La Corse, région la plus meurtrie par la Première Guerre mondiale…vraiment ?

Célébrations de l’armistice du 11 novembre, cent ans après 1916, année la plus meurtrière de la Grande Guerre
Intervenants : Général Jacques Plays // Raymond Pitalis, ancien combattant // Bernard Schmeltz, Préfet de Corse // Laurent Marcangeli, Maire d' Ajaccio - Caroline Ferrer, Stéphane Lapera

Combien de morts venus de Corse pendant la Grande Guerre ? 10 000 ? 30 000 ? 40 000 ? Les hommes tués il y a cent ans suscitent aujourd’hui encore des questions politiques.

Par France 3 Corse ViaStella


La Guerre des chiffres

Longtemps, le nombre de Corses morts pour la France pendant le Second Conflit mondial a été instrumentalisé. Jacobins et nationalistes avançaient des chiffres autour de 30 000 ou 40 000 soldats tués. Aux premiers, le mythe des insulaires sacrifiés permettait de démontrer l’attachement des Corses à la patrie. Pour les seconds, c’était au contraire la preuve que la France avait volontairement envoyé la population de l’île à la mort.

Dans une surenchère morbide, autonomistes bretons et corses allaient jusqu’à se disputer le podium des régions les plus meurtries.

Marge d'erreur

Cela prouve peut-être une chose : pourtant loin du front, la Corse a lourdement souffert du conflit.

Le temps aidant, le débat est moins passionné. On estime le nombre de corses morts pour la France autour de 10 à 12 000 sur les 52 800 environ qui avaient été mobilisés et les 2 000 à 3 000 engagés volontaires.

Si la marge d’erreur est aussi élevée concernant les hommes tués au front, c’est que le site Mémoire des hommes, qui les recense, compte parfois des doublons, des vides ou des erreurs. Les fiches d'officiers, les soldats fusillés ou morts de maladie n'y sont pas comptabilisés. Aujourd’hui, il est plus facile de savoir où sont nés les hommes morts à la guerre que l’endroit où ils vivaient quand elle a éclaté.

Les plaques de commémoration aussi, sèment le doute : un homme peut être cité deux fois, dans son village de naissance et dans son village de résidence.
Source : Monuments aux morts corses

La mémoire en débat

Aujourd’hui encore, le récit des 30 000 morts perdure. Une vidéo Youtube de Corsica Nustrale le reprend. Plus récemment encore, en janvier 2013, l'ancien ministre Jérôme Cahuzac affirmait : «J’ai passé les fêtes de fin d’année en Corse, qui à l’époque ne formait qu’un seul département, et qui est le département qui a payé en pourcentage le plus lourd tribut à la guerre de 14-18.»

Certains médias, comme Le Monde, Libération ou Slate avaient tenté d’établir des pourcentages - avec les incertitudes citées plus haut concernant le site Mémoire des hommes.

Nous reprenons ici la carte du site Slate.fr, qui précise également pourquoi il ne cite pas les colonies et les départements d’outremer.

Le pourcentage de Corses morts au combat lors du Premier conflit mondial se situe plutôt autour de 3,6% - c'est le nombre de tués rapporté à la population insulaire totale de l'époque. Le chiffre est un peu au-dessus de la moyenne nationale. En gris foncé sur la carte, les départements les plus touchés sont en fait la Lozère, la Mayenne et la Vendée.

Une fois les armes posées, la bataille des chiffres continue.

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