Le 20 novembre 2015, le tribunal de commerce de Marseille choisit l’offre de Patrick Rocca. L’industriel ajaccien revendique 90 millions de chiffre d’affaire annuel et 650 salariés. Il proposait 3,7 millions d’euros pour racheter la compagnie.

Mais très vite, le chef d’entreprise s’allie avec ses anciens concurrents à la reprise, les membres d’un consortium, la Corsica Maritima, qui comptera jusqu’à 120 entreprises corses.

Parmi elles, 15 entrepreneurs insulaires majoritaires et pas des moindres. Ils s’appellent Pierre Anchetti, Charles Zuccarelli, François Padrona, Pascal Trojani ou encore Bernard Acquaviva.

A eux cinq, ils pèsent 238 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel et emploient 1 300 salariés ; une part considérable de l’économie corse maillée sur tout le territoire et dans tous les secteurs : grande distribution, transports, industrie agroalimentaire, immobilier,  construction, automobile…

Quand Patrick Rocca cède ses parts de la compagnie et intègre le consortium, il devient aussi l’un des 15 actionnaires majoritaires, à part égale avec les autres. Pour rentrer dans le club, un chèque à faire : chacun d’entre eux investit 500 000 euros dans le capital.

ILLUSTRATION - Le navire "Jean Nicoli" de la Corsica Linea dans le port d'Ajaccio (Corse du Sud) Pascal POCHARD-CASABIANCA / AFP

Ils deviennent ainsi propriétaires de la compagnie, de l’immobilier et des bateaux : 2 ferries d’une capacité de 2 000 passagers à destination du Maghreb et 4 cargos mixtes qui desservent la Corse avec une capacité de 500 à 1 200 passagers.

La force de la nouvelle compagnie, c’est le fret : 60 000 remorques par an, soit 45% de parts de marché. Elle est leader dans le transport de marchandises entre la Corse et le Continent.

Côté passagers, l’entreprise part de loin. Minée par des années de conflits sociaux et des mois de redressement judiciaire, Corsica Linea ne représente plus que 10% de part de marché du trafic passagers, avalé à 80% par sa concurrente italienne la Corsica Ferries. 

La compagnie cherche donc à redresser la barre et multiplie les stratégies pour regagner le cœur de la clientèle, retrouver la confiance de ses 880 salariés en CDI et maintenir la paix sociale qui a fait si souvent défaut à l’entreprise.

Avec sur ce point une méthode : "à compétences égales", l’embauche de résidents corses.

Le Pascal Paoli, navire de la Corsica Linea arrive dans le soleil du matin au port de Bastia (Haute-Corse) C.GIUGLIANO / FTVIASTELLA