Durant 10 jours, une équipe de la rédaction vous emmène à 9000 km de Strasbourg, à la rencontre d’Alsaciens qui vivent à Madagascar ou qui ont décidé de s’investir pour ce pays. Un des points forts de ce périple : les festivités des 20 ans de l’ONG « Zazakely, enfants de Madagascar », un village d’enfants entièrement crée par des Alsaciens. Mais il y aura d’autres rencontres, coups de cœur et aventures, que Marie Heidmann et Xavier Ganaye vous proposent de partager ici et sur les réseaux sociaux. Alors, embarcation immédiate pour Tananarive !

"67 Hectares Nord-Ouest": les marécages de la survie

Il est des moments où les mots n'ont plus assez de force pour décrire ce que l'on voit et ce que l'on ressent. Ce matin-là, dans le quartier appelé "67 hectares", nous avons été confrontés à un monde que l'on pensait banni de la carte.

Le Docteur Guy Maximini et Nikita Schumacher nous avaient donné rendez-vous à 7 heures précises,  au centre médico-social et éducatif Betania Ankasina, situé en plein coeur d'un des quartiers les plus pauvres de la capitale, construit sur des marécages et des rizières. Guy nous avait juste dit que c'était là qu'il allait monter un cabinet dentaire, au cœur de l’école, mais n'était pas rentré dans les détails, il voulait "nous montrer sur place".

A peine arrivés dans la cour centrale, nous avons été rejoints par des centaines d'écoliers en blouse bleu marine. Ils se sont rapidement rassemblés dans le calme. Chacun savait à quelle place se mettre. "En début et en fin de semaine, nous faisons la levée et la descente du drapeau avec le salut et l'hymne", nous explique Danièle Hahn-Godard, la présidente du conseil d'administration du centre. Une franco-malgache, alsacienne, elle aussi, et amie de Guy Maximini.
© Marie Heidmann
© Marie Heidmann
L’instant est solennel, les 750 enfants de la maternelle et du primaire se tiennent au garde à vous puis chantent l’hymne national malgache, ensuite chacun retourne dans sa classe. Une école qui semble fonctionner comme les autres ?
Les 750 enfants de la maternelle chantent l’hymne national malgache
« Oui en apparence sauf qu’ici, les enfants ne mangent qu’une fois par jour et c’est chez nous, c’est nous qui leur donnons à manger à midi, leurs familles n’ont pas de quoi. Et lorsqu’ils reviennent le lundi, il y en a souvent qui tombent d’inanition, car ils n’ont quasiment rien avalé du week-end. La mort nous la côtoyons au quotidien » lâche Danièle Hahn-Godard.

Ces élèves ne sont des enfants qu’au sein de l’école. Ici c’est une oasis. En dehors à quelques mètres, leurs familles comptent sur eux pour faire des petits boulots et ramener de quoi manger.


"Depuis 1996 année de notre création, nous sommes heureux de pouvoir les scolariser" ajoute-t-elle.
Danièle Hahn-Godard / © Marie Heidmann
Danièle Hahn-Godard / © Marie Heidmann
Danièle Hahn-Godard nous invite à franchir la porte de l’école et à la suivre juste de l’autre côté du canal, une zone inondable où vivent 5.000 familles en très grande précarité dans des taudis. « Dans quelques semaines, ce sera la saison des pluies, l’eau arrivera à la taille, ça va être comme d’habitude épouvantable ».
© Marie Heidmann
© Marie Heidmann
Le canal est un véritable égoût à ciel ouvert, où débordent les ordures. « Je vous assure que si vous y mettiez un pied ou une main, vous mourrez » tonne Danièle Godard. « Nous sommes en permanence en risques sanitaires maximums ». En novembre 2014, un cas de peste pulmonaire avait même été décelé. Et la lèpre est présente. 
© Marie Heidmann
© Marie Heidmann
Ici 90% des familles vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec moins de 80 centimes par jour. Pas Possible pour elles de payer pour utiliser les toilettes publiques alors les latrines ce sont le canal.
Les toilettes payantes / © Marie Heidmann
Les toilettes payantes / © Marie Heidmann
Deux assistantes sociales du centre médico-social et éducatif sillonnent quotidiennement l’endroit, elles connaissent tout le monde, et suivent aussi bien les élèves que les familles. L’une d’elles, Nicole nous emmène voir des réfugiés, ces familles qui ont tout perdu dans les incendies qui ont ravagé le quartier en septembre. Les incendies sont fréquents, 10% seulement de cette population à accès à l’électricité pour les autres c’est bougie…
Après l'incendie / © Marie Heidmann
Après l'incendie / © Marie Heidmann
Dans une toute petite cahutte vivent 50 personnes. Conditions de vie moyenâgeuses. Mais les femmes sourient et restent dignes.
Et pourtant, depuis 2009 et la crise politique, la situation ne cesse de se dégrader, le chômage, les violences familiales, le banditisme, la prostitution et l’alcoolisme ne font que croître.
Interview de Nicole dans la cahutte
Depuis 1 mois, 50 personnes vivent dans cette petite cahutte. Le manque de moyens est extrême.  - France 3 Alsace - Marie Heidmann

L’Etat est totalement absent, complètement démissionnaire. Toute l’aide sociale repose sur les associations et les ONG.


Nous sentons gronder la révolte chez Danièle : « je suis écoeurée et j’ai honte pour mon pays car je me sens Malgache ». La bataille est quotidienne.

Le centre a aussi décidé d’assurer des distributions de riz dans le quartier, « car le PAM (programme d’alimentation mondiale) n’assure plus sa mission. Je vais arracher les financements avec les dents, jour après jour, mais je ne sais pas pendant combien de temps on pourra tenir comme ça ».

Le 22 novembre débutera dans la capitale, le sommet de la francophonie. Danièle aimerait bien que les différents présidents, dont François Hollande, viennent se confronter à la réalité. Elle a envoyé des courriers en ce sens, mais cela serait étonnant de voir des officiels venir se salir dans les marécages de la survie.

Pour info : le centre médico-social et éducatif Betania Ankasina est une association de droit malgache et compte 70 salariés. Il ne reçoit aucune subvention de l’Etat, son budget est exclusivement assuré par des fonds privés (associations, fondations, congrégations, etc).


Les marécages de la survie / © Marie Heidmann
Les marécages de la survie / © Marie Heidmann

 

Guy Maximini, médecin discret, baroudeur au grand coeur

Il a tout du baroudeur au grand chemin. Casquette vissée sur un crâne rasé, blouson noir sans manche, tatouage au bras, et sac au dos, Guy Maximini est un habitué de Madagascar. De premier abord, il n'est pas très bavard, mais observe beaucoup et très vite, il semble analyser toute nouvelle situation qui se présente à lui. Et pour cause, Guy Maximini oeuvre dans l'humanitaire depuis belle lurette.

Pendant longtemps, au Cambodge, et puis un jour lors d'un voyage d'agrément, il a eu le coup de foudre pour Madagascar. L'extrême précarité de la population et la situation sanitaire l'ont rapidement convaincu que c'était sur la grande île qu'il fallait agir désormais.
Guy Maximini / © Marie Heidmann
Guy Maximini / © Marie Heidmann
Ce médecin strasbourgeois, stomatologue, se rend environ tous les deux mois sur l'île rouge. Avec tout un équipement de brousse, spécifiquement adapté à des endroits où il n'y a ni électricité ni eau. Si sa spécialité est la dentisterie, Guy Maximini a aussi monté une maternité sur l'île de Sainte-Marie, "là où il y avait urgence". Pour lui,  tout est une question de rencontres, de feelings.

C'est comme ça que naissent les projets et qu'on est le plus efficace.


Ainsi, Eric Lagache, c'est chez un garagiste de Madagascar qu'il a fait sa connaissance. Grand, carrure de rygbyman, sport qu'il a d'ailleurs longtemps pratiqué dans son Nord natal, le père Lagache est un pasteur protestant installé sur les Hauts Plateaux à 17 km au nord de la capitale, à Ambohitsioa.

Quand il vient à Mada, Guy va régulièrement lui rendre visite, avec tout son attirail. Car au 2ème étage du presbytère, c'est... cabinet dentaire! Rien d'installé pour l'heure, alors Guy déploie son matériel de brousse; un siège pliable réhaussé sur des caisses métalliques, un générateur, une stérilisation à froid, et un équipement dentaire sur roulette de fabrication japonaise.

C'est du solide, ça marche bien et c'est à induction donc super performant.


Juste le temps d'enfiler un pyjama chirurgical et déjà les patients s'agglutinent sur les bancs. 

© Marie Heidmann
© Marie Heidmann

Guy va s'occuper des cas les plus urgents, les grosses infections qui envahissent toute ou partie de la machoire notamment "ici on ne soigne pas vraiment les dents, on les arrache, sans anesthésie et on croit que ça y est.

Mais non l'infection est toujours là, souvent nichée derrière les racines et les gens souffrent horriblement. "Pour moi, c'est insupportable de voir ça. Moi j'anesthésie systématiquement, et je tente de sauver les dents, j'enlève les kystes infectieux et surtout je donne un traitement antibiotique pour la suite" confie-t-il. 

Ces Alsaciens à Madagascar : portrait de Guy Maximini
Un aperçu d'une opération à "bouche ouverte" - France 3 Alsace - Marie Heidmann


Il est secondé par Nikita Schumacher, son âme soeur de l'humanitaire. Elle est artiste peintre strasbourgeoise et comme Guy, vient toucher du doigt, ici à Mada, ce qui donne sens à sa vie, le don de soi. Pour agir vite et efficacement, ensemble, ils ont monté en 2009 un fonds de dotation "Sourires sans frontières SMDF" qui leur permet de lever des fonds et donc de s'équiper. 

© Marie Heidmann
© Marie Heidmann

Reportage

Ces Alsaciens à Madagascar : portrait de Guy Maximini


Pendant que la roulette fait son oeuvre à l'étage, le presbytère du père Lagache grouille de monde au rez de chaussée. Car le lieu a un double statut, paroissial et ONG. En effet, Philadelphie a été créée en 1992 en référence non pas à la ville des Etats-Unis mais à son sens initial: amitié fraternelle.

Qu'est ce qu'on peut faire pour ces habitants qu'ils ne peuvent pas faire et qui est universel?


C'est le questionnement de base du père Lagache. Alors, depuis 20 ans, le pasteur a développé des programmes alimentaires, de formation, de soins, aidé par son épouse Isabelle et par toute une équipe médicale et paramédicale.

Des chants de femmes dans le réfectoire; c'est l'atelier de femmes qui se réunit toutes les semaines. On y parle des violences qu'elles subissent au quotidien mais on rigole bien, aussi. D'ailleurs, c'est toujours un moment conivivial où l'on partage un café, un goûter, et ça termine souvent en danse.

Madagascar : la paroisse chante

A l'extérieur dans la cour, de jeunes enfants avec leur maman se réunissent. Il va être l'heure de la Koba : un programme alimentaire mis en place par Philadelphie, car la population est sous noutrie. Alors deux fois par semaine, les femmes enceintes, allaitantes et ces enfants sont invités à venir manger une bouillie, mélange de riz, maïs, arachide, préparée dans deux grandes marmites.

© Marie Heidmann
© Marie Heidmann

Et tous les jours en fin d'après-midi, il y aussi distribution de riz à environ 80 femmes démunies, des veuves, des célibataires qui n'auraient pas les moyens de manger à leur faim autrement.

© Marie Heidmann
© Marie Heidmann

Plus à l'écart, dans une autre petite pièce du rez de chaussée, un autre bruit de roulette attire notre oreille. Il s'agit de l'atelier d'optique. Trois jeunes viennent d'être formés durant plusieurs mois et sont désormais tout à fait aptes à contrôler la vue et réaliser des verres et montures.

"Une double victoire" nous raconte le père Lagache car :

Non seulement cela va être des emplois stables que nous pourrons encore développer, mais porter des lunettes et voir à nouveau correctement, c'est aussi redevenir citoyen, c'est pouvoir reprendre sa vie en main.


"Pour une femme âgée par exemple, c'est à nouveau pouvoir sortir sans tomber et se resocialiser" ajoute-t-il.

La nuit va bientôt tomber, l'aide au devoir se termine pour les enfants, les femmes viennent prendre leur ration de riz, Guy Maximini remballe son matériel. Encore une journée où se sont produits des petits miracles. Demain il en sera de même.

L'heure de la "Koba" : les enfants sont invités à venir manger une bouillie, mélange de riz, maîs, arachide.  / © Marie Heidmann
L'heure de la "Koba" : les enfants sont invités à venir manger une bouillie, mélange de riz, maîs, arachide. / © Marie Heidmann

 

"L'urgence, c'est l'eau"

Une heure d'embouteillages pour atteindre le quartier ouest de Mananjara, un bas quartier, comme on dit la bas. Il est passé en quelques années de 10.000 à 20.000 habitants. On y retrouve Mélanie et Jean-Claude Haetty. Elle est franco malgache, lui, colmarien. Ils vivent en Alsace mais viennent dans ce quartier quatre mois par an.
Mélanie et Jean-Claude Haetty  / © Marie Heidmann
Mélanie et Jean-Claude Haetty / © Marie Heidmann
Le couple a fondé l'association Madagascar Ici et Là-bas en 2001. Au départ : "une bande copains"  nous disent-ils. En Alsace, l'association rentre de l'argent essentiellement en organisant des repas malgaches. Et sur place, elle investit là où il y a urgence. Dans ce quartier, on le voit sur les photos. L'urgence, c'est l'eau ! 
A Madagascar, l'urgence c'est l'eau !
L'équipe est à Mananjara avec Mélanie et Jean-Claude Haetty, fondateurs de l'association Madagascar Ici et Là-bas. - France 3 Alsace - Marie Heidmann

C'est saisissant de voir que le canal sert à tout ! La pauvreté saute à l'œil et si nous n'avions pas été accompagnés par les Haetty, jamais nous n'aurions pu nous balader à l'intérieur.

Le couple nous emmène voir le bassin lavoirs et l'adduction d'eau que l'association a financé en 2006. Un changement de vie pour les habitants. Depuis, ceux qui le peuvent financièrement ont l'eau courante, les autres peuvent venir au lavoir remplir les bidons et faire le linge.
Les femmes font le linge avec l'eau du fleuve / © Marie Heidmann
Les femmes font le linge avec l'eau du fleuve / © Marie Heidmann
Avant ça, les habitants faisaient la queue des heures durant voire la journée pour remplir un bidon, un seul robinet. Maintenant, le bidon c'est 30 ariary soit environ 0, 0085 d'euros et c'est beaucoup plus rapide.
Pour récupérer de l'eau potable, les habitants remplissent des bidons. / © Marie Heidmann
Pour récupérer de l'eau potable, les habitants remplissent des bidons. / © Marie Heidmann
Ensuite, nous prenons la route direction l'est : Moramanga, l'association a financé la réfection d'un barrage... Et ce sera pour le prochain épisode !

Reportage
Ces Alsaciens à Madagascar : l'association colmarienne Madagascar Ici et Là-bas

Au quartier ouest de Mananjara / © Marie Heidmann
Au quartier ouest de Mananjara / © Marie Heidmann

 

L'état du barrage

De la capitale Tana, nous prenons la route vers l'est direction Moramanga. Ce n'est qu'à une centaine de kilomètres de la capitale, mais la route est longue et fastidieuse bien que macadamisée. Nous faisons le trajet en 4X4. Les nids de poule et ornières se succèdent, il nous faut près de 3 heures pour y arriver. La route est très fréquentée par les poids lourds, et comme nous sommes toujours en altitude, les croisements en montagne sont quelques fois compliquées.
© Marie Heidmann
© Marie Heidmann
Moramaga fut le berceau de la révolution malgache en 1947, contre le colonisateur français, très durement réprimée par les troupes françaises.
De là, nous poursuivons encore notre route une vingtaine de km plus au nord et prenons une piste jusqu'à Manarina. Nous devons ensuite emprunter un chemin pentu et cabossé jusqu'au fameux barrage.
© Marie Heidmann
© Marie Heidmann
Cette retenue d'eau a été construite en 1946 par les Français, et permet de recueillir l'eau de montagne et de pluie. Et donc d'irriguer les rizières en contrebas, soit 200 hectares.
© Marie Heidmann
© Marie Heidmann
L'association colmarienne Madagascar ici et là-bas a été sollicitée par les Pères Trinitaires, une congrégation italienne très présente dans le secteur, pour réaliser des travaux d'étanchéité sur ce barrage qui menaçait de rompre. Ce fut chose faite en 2010/2011.
© Marie Heidmann
© Marie Heidmann
Depuis Mélanie et Jean-Claude Haetty viennent régulièrement vérifier l'état de l'ouvrage. C'est le Père Pierre qui est leur relais sur place. La prochaine étape sera le remplacement de la vanne qui date de 1980. Jean-Claude Haetty surveille aussi de près l'élagage qui doit être règulièrement pratiqué pour éviter l'asphyxie du barrage. Selon lui, il y a encore beaucoup trop d'eucalyptus, autour de l'étendue, trop gourmands en eau.
Sur le chemin pour arriver au barrage  / © Marie Heidmann
Sur le chemin pour arriver au barrage / © Marie Heidmann

 

Mission "Petits enfants"

Zazakely, enfants de Madagascar est une association emblématique des liens historiques qui existent entre l'Alsace et Madagascar depuis des décennies et qui illustrent bien cet idéal d'humanisme rhénan que beaucoup partagent dans la région. L'ONG est un village d’enfants entièrement créé, géré et financé par des Alsaciens depuis 20 ans.

Les 20 ans seront célébrés sur place à Madagascar les 22 et 23 octobre prochains en présence de 45 parrains et marraines alsaciens qui se déplacent tout spécialement pour l’événement. Le comédien alsacien Alex Lutz, connu pour son interprétation de Catherine dans La Revue de presse de Catherine et Liliane au Petit Journal, sur Canal +, en est le parrain de l'association et la présentatrice du JT régional, Sylvie Malal, la vice-présidente.

Une aire de jeux toute neuve pour les enfants de Zazakely / © Sylvie Malal
Une aire de jeux toute neuve pour les enfants de Zazakely / © Sylvie Malal

 

Coup de foudre à Madagascar

Zazakely fut créé il y a 20 ans par un couple, Michèle et Gérard Esslinger. Ils sont tous les 2 professeurs, et lui a passé 2 ans à Madagascar en tant que coopérant. De retour à Drusenheim, il entraîne ses élèves dans un partenariat avec des jeunes Malgaches et organise un voyage sur place.

Les Alsaciens présentent alors une comédie musicale. A partir de là, des liens très forts se créent. Nous sommes en 1990. Et c'est 6 ans plus tard, en 1996, que l'association voit officiellement le jour pour fédérer toutes ces aides et devenir plus efficace. C'est Michèle Esslinger qui prend la présidence.

Depuis, mari et femme n'ont jamais cessé d'oeuvrer pour le bien-être des enfants de leur "Nid de Cigognes". Ils sont également entourés d'une dizaine de personnes dans leur comité, solides, fiables qui ne comptent pas leur temps.

Michèle et Gérard Esslinger, le 19 octobre 2016, devant le lieu où ils ont accueillis les premiers enfants 10 ans plus tôt. / © Marie Heidmann
Michèle et Gérard Esslinger, le 19 octobre 2016, devant le lieu où ils ont accueillis les premiers enfants 10 ans plus tôt. / © Marie Heidmann

 

L'équipe tombe du Nid

46 enfants de 0 à plus de 18 ans (abandonnés dans la rue ou laissés par leur famille et placés en tutelle par la justice locale) vivent au "Nid de cigognes", dans la banlieue de Tananarive. Ils sont scolarisés et accompagnés jusqu’à leur indépendance professionnelle et échappent ainsi à la misère et à la mort pour certains d’entre eux.

Le Nid de cigognes s'est construit à partir de rien sur un lopin de terre cédé pour un bail de 99 ans, par la municipalité. L'association Zazakély a tout construit: les maisons familiales, les lieux de vie commune, le réfectoire, les sanitaires, les aménagements extérieurs.

Elle a été grandement aidée depuis le début par des entreprises alsaciennes qui paratiquent le mécénat. Le nom "Nid de cigognes" n'a pas été donné par hasard !
Le Nid de cigognes
Le Nid de cigognes
Aujourd'hui, ce sont 46 enfants qui sont entièrement pris en charge, en tutelle, logés, nourris et scolarisés dans des écoles d'expression française. Ils ont entre 0 et 25 ans. Ils peuvent bien sûr quitter le centre à leur 18 ans, mais peu le font, car ils trouvent là-bas les conditions d'un meilleur départ dans la vie active, ce qui explique l'âge avancé des plus grands.

Le Nid de cigognes accueille 20 élèves de 1ere et terminale D du Gymnase Jean Sturm de Strasbourg qui sont à Madagascar pour deux semaines avec trois enseignants.  / © Sylvie Malal
Le Nid de cigognes accueille 20 élèves de 1ere et terminale D du Gymnase Jean Sturm de Strasbourg qui sont à Madagascar pour deux semaines avec trois enseignants. / © Sylvie Malal

 

"Un havre de paix"

À une dizaine de kilomètres du centre de Tana se trouve le Nid de cigognes de Zazakely, dans la commune d'Ambatolempy. Il nous a fallu plus d'une heure pour nous y rendre. Circulation dense et donc très ralentie, pistes non goudronnées et chaotiques, une terre rouge, de la poussière et de la pollution qui prend à la gorge.

Mais nos premières impressions, ce sont aussi ces couleurs, cette vie qui grouille. Et ce qui saute aux yeux tout de suite; l'immense pauvreté.
© Marie Heidmann
© Marie Heidmann
Le Nid de cigognes, lui, est un havre de paix quand on y arrive enfin. De solides bâtisses, de l'espace, des fleurs et des terrains de jeux pour les enfants. Une enclave alsacienne ! Ici tout ou presque a été fourni par des Alsaciens, en matériel souvent: fenêtres, carrelages, cuisine.

Visite guidée avec Michèle et Gérard Esslinger à droite / © Sylvie Malal
Visite guidée avec Michèle et Gérard Esslinger à droite / © Sylvie Malal

 

Au dispensaire

C'est mercredi : les enfants rentrent de l'école à midi. Rires et sourires. Ils viennent chacun nous dire bonjour avec un large sourire. Le repas s'organise vite. Les enfants mangent dans la grande salle à manger commune avec les maman nounou.
© Sylvie Malal
© Sylvie Malal
Les enfants de Zazakely s'amusent
Entourés de Michèle et Gérard Esslinger, les fondateurs de Zazakely, les enfants jouent sous le regard de notre équipe. - France 3 Alsace - Sylvie Malal

En début d'après midi, certains vont aller se faire vacciner contre la rougeole. Ils se rendent au dispensaire du quartier qui sert à 15.000 habitants. Nous les accompagnons. Ce petit dispensaire est spartiate. Il fonctionne sans eau courante ni électricité. Zazakely a pour projet d'en rebâtir un plus élaboré, c'est une promesse que l'association a faite à la mairie.

© Marie Heidmann
© Marie Heidmann

En photo, l'unique table d'accouchement et 4 pauvres lits pour les accouchées. Aucun équipement.

© Marie Heidmann
© Marie Heidmann

 

Le dispensaire de santé d'Ambatolampy (banlieue de Tana) / © Marie Heidmann
Le dispensaire de santé d'Ambatolampy (banlieue de Tana) / © Marie Heidmann

 

Une plongée aux origines de l'ONG

Ensuite, nous nous rendons dans deux familles qui ont confié leurs enfants à Zazakely et comprenons immédiatement leur immense pauvreté. 

Ce n'était pas un abandon, mais un acte d'amour

nous confie Mariette,70 ans, la grand mère de Lovotra, arrivée au centre à l'âge de 3 ans. Cette jeune femme en a aujourd'hui 22 ans. Elle est devenue assistante sociale.

Mariette, 70 ans, la grand mère de Lovotra, arrivée au centre à l'âge de 3 ans.  / © Sylvie Malal
Mariette, 70 ans, la grand mère de Lovotra, arrivée au centre à l'âge de 3 ans. / © Sylvie Malal
Il y a beaucoup d'émotion chez ces grands-mères mais aussi chez Gérard et Michèle Esslinger qui n'ont pas cessé de maintenir le contact avec les familles.
© Marie Heidmann
© Marie Heidmann
Zazakely : l'abandon des enfants
A Madagascar, nombreux sont les parents qui confient leurs enfants à l'ONG Zazakely car ils n'ont pas les moyens de subvenir à leurs besoins. - France 3 Alsace - Sylvie Malal
Le couple nous emmène enfin sur les lieux de la première maison qu'il avait loué en 1997, là où sont arrivés les premiers enfants Zazakely, avant que le Nid de cigognes voit le jour. Michèle et Gérard découvrent qu'elle a été rasée, ils sont touchés. C'est une page qui se tourne.

Reportage

Ces Alsaciens à Madagascar : l'ONG Zazakely

 Interview de Gérard et Michèle Esslinger le 19 octobre 2016 / © Sylvie Malal
Interview de Gérard et Michèle Esslinger le 19 octobre 2016 / © Sylvie Malal

 

C'est la fête au village !

Ce samedi, grosse fête au bises cigognes pour souffler les 20 ans de Zazakely. Les parrains et marraines sont arrivés d'Alsace tout spécialement.
© Marie Heidmann
© Marie Heidmann
Les enfants du village étaient invités à venir jouer avec les enfants du nid de cigognes : manèges malgaches, jeux en tout genre et Zumba.
© Marie Heidmann
© Marie Heidmann
Quelle ambiance ! 600 enfants étaient là, c'est ça aussi l'esprit de Zazakely : être ouvert sur l'extérieur !
Les 20 ans de Zazakely
Les parrains et marraines sont arrivés d'Alsace tout spécialement et les enfants du village étaient invités à venir jouer avec les enfants du nid de cigognes.  - France 3 Alsace - Marie Heidmann

© Marie Heidmann
© Marie Heidmann

 

La cérémonie officielle

Drapeaux français et malgache côte à côte haut dans le ciel pour la cérémonie officielle des 20 ans de l'ONG Zazakely. "Zazakely, un modèle du genre" nous dit le représentant de l'ambassade de France, chargé des organisations non gouvernementales et invité pour l'occasion.
Ce tableau a été peint par Dan 23 durant la fête de l'ONG Zazakely, place Gutenberg, à Strasbourg, en mai dernier. Il a ensuite été acheté aux enchères par le comédien Alex Lutz qui l'a très élégamment offert aux enfants du Nid de Cigognes. Les organisateurs l'ont ramené à Mada, au centre, où il occupera une place de choix.
 / © Marie Heidmann
Ce tableau a été peint par Dan 23 durant la fête de l'ONG Zazakely, place Gutenberg, à Strasbourg, en mai dernier. Il a ensuite été acheté aux enchères par le comédien Alex Lutz qui l'a très élégamment offert aux enfants du Nid de Cigognes. Les organisateurs l'ont ramené à Mada, au centre, où il occupera une place de choix. / © Marie Heidmann
Après les discours officiels, place à la fête et au spectacle préparé par les 46 enfants du centre pour les 150 invités dont une grande majorité d'Alsaciens. D'ailleurs y en a t'il jamais eu autant rassemblés à Mada?
Cérémonie officielle pour les 20 ans de Zazakely
Les enfants chantent "KIDS UNITED - On Ecrit Sur Les Murs" - France 3 Alsace - Marie Heidmann
Michèle Esslinger a profité du côté solennel pour annoncer qu'elle passerait la présidence en mars prochain à Sylvie Malal.
Sylvie Malal à côté de Michèle Esslinger / © Marie Heidmann
Sylvie Malal à côté de Michèle Esslinger / © Marie Heidmann
Parmi les invités : des officiels malgaches, des familles des enfants, 35 parrains et marraines d'Alsace, et d'autres Alsaciens : 25 lycéens du gymnase Sturm en voyage à Mada, le strasbourgeois Guy Maximini stomatologue, l'artiste Nikita Schumacher qui oeuvre aux côtés de Maximini, Jean-Paul Burgun des montres Lannier de Saverne, grand amoureux de l'île rouge, les Boehrer qui œuvrent pour la fondation Merieux sur place.
© Marie Heidmann
© Marie Heidmann


La cérémonie officielle des 20 ans de l'ONG Zazakely. / © Marie Heidmann
La cérémonie officielle des 20 ans de l'ONG Zazakely. / © Marie Heidmann

 

Retour en arrière : l'aide des collègiens de Soufflenheim

Ils ont couru, longtemps et vite, les collégiens de Soufflenheim, c'était le 22 mai dernier. Car leur objectif était de récolter un maximum d'argent pour l'association Zazakely. Le résultat fut au-delà de leurs espérances: 8573 euros totalisés, en se faisant parrainer à chaque tour effectué.

Ensuite tout s'est accéléré. Les élèves voulaient offrir un four à pain au Nid de Cigognes. Un concours de circonstance heureux a permis de faire encore plus, et de construire à l'intérieur du centre, une boulangerie. Car les boulangers de Herrlisheim ont fait don, l'un de son four à pain, l'autre de son pétrin.
Julien Beyler, un des boulangers d'Herrlisheim et son papa ont même décidé de venir bénévolement sur place pour l'installation. Avant leur venue, les plus âgés des pensionnaires du Nid de Cigognes, en formation "métiers du bâtiment"  se sont mis à construire une boulangerie.
Le convoi lui a mis 51 jours pour arriver, camion, mer, attente à la douane puis re-camion. Toute une aventure à découvrir en vidéo !

 

Le jumper de l'ONG provient d'un don de la fondation Kronenbourg. Le chauffage s'appelle Hoby. C'est lui qui ramène et récupère les enfants à l'école chaque jour. / © Sylvie Malal
Le jumper de l'ONG provient d'un don de la fondation Kronenbourg. Le chauffage s'appelle Hoby. C'est lui qui ramène et récupère les enfants à l'école chaque jour. / © Sylvie Malal

 

Page spéciale 19/20

Ce voyage vous a également été narré et synthétisé par Marie Heidmann, mardi 15 novembre lors d'une page spéciale du 19/20. 

(Re)voir
Page spéciale 19/20 : retour sur le voyage à Madagascar


Devenez parrain ou marraine !

A l'occasion des 20 ans de l'association, il y aura tout au long de l'année 2016 des manifestations en Alsace mais vous aussi, vous pouvez vous engager, très simplement ! Le parrainage est un don régulier, il se fait sur la base de 5 à 30 euros par mois (ou plus bien sûr). Vous aiderez ainsi à assurer le bonfonctionnement du Nid de Cigognes et vous recevrez plusieurs fois par an des nouvelles de la vie du centre.

75% des dons sont déductibles des impôts, jusqu'à hauteur de 521 euros. Rendez-vous sur le site de Zazakely, vous pouvez tout faire en ligne.