10 choses à savoir sur le Chemin des Dames

© Stéphanie Trouillard
© Stéphanie Trouillard

Le 16 avril prochain, aura lieu la commémoration du centenaire de la bataille du Chemin des Dames. Un évènement majeur de la première guerre mondiale mais aussi de la mémoire collective française. Voici 10 petites choses que vous ne savez peut-être pas sur l'offensive Nivelle.

Par Jennifer Alberts

Son nom

Ce nom a été donné la RD18CD dans la 2ème moitié du 18ème siècle, époque où on appelait "Mesdames" Adélaïde et Sophie, les filles de Louis XV et tantes de Louis XVI. En 1776, Françoise de Châlus, Duchesse de Narbonne, Dame d'honneur de Madame Adélaïde, fait l'acquisition du château de la Bove situé entre Bouconville, Sainte-Croix, Ployart et Chermizy dans l'Aisne. La légende veut que pour faciliter le voyage des "Mesdames" jusqu'au château, le chemin qui y mène fut rendu carrossable et prit ainsi le nom de Chemin des Dames.


Son classement en zone rouge

La RD 18CD traverse 18 villages dont 7 ont été totalement ou partiellement détruits durant la bataille du Chemin des Dames. En 1923, cette zone est classée "rouge" par l'Etat : en raison des dommages subis par les terres et de la présence de milliers de cadavres et de millions de munitions non explosées, certaines activités sont provisoirement ou définitivement interdites par la loi. 

Dans l'Aisne, les commissions cantonales classent plus de 19.000 hectares de terres en zone rouge en 1919. Ces terrains ravagés par les combats sont situés sur l'ensemble du Chemin des Dames, mais aussi dans le Soissonnais et le Vermandois. En raison de leur potentiel agricole, ces terres sont progressivement remises en culture. En 1927, la zone rouge de l'Aisne se stabilise à 717 hectares à l'est du Chemin des Dames sur le plateau de Californie.

L'offensive devait être foudroyante

Le plan proposé par le général Robert Nivelle, à la tête des opérations, est de percer sur la ligne du Chemin des Dames. Une fois le front des premières et deuxièmes lignes allemandes enfoncées, une armée de réserve serait lancée dans cette trouée pour en finir avec les troupes allemandes.

La rapidité de progression des Français dès le début de l'offensive est la clé de son succès. Il estime que l'offensive durera 24h voire 48h. Nivelle prévoit ainsi qu'au soir du 16 avril, ses soldats auraient franchi la rivière l'Ailette pour atteindre la Somme 4 jours plus tard. 

Mais c'est sans compter sur le fait que les premières et deuxièmes lignes allemandes ont été très peu touchées par les bombardement censés préparer le terrain. Les Allemands quitteront le Chemin des Dames dans la nuit du 1er au 2 novembre.



Il fut le théâtre d'autres batailles

Le plateau du Chemin des Dames a connu d'autres batailles. Dominant la plaine entre Laon et Reims, son intérêt stratégique est apparu dès l'Antiquité. Selon une autre légende, Jules César et ses légions défirent les Belges en 57 av. Jésus-Christ sur la plaine vers Berry-au-Bac lors de la Guerre des Gaules.

18 siècles plus tard, Napoléon 1er y livre la bataille de Craonne : il y affronte le 7 mars 1814 armées russes et prussiennes du général Blücher au cours de la Campagne de France. Cette bataille fit 5.400 morts dont de nombreuses très jeunes recrues appelées les Marie-Louise. Un monument commémore encore cette bataille sur le plateau de Hurtebise, à proximité de la Caverne du Dragon.


Un jardin exotique donne son nom au plateau de Californie

Henri Vasnier, un associé de la maison de champagne Pommery, achète au 19ème siècle, une propriété de 47 hectares sur la "Montagne de Craonne". Ce domaine se compose d'une ferme et de terres cultivables, de bois, de carrière... Le propriétaire y fait construire une maison de villégiature, un petit zoo et un jardin exotique réunissant des espèces rares venues d'Amérique. On appela ce jardin botanique, le "Jardin de Californie".

Selon une autre version, ce nom viendrait de La Californie, un établissement de plaisir s'inspirant des saloons de l'Ouest américain et installé sur le plateau.


Le grand-père de François Hollande a combattu sur le Chemin des Dames


Gustave Hollande est mobilisé le 4 août 1914. Il n'a que 21 ans, est élève à l'Ecole Normale et porte le matricule 568. Le grand-père du Président est envoyé sur le front en janvier 1915, d'abord dans l'Aisne entre Roucy et Berry-au-Bac puis à Verdun. Il y est blessé en avril 1915 mais est réaffecté à Roucy en juillet de la même année.

Intégré au 33e régiment d’infanterie commandé par Charles de Gaulle qui n'était alors que capitaine, il repart à Verdun, où 1 500 soldats de son unité sont tués. Entre avril et juin 1916, il est stationné avec son unité dans les Ardennes avant d'aller se battre dans la Somme en septembre. En février 1917, il est promu sergent.
Son régiment prendra part aux combats de l'offensive Nivelle sur le Chemin des Dames en avril 1917.

Après un passage sur les champs de bataille des Flandres et une Croix de guerre (étoile d’argent, avec citation), Gustave Hollande revient sur le Chemin des Dames en 1918 où il sera grièvement blessé en juin près de Chaudun. Démobilisé en 1919, il deviendra instituteur et décèdera en 1984. C'est grâce aux recherches de Frank Viltart, chargé de mission pour le centenaire 14-18, au sein du conseil départemental de l’Aisne, que l'histoire du grand-père du Président Hollande a été exhumée.


Le village de Craonne change de prononciation à cause de la chanson

La Chanson de Craonne, créée lors des mutineries de 1917 suite à l'échec de l'offensive Nivelle, a eu une influence peu ordinaire sur le village de l'Aisne dont elle porte le nom. Craonne se prononce habituellement "krɑn", pour avoir le compte de syllabes, la chanson décompose le hiatus et dit "krɑɔn". Cette nouvelle prononciation restera et le nom du village gagnera une syllabe.



Les soldats Basques, excellents lanceurs de grenades


25.000 Basques furent mobilisés durant la première guerre mondiale. 6.000 ne revinrent jamais, la plupart tuée lors de la bataille du Chemin des Dames. Beaucoup sont des paysans et pratiquent la pelote basque. D'où leur habilité à lancer des grenades.

La légende veut que le champion du monde de pelote, Joseph Apesteguy dit Chiquito de Cambo, et certains de ses compagnons d'armes lançaient les grenades avec un gant de pelote plat, le bolea… Le Camboard sera blessé, cité plusieurs fois à l'ordre de l'armée et décoré de la croix de guerre avec étoile de bronze.  

En 1928, le monument des Basques, ou mémorial de la 36e division d'infanterie, est inauguré à Craonnelle, dans l'Aisne, en France. Sa construction fut financée par des souscriptions publiques et des subventions de communes basques et landaises. 

Les premiers chars français


Le 16 avril 1917, une nouvelle arme est testée à Bery-au-Bac (02) par l'armée française : le char d'assaut. Les Britanniques avaient utilisé pour la première fois les leurs lors des combats dans de la Somme quelques mois plus tôt. Il aura fallu au Général Estienne, surnommé le père des tanks, batailler ferme contre l'administration pour imposer son idée de chars à la française. 

Deux modèles sont fabriqués pour faire jouer la concurrence : le Schneider et le Saint-Chamond, Le Schneider pèse 14 tonnes. Le Saint-Chamond, 23…..Ses chenilles sont trop petites : on le surnomme l’éléphant aux jambes de gazelle. Le 16 avril, 128 chars Schneider sont engagés.

Mais ils tombent en panne ou s’enlisent dans les trous d’obus et les larges tranchées creusées par l’ennemi. Ces cibles faciles sont pilonnées par l’artillerie allemande. Les bidons d’essence supplémentaires dont on les a garnis s’enflamment.

76 machines seront perdues, ce jour-là. Estienne finira par imposer les chars Renault, plus légers qui accompagneront l’infanterie vers la victoire en 1918.

Guillaume Apollinaire oui, mais en 1916


Guillaume Apollinaire est l'une des célébrités associées au Chemin des Dames. Mais il n'y a pas combattu lors de l'offensive Nivelle en 1916. En mars, sous-lieutenant au sein du 96e régiment d'infanterie, il se trouve au bois des Buttes près de Pontavert. Blessé à la tête et rapatrié, il profite de sa convalescence pour écrire Calligrammes, oeuvre dans laquelle il évoque le front : 

Mais j'ai coulé dans la douceur de cette guerre avec toute ma compagnie au long des longs boyaux
Quelques cris de flamme annoncent sans cesse ma présence
J'ai creusé le lit où je coule en me ramifiant en mille petits fleuves qui vont partout
Je suis dans la tranchée de première ligne et cependant je suis partout ou plutôt je commence à être partout
C'est moi qui commence cette chose des siècles à venir
Ce sera plus long à réaliser que non la fable d'Icare volant



 

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