Bastia : comment régler la pollution émise par les ferries ?

L'été dernier, une polémique avait fait rage à Bastia sur les émissions des navires dans le port. 7 mois après, une étude de Qualit’Air vient affirmer que les normes de pollution n'ont pas été dépassées. Mais les auteurs et commanditaires de l'étude sont les premiers à contester ces résultats.

Par France 3 Corse ViaStella

Des bateaux qui croisent devant le port à l'aube : rien de nouveau sous le soleil de Bastia. Sauf au sortir des cheminées des ferrys et cargos.

Les panaches de fumées produits par les moteurs ne sont plus ce qu'ils étaient. Pour les navires de la Moby, l'explication vient du combustible : « Nous avons pris l’initiative de mettre du gasoil, à 0,1 [de teneur en soufre, soit 15 fois moins que le fioul léger, NDLR], une heure avant l’arrivée et pendant toute la durée du stationnement à quai, jusqu’au moment du départ. Ce qui fait qu’à partir du moment où l’on entre, nos bateaux ne fument plus », explique Fabien Paoli, président de Moby Lines France.

L'été dernier, au plus fort de l'activité portuaire, ces volutes produites par toutes les compagnies ont fait plus qu'irriter les Bastiais.

Plaintes des riverains

Suite aux plaintes des riverains, la communauté d'agglomération de Bastia a demandé à Qualit'Air une étude sur les émissions portuaires. Elle conclut que les normes européennes sont respectées. Mais Qualit'Air et la communauté d'agglomération de Bastia mettent un bémol.

« Il existe effectivement un certain nombre de pollution qui reste inférieur au seuil de tolérance des normes européennes parce que nous n’avons pas été en mesure, et parce que les appareils qui ont été mis en place par Qualit’Air dans l’urgence suite à notre demande, ne permettent pas de mesurer les pics de pollution », affirme François Tatti, président de la communauté d'agglomération de Bastia.

« Même si c’est très intense et ponctuel, c’est vrai que peut-être que les normes que l’on applique qui sont plutôt des normes pour la surveillance industrielle ne sont peut-être pas adaptés à des problématique de surveillance des bateaux », reconnaît Jean-Luc Savelli, directeur de Qualit’Air.

Une station équipée d'appareils de mesure plus adaptés aux pollutions visibles ou non des bateaux sera installée fin avril près de la piscine du Fango. Une nouvelle étude sur l'impact du port sera réalisée pendant l'été.

« S’il était avéré qu’y compris sur des pics de pollutions, il y a un danger pour la santé, nous allons commencer par en informer l’ensemble des partenaires et je ne doute pas que les compagnies maritimes qui pourraient être éventuellement incriminées feraient les efforts nécessaires. Si cela n’était pas le cas, nous envisagerions d’autres mesures juridiques plus coercitives », affirme François Tatti.

Passer à l’électricité dans les ports

Des efforts, les compagnies affirment déjà en faire. Si les coûteux moteurs au gaz ne sont pas pour demain, réduire la facture de carburant est dans leur intérêt. Selon Pierre Mattei, PDG de la Corsica ferries, « lorsque les navires sont à quai, c’est du fuel léger qui est employé. Mais il n’y a pas que cela, il y a aussi des travaux sur le réglage des moteurs, sur leur entretien, sur la modernité des pièces de rechange que l’on met dans le moteur. Tous ces éléments concourent à avoir un moindre impact environnemental. Il faut bien comprendre qu’en matière de protection de l’environnement, il faut éviter d’imaginer des solutions à l’emporte-pièce ».

La solution retenue par la Moby a été de doter ses ferries de générateurs au gasoil qui prennent le relai des moteurs au fioul. Mais à quai, une autre source d'énergie est accessible : l'électricité. Brancher les navires au réseau électrique, c'est moins de nuisances olfactives et sonores.

« Si demain, on fait l’installation et que l’on met les ports aux normes européennes, il n’y en aura encore moins. Pour la simple et bonne raison qu’il y aura des portiques : vous arrivez et vous branchez. Et vous débranchez au moment du départ. Mais c’est à échéance 2020. Est-ce que les ports de la Méditerranée seront aux normes », s’interroge Fabien Paoli, président de Moby Lines France.

Pas la première source de pollution

Reste une certitude établie par le plan de protection de l'atmosphère adopté fin 2015 par la préfecture de Haute-Corse. Dans la région bastiaise, les bateaux ne sont pas la première source de pollution.

Cette place peu enviable revient au trafic routier qui génère 55% des émissions d'oxyde d'azote. Bateaux, trains et avions réunis en produisent 34%.

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