Beaugency (45) : l'écrivain Tanguy Viel invite ses lecteurs à un huis clos passionnant entre un juge et un assassin

Beaugency (45) : le nouveau roman de l'écrivain Tanguy Viel ancré en rade de Brest
Depuis les rives de Loire, Tanguy Viel a imaginé un roman foncièrement breton. Situé en pleine rade de Brest, "Article 353 du code pénal" (Editions de Minuit) est le récit d'un huis clos entre un homme qui a tué et le magistrat chargé de l'interroger et, selon ce fameux article 353 du code pénal, de le juger en son âme et conscience. - France 3 Centre-Val de Loire - Clément Massé, Isabelle Racine et Thomas Guiet

Depuis les rives de Loire où il vit, Tanguy Viel a imaginé un roman ancré à sa Bretagne natale. Situé en pleine rade de Brest, "Article 353 du code pénal" est le récit d'un huis clos entre un homme qui a tué et le magistrat chargé de l'interroger et de le juger "en son âme et conscience".

Par Clément Massé


Juger un criminel en son âme et conscience : la formule, inscrite dans la Loi - c'est l'article 353 du code pénal qui donne son nom au septième roman de Tanguy Viel -, résume tout l'enjeu du livre. Martial Kermeur a tué Antoine Lazenec lors d'une sortie en mer, en le poussant par dessus bord, sans chercher à le sauver des vagues qui bientôt l'engloutiront. C'est l'ouverture du roman (à lire, ici). Lorsqu'on le retrouve ensuite, il est assis dans le bureau du magistrat qui l'interroge sur les circonstances qui l'ont amené à tuer cet homme, agent immobilier de son état.

Dans un style oral, sans argot, Tanguy Viel invite son lecteur à être témoin de la conversation. Les liens qui l'unissent à l'agent immobilier se dessinent petit à petit, incluant tout le cercle proche de Martial Kermeur : son fils, séduit par l'aisance de Lazenec qui l'invite aux grandes rencontres de foot, mais aussi tout le village, jusqu'au maire qui se laisse happer par son projet de station balnéaire dans la rade de Brest. Le projet est absurde mais qu'importe. Depuis les licenciements à l'arsenal, tout le monde a besoin de croire en quelque chose.
La couverture du roman de Tanguy Viel / © Editions de Minuit

Martial Kermeur détaille les raisons de son geste

Dans le bureau du juge, une vie d'ouvrier se déroule. A la maison, avec son fils, qui finira par commettre lui aussi une grosse bêtise, avec sa femme qui le quittera par dépit. Et puis, au conseil municipal dont il a été l'un des élus. Son amitié avec le maire bientôt reclus dans une solitude insupportable. Personne n'a voulu voir la vérité derrière le projet que leur a vendu Antoine Lazenec. Lazenec les a bel et bien tous escroqués.

Derrière le faits divers et le roman policier émerge une dimension beaucoup plus sociale. Situé dans les années 90 - on parle encore en francs dans "Article 353 du code pénal", le roman nous parle d'aujourd'hui et d'une France prise depuis cette époque dans un constat économique et social difficile (fermetures d'usines, chômage...). 

Une voix rocailleuse et fragile

Lorsque Tanguy Viel imaginait les personnages de son roman, une voix lui venait en tête : celle de Kurt Cobain, chanteur du groupe Nirvana. La voix à la fois rocailleuse et fragile, puissante mais comme en bout de course, de l'icône du rock américain des années 90 se révèle symbolique de l'époque et de cette forme de lassitude dans laquelle, en début de roman, on découvre le personnage principal. 

"Article 353 du code pénal" ne se résume pourtant pas à cette dimension sociale. Le roman de Tanguy Viel se révèle aussi léger et plein d'humour. L'auteur s'offre un formidable terrain de jeu. Comme dans ses précédents livres ("L'absolue perfection du crime", "Paris Brest" où l'on avait découvert le fils Kermeur, "Insoupçonnable"...), il réécrit certains codes du roman policier et invite la référence cinématographique à sa table du travail.

Si, en lisant le livre, on pense immanquablement au film "Garde à vue" de Claude Miller avec Lino Ventura et Michel Serrault, - un huis clos entre un policier qui interroge un assassin -, Tanguy Viel, pourtant grand cinéphile, assure n'avoir découvert le film qu'après avoir écrit le roman, lorsque son éditrice a évoqué avec lui l'allusion au film. Un hasard, selon l'auteur, qui assure que s'il avait eu connaissance de son dispositif narratif, il n'aurait pas pu écrire ce roman-là.

Néanmoins, Tanguy Viel invite bien le cinéma dans son roman. Le film de western, par exemple : un étranger (Lazenec) que l'on aurait vu venir de loin dans la grande avenue qui mène au saloon, un juge qui, à l'époque du Far West, aurait pu être sheriff et, tous les habitants du village un peu méfiants. Finalement, ce qu'ils n'ont pas su être dans "Article 353 du code pénal".

La liberté de ton de l'auteur se révèle d'autant plus réjouissante qu'elle n'occulte jamais les grandes questions que soulève ce roman brillant, comme celles de la possibilité de réellement juger un homme ou de s'affranchir de la rigueur du texte de loi pour laisser place à ce que nous dicte notre conscience.

"Article 353 du code pénal" de Tanguy Viel (Editions de Minuit, 2017), 176 pages, 14.50 €.

Tanguy Viel, à sa table de travail

Lors de notre rencontre avec Tanguy Viel en janvier 2017, l'auteur nous a ouvert les portes du bureau où il écrit, un peu à l'écart de sa maison. Il a évoqué avec nous son travail d'écrivain et les lectures qui parfois stimulent sa propre écriture.
Tanguy Viel nous ouvre les portes de son bureau


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