Le samedi 14 novembre 2015, le train d’essais 744 de la Ligne à grande vitesse Est européenne déraille au niveau de la commune d’Eckwersheim. Onze personnes perdent la vie, vingt-deux sont grièvement blessées. C’est la pire catastrophe ferroviaire qu'a connu le TGV depuis son lancement en 1981.

Rappel des faits et le point sur l'enquête

Ce 14 novembre, le TGV effectuait un test sur le nouveau tronçon de la ligne à grande vitesse Paris-Strasbourg, qui devait en principe entrer en service quelques mois plus tard, et ne le sera qu'en juillet 2016, avec trois mois de retard. 

A 15h04, il déraillait à l'entrée d'une courbe, avant de percuter un pont et de basculer dans le canal de la Marne au Rhin, à Eckwersheim, à 20 km de Strasbourg.
Accident de TGV à Eckwersheim, le rappel des faits
L'accident d'une rame d'essai de la LGV Est à Eckwersheim le 14 novembre 2015 qui a provoqué la mort de 11 personnes s'est déroulé au lendemain des attentats de Paris. Passé presque inaperçu dans les premières heures, il est pourtant l'une des plus grandes catastrophes ferroviaires qu'à connu le pays. L'accident le plus meurtrier de l'histoire de la grande vitesse. - France 3 Alsace
Le dernier passage du TGV avant l'accident
Le dernier passage du TGV avant l'accident

Pour les 42 blessés et les proches des 11 tués, l'accident a entraîné un "choc psychologique très très lourd".

Personne dans cette rame, pas même le personnel, n'avait le sentiment d'être exposé à un risque


"Il y a un sentiment de trahison: pour les gens à bord, ce trajet avait été présenté comme quelque chose de ludique et festif. S'ils avaient su qu'il y avait un risque, ils ne seraient pas montés dans ce train", explique Me Claude Lienhard, avocat de la famille de l'un des 11 tués.

 

Le point sur l'enquête  

Accident de TGV : le point sur l'enquête
Confiée à un pôle parisien de magistrats spécialisés dans les accidents collectifs, l'instruction a débouché, à ce stade, sur la mise en examen pour homicides et blessures involontaires de deux employés de la SNCF - un conducteur et son supérieur - et d'un salarié de Systra, sa filiale chargée des essais. Ils étaient présents ce jour-là dans la cabine de pilotage. - France 3 Alsace - Le reportage de M. Pouchin - G. Fraize - S. Scharwatt - M. Ruch. Interviews : Paris, Guillaume Pepy, président de la SNCF le 19 novembre 2015 - Bernard Aubin, secrétaire Général FiRST (Fédération indépendante du rail et des syndicats des transports) - Me

Confiée à un pôle parisien de magistrats spécialisés dans les accidents collectifs, l'instruction a débouché, à ce stade, sur la mise en examen pour homicides et blessures involontaires de deux employés de la SNCF - un conducteur et son supérieur - et d'un salarié de Systra, sa filiale chargée des essais. Ils étaient présents ce jour-là dans la cabine de pilotage.

Mi-février, le Bureau d'enquêtes sur les accidents de transport terrestre (BEA-TT) a estimé que la vitesse "très excessive" était la cause "unique" du déraillement du train - qui a abordé la courbe à 265 km/h, soit 89 km/h au-dessus de la valeur préconisée à cet endroit.

Depuis, le rapport d'étape des experts judiciaires a conforté cette analyse en mettant en évidence des "erreurs de calcul" dans la détermination des points de freinage, et "une mauvaise évaluation" de la marge de ralentissement au moment de l'essai.

Trois jours avant l'accident, la même équipe de pilotage avait eu des difficultés à ralentir la machine lors d'un essai mené sur l'autre voie, en sens opposé. Une alerte qui n'a pas fait l'objet d'un debriefing abouti, relèvent ces sources.
Les secours interviennent à proximité de la motrice motrice d'un TGV d'essai brisée en deux en contrebas d'un pont / © Maxppp
Les secours interviennent à proximité de la motrice motrice d'un TGV d'essai brisée en deux en contrebas d'un pont / © Maxppp

 

Des questions sans réponses

Désormais, les familles "attendent que l'enquête aille jusqu'au bout", selon Me Claude Lienhard, avocat de la famille de l'un des 11 tués. "On peut se poser la question de l'éventuelle responsabilité de la SNCF", face à un "système de gestion des essais vraiment pas rigoureux", ajoute l'avocat. Pour les familles cette tragédie pose une autre question : pourquoi des invités, dont des enfants, se trouvaient dans la rame ? C'était le cas de Fanny Mary, 25 ans, montée à bord avec son compagnon, ingénieur chez Systra.

La jeune femme, morte dans l'accident, "n'aurait pas dû être invitée, ni même autorisée à monter dans ce train", déplore aujourd'hui son frère Arthur. Pour son avocate, Me Sophie Sarre, la famille Mary souhaite que "le moment venu, l'enquête se referme sans une seule zone d'ombre" et  :

Que la SNCF soit capable de tirer une leçon de ce qui s'est passé 


"A ce jour, la sérénité douloureuse de notre deuil ne va pas sans deux exigences", la "vérité" et la "justice", a expliqué lundi 16 novembre devant la  presse Arthur Mary, porte-parole de l'une de ces familles en deuil. "Nous souhaitons que tous les responsables, à chaque niveau des chaînes de décisions, rendent des comptes à la société de ce qu'ils ont pris des risques dangereux et conduit à la mort", a développé M. Mary, dans une déclaration lue devant les journalistes.
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"Des bruits, des cris, puis un silence total"


Parmi les personnes qui étaient à l'intérieur de la rame, voici un témoignage exclusif d'un rescapé. Patrick Rolland, son épouse Sandrine, restée plus de deux semaines dans le coma, et leurs deux enfants figuraient, aux côtés d'autres membres de la famille et d'amis, sur la liste d'invités d'Alain Rolland, le frère de Patrick, cadre de Systra, une filiale de la SNCF et tué dans l'accident.

Le témoignage d'un rescapé

Depuis le drame, les mises en examen de trois personnes pour homicide involontaire n'apaisent pas le chagrin de ce couple. La famille Rolland cherche à comprendre, sans désigner de bouc-émissaire.
Des techniciens et enquêteurs s'affairent à proximité de la carcasse de la rame d'essai TGV accidentée  / © Maxppp
Des techniciens et enquêteurs s'affairent à proximité de la carcasse de la rame d'essai TGV accidentée / © Maxppp

 

"Il n'y aura plus d'invités à bord des trains d'essai"

Frédéric Delorme, directeur général sécurité à la SNCF, a annoncé qu'il n'y aura plus d'invités à bord des trains d'essai. La SNCF va donc plus loin que ce que préconisait le rapport Lacoste qui recommandait de ne plus inviter des personnes lors des essais de survitesse. 

Frédéric Delorme, "nous avons pris une mesure radicale"

La SNCF contribuera à fond dans la recherche de la vérité 
 

LA SNCF "contribuera à fond" dans la recherche de la vérité


Une video tournée le 11 novembre, trois jours avant le drame, au cours d'un autre essai, montre que le train roulait à plus de 350 km/h avec des pointes à 358 km/h. Six personnes se trouvaient dans la cabine au lieu de quatre maximum. "A quelques dizaines de kilomètres d'Eckwersheim, on s'interroge encore sur les points précis où il faudra freiner, sur la possibilité même de pouvoir respecter les vitesses", explique notre collègue Grégory FRaize, qui a pu visionner l'intégralité de ce document. 

Déjà de grosses frayeurs trois jours avant le drame

 

Le jardin du souvenir à Eckwersheim / © G. Fraize
Le jardin du souvenir à Eckwersheim / © G. Fraize

 

Une cérémonie au jardin du souvenir

Un an après, les proches des victimes ont participé le lundi 14 novembre 2016 à une cérémonie sur les lieux. Environ 150 proches des victimes et rescapés ainsi qu'une cinquantaine d'élus, de représentants des services de secours intervenus lors de la catastophe, de Systra étaient présents à Eckwersheim. Le président de la SNCF, Guillaume Pepy, et celui de SNCF Réseau, Patrick Jeantet, ont également participé à cette cérémonie, ainsi que la secrétaire d'État chargée de l'aide aux victimes, Juliette Méadel.

Accident de TGV : une cérémonie au jardin du souvenir
Un an après le terrible accident de TGV qui a coûté la vie à onze personnes à Eckwersheim, un jardin du souvenir a été présenté ce lundi aux familles et aux rescapés à l'occasion d'une cérémonie en hommage aux victimes.  - France 3 Alsace - Le reportage de M. Pouchin - V. Roy - J. Baudart. Interviews : Patrick Rolland, rescapé - Frédéric Delorme, directeur général sécurité de la SNCF - Arthur Marry, frère de Fanny, décédée dans l

À cette occasion, une "plaque mémorielle" et un aménagement paysager ont été présentés aux familles, lors d'un moment de recueillement que les organisateurs ont voulu "intime", sans la présence de la presse.

Ce jardin, lieu de recueillement et de mémoire rempli de symboles, a été réalisé en huit semaines. 

Interview de Loïc Pianfetti, paysagiste et concepteur du jardin
Onze aiguilles de grès pour les onze personnes décédées, personnalisées en fonction des choix des familles, y ont été érigées. Une plaque, qui ne sera accessible au public qu'à partir de l'été prochain, a également été dévoilée. Le site tout en rondeur et en relief est entouré par des lisières d'arbustes pour l'"éloigner" des voies ferrées situées juste à côté.

En hommage aux victimes et aux personnes profondément touchées par l'accident  de la rame d'essai du 14 novembre 2015

Un jardin du souvenir en hommage aux victimes

 

Juliette Meadel, secrétaire d'État à l'Aide aux victimes / © A. Perreaut
Juliette Meadel, secrétaire d'État à l'Aide aux victimes / © A. Perreaut

 

"Il n'y aura pas deux poids, deux mesures"

"Quand on est victime d'un accident de cette importance, il faut que l'on ait accès rapidement aux informations, à une aide psychologique d'urgence" explique Juliette Méadel, la secrétaire d'État à l'Aide aux victimes, qui s'est également rendue lundi à Eckwersheim. Il faut que les associations de victimes puissent se rendre très vite sur place, et il faut expliquer les démarches [...] il ne faut pas ajouter de la douleur à la douleur".

Juliette Meadel : "je mettrai en place des comités de suivi en matière d'accidents collectifs"

"Je suis venue dire aux victimes qu'elles ne seront pas moins prises en compte que celles du Bataclan, il n'y aura pas deux poids, deux mesures"


Juliette Méadel a assuré aux familles qu'elles bénéficieraient tout autant du soutien de l'Etat que les victimes des attaques terroristes survenues la veille à Paris, le 13 novembre. "L'Etat ne fait pas de distinction entre les douleurs ou entre les chagrins, c'est pourquoi il sera auprès de tous", a-t-elle dit lors de la cérémonie, selon le texte de son discours distribué à la presse.

Juliette Meadel : "il n'y aura pas deux poids, deux mesures"

Édition spéciale du 19/20

Cette édition spéciale du journal régional revient sur le déroulé des faits et propose un point précis de l’enquête. Avec de nombreuses interviews de victimes et de témoins, retour sur cet accident qui en France est quasiment passé inaperçu, le pays étant à ce moment-là sidéré par les attentats perpétrés à Paris la veille.

JT 14 novembre 2016