / © 13 productions / France 3 Centre-Val de Loire

Corinne Bian Rosa a réalisé un documentaire à Dreux, trente ans après l'entrée du Front national au conseil municipal. Retour sur la présence du couple Stirbois, proche de Jean-Marie Le Pen et sur l'évolution de la ville à travers plusieurs personnalités qui s'impliquent dans la cité.

Par Nicolas Ricoud

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Le documentaire
 

Si la France entière connaît le nom de Dreux, c’est parce qu’il y a trente ans, le Front national réussissait dans cette ville d’Eure-et-Loir une entrée fracassante sur la scène politique ... Nous sommes le 11 septembre 1983, et le FN allié au RPR (droite républicaine de l’époque), entre au conseil municipal après une campagne violente basée sur le rejet des immigrés.

Durant plus de 10 ans, le couple artisan de cette victoire va focaliser l’attention des médias dans l’hexagone et au-delà. Jean-Pierre Stirbois, alors numéro deux du FN et stratège de Jean-Marie Le Pen, puis sa femme Marie-France vont diviser profondément cette petite ville de province de 30 000 habitants où les besoins en main d’œuvre ont fait qu’un habitant sur quatre est d’origine étrangère.

Aujourd’hui, le Front national, se revendique comme le premier parti de France avec 6 millions d’électeurs aux dernières élections régionales.
Mais à Dreux, en Eure-et-Loir, la liste frontiste patine avec un score en dessous de la moyenne nationale. Lors de précédentes élections municipales, le parti de Marine Le Pen n’a pas réussi à trouver assez de candidats pour constituer une liste.

Pourtant, dans cette ville désormais la neuvième plus pauvre de France, le nombre d’habitants d’origine immigrée a doublé en trente ans.
Que s’est-il passé pour que Dreux ne soit plus le « laboratoire » des idées du Front National ?

Corinne Bian Rosa raconte l’histoire d’un combat collectif contre l’intolérance et les préjugés. 

3 questions à Corinne Bian Rosa


Qu'est-ce qui vous a motivé à réaliser ce documentaire ?

Après les élections régionales de décembre 2016, j’avais réalisé un reportage sur le vote FN qui avait fortement augmenté en région Centre-Val de Loire, sauf à Dreux où il était en dessous de la moyenne nationale alors que la ville était le laboratoire des idées frontistes dans les années 80. Ce paradoxe m’a fortement interpellée et j’ai voulu chercher à comprendre comment les habitants avaient réussi à tourner la page pour mieux vivre ensemble et s’il y avait une « recette anti FN » à Dreux.


Quels sont les personnages principaux ?

Il y a deux personnages principaux. Un ancien militant du FN, Jacques Dautrême, qui a été le fidèle lieutenant de Jean-Pierre Stirbois, alors numéro 2 du parti de Jean-Marie Le Pen et qui est l’homme qui a véritablement structuré le parti frontiste. Jacques Dautrême a ensuite été l’assistant parlementaire de Marie-France Stirbois après la mort de son mari dans un accident de voiture. Sa trajectoire personnelle est intéressante car, bien que n’ayant pas renié son passé, il a su dépassé certains clivages pour s’engager au service des habitants de la ville.

Et puis nous avons suivi Naïma M’Faddel qui est arrivée à l’âge de 8 ans à Dreux avec toute sa famille marocaine alors que l’on construisait les premiers immeubles des cités sur les plateaux. La campagne anti immigrée du FN à Dreux a été un véritable traumatisme pour elle et ses frères et sœurs. C’est ce qui a déclenché plus tard son engagement en politique et sa volonté farouche de servir les valeurs républicaines. Elle fait aujourd’hui partie de l’équipe municipale de Dreux et a largement contribué à mettre en place les comités de quartiers appelés « Proximum » où tous les habitants de toutes origines et de toutes conditions œuvrent pour le mieux vivre dans la cité.
Jacques Dautrême et Naïma M’Faddel, que tout semble opposer, se rejoignent pourtant dans le film.


Pouvez-vous partager un souvenir marquant du tournage ?

Avec mon équipe de tournage, nous avons été profondément émus lors de la cérémonie de remise de la médaille de l’Ordre national du Mérite à Naïma M’Faddel. Il y avait des gens de toute la ville, de toutes origines, conditions sociales, partis politiques  et religions réunis pour écouter un très beau discours de Naïma sur l’amour de la France et des valeurs républicaines. Une véritable leçon de tolérance et de vivre ensemble dont nous avons tellement besoin aujourd’hui !

 « Dreux, la vie d'après » 

Un film de 52' proposé par Corinne Bian Rosa,
réalisé par Matthieu Maillet 
Co-produt par 13 Productions et France 3 Centre-Val de Loire
avec le soutien du Centre National du Cinéma et de l'Image Animée
 

 

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