Région Grand Est : “Jean Rottner est courageux d'y aller”

Le maire de Mulhouse, président du groupe LR, a été désigné lundi soir par la majorité régionale candidat à la succession de Philippe Richert. Sauf surprise, Jean Rottner devrait prendre la présidence du Grand Est. Une position "enviable" ? Regards croisés de deux politologues.

Par Cécile Poure

Jean Rottner, maire de Mulhouse et vice-président de la Région en charge de la compétitivité du territoire, devrait donc prendre logiquement le fauteuil de Philippe Richert. Un fauteuil somme toute peu confortable. Voire éjectable. 

On vous explique pourquoi avec l'aide des politologues Philippe Breton et Richard Kleinschmager.

Le décor : rouge et blanc


Souvenez-vous c'était en 2014. Comme Philippe Richert, Jean Rottner était vent debout contre le redécoupage territorial. Il était de toutes les manifestations, au premier rang, avec sa gouaille feutrée et sa colère politicienne. Comme en octobre, place de Bordeaux.


Mieux : il avait lancé en juillet  un appel "Arrêtons de subir". Oui quand même hein, c'est explicite. Un appel pour que "les Alsaciens prennent leur destin en main", pour l'instauration d'un Conseil unique d'Alsace, contre la méga-Région. Pétition qui avait recueilli 50.000 signatures.

Bref, les choses ont bien changé. Voilà désormais notre passionaria alsacienne, prête (tout comme son mentor Philippe Richert à l'époque) à prendre les rennes de cette grande région jadis honnie. Pourquoi un tel retournement de veste ?

Le principe de réalité


Voilà le grand mot. Richard Kleinschmager, politologue, "n'aime pas l'expression retournement de veste". Utilisons donc celle de "principe de réalité". Beaucoup plus subtile.

Disons simplement que ce terme à l'origine psychanalytique décrit la propension de l'homme politique à ajourner ses désirs (une Alsace autonome en l'occurence) pour coller au plus près à la réalité (le redécoupage territorial). Vous suivez?

Richard Kleinschmager m'explique que, déjà en 2014, sa position en faveur d'une Alsace toute seule était à l'époque une "opération politique""Pour contrer Valls et le gouvernement", pour contrer "le PS". En terme de convictions donc, c'était déjà pas folichon. Et puis que, la réforme allant bon train, le principe réalité l'a emporté. Le constat: "on en est là", entraînant la question fatidique :"Que dois je faire maintenant?" Le réalisme est aussi pragmatisme. Deux options "entrer en résistance au niveau infrarégional" et subir ou "agir de l'intérieur et infléchir les politiques régionales".

Philippe Breton lui aussi met en avant cet argument massue. Le réalisme politique.
"La grande région est là. C'est la loi. Si les politiques veulent s'investir, ils n'ont pas le choix." C'est au fond ce qui a piégé Richert : il a accepté ce redécoupage après un grand battage médiatique dans le sens contraire. Les réalismes peuvent parfois conduire à des situations surréalistes.

Et d'ailleurs ajoute le politologue, "aucun élu alsacien n'est vraiment en position de rupture avec cette grande Région, ils sont légalistes".

Jean Rottner a choisi d'agir de l'intérieur quitte à ce que, comme ces prédécesseurs, "les régionalistes le prennent très mal comme une trahison". N'est-ce pas.


Un président alsacien, un atout, vraiment?


Agir de l'intérieur. Jean Rottner le pourra-t-il vraiment? Oui, affirme Richard Kleinschmager. "Il connaît les intérêts alsaciens, il connaît le territoire"; il sera plus en position de défendre les positions alsaciennes qu'un Champardennais dans cette "région faite de bric et de broc". Quitte, pourquoi pas, à expérimenter des transferts de compétences?

Pour Philippe Breton, c'est nonJean Rottner "est très courageux d'y aller". Car ce qui l'attend n'est pas super réjouissant. Il ne disposera que d'une marge de manoeuvre très limitée. Un budget riquiqui, de plus en plus. Et une grande région "disparate" qui n'est "pas encore sur les rails". Une région "en difficultés financières et structurellement difficiles". Top. 

Philippe Breton de rajouter. "Avant les évènements en Catalogne, les Alsaciens pouvaient au mieux espérer quelques infléchissements du gouvernement concernant la fusion de leurs deux départments au sein de la grande Région." Mais là, avec le réferendum cata catalan, c'est fini. Macron a affiché son soutien au gouvernement espagnol, il ne cautionnera donc plus un rapprochement alsacien ou toutes vélléités autonomistes.

Et le politologue de conclure "tout cela n'est pas très favorable". Mouais.

Un fauteuil pas très confortable 


Jean Rottner part heureusement avec quelques avantages. Il est jeune. Ça compte. En politique, il faut être endurant. Il fait partie de la majorité de droite LR. Il possède donc au conseil régional une position solide. Et puis, il a de l'expérience. A la ville de Mulhouse, depuis mai 2010 et au conseil régional, où il exerce depuis le 4 janvier 2016, les fonctions de vice-président chargé de la compétitivité des territoires.

Pour Philippe Breton, Jean Rottner jouit d'une image "moins entamée par les revirements" que celle de Philippe Richert. "Dans le Bas-Rhin, il peut même apparaître comme un homme nouveau."

Pour le reste, Jean Rottner a aussi pas mal d'handicaps."C'est un homme de la ville" nous dit  Richard Kleinschmager. Dans une grande région, grandement rurale comme la nôtre, effectivement cela peut poser quelques problèmes.

Et puis surtout, il est alsacien. "Ce sera une tâche difficile" poursuit Richard Kleinschmager. Encore un Alsacien à la présidence de la grande Région, les élus du conseil vont finir par en prendre ombrage. Et "pourraient à juste titre demander une alternance" afin que les autres anciennes régions aient eux aussi la gouvernance.
Philippe Breton est du même avis " Encore un Alsacien". Cela l'empêchera de défendre un statut particulier pour l'Alsace, tout favoritisme sera "encore plus mal venu".

Il est alsacien. Et demandez au pauvre Philippe, dans ce cas là, ce n'est pas une sinécure. Nous l'avons dit, les autonomistes alsaciens, tous ceux qui n'ont pas digéré la Grande Région, vont lui mener la vie dure. Ca commence déjà.

Et Philippe Breton de conclure "il aurait été plus simple pour les Alsaciens que ce nouveau président ne soit pas alsacien."  Nous voilà bien.


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