Ils sont agro-écologues, hackers, community manager… Leur point commun : la volonté de créer un laboratoire éco-responsable d’initiatives citoyennes basé sur le partage libre des connaissances. Focus sur un lieu d’utopie qui prend vie dans l’Oise.

Le libre savoir

L'Hermitage, un projet de ferme écolab située à une heure de Paris, court sur 30 hectares de terrain où se trouvent 20 bâtiments, 4 hectares de terres cultivables et une forêt. En cours d'acquisition par un collectif grâce à une campagne de financement participatif, elle est le lieu de réflexion permanente sur le mieux-être et le partage.

Transition énergétique, hacktivisme, agro-écologie et vivre ensemble : ce sont un peu les mots magiques du collectif qui a invesi les lieux. Leur point commun : la transmission du savoir de manière libre. L'objectif : que chacun puisse venir y parfaire ses acquis ou à l'inverse, dispenser ses propres connaissances.

"Ce n'est pas forcément à l'Etat ou aux sociétés privées de répondre aux besoins de chacun : c'est toute la société à travers son potentiel. L'idée, c'est de profiter de toutes les qualités de notre population pour trouver des solutions" , présente Mathieu Karinthi, co-fondateur projet Hermitage, veillant à utiliser le vocable "sachant" et "apprennant", qui n'est pas sans rappeller les méthodes d'éducation alternatives type Montessori. 


Nouvelles technologies "éthiques"

Qui a dit que les nouvelles technologies et le vivre-ensemble étaient incompatibles ? À l'Hermitage, les nouvelles technologies sont exploitées au profit du savoir et du partage. À la base de tout, l'open source. En projet, des course de drones, des ruches et un potager connecté.

Mathieu nous emmène dans un ancien garage-atelier qui doit être transformé en "Vehicle Research Lab", un lieu citoyen de recherche autour des véhicules propres. "Ce sera un peu comme un garage collaboratif. Chacun pourra venir réparer son véhicule mais aussi apprendre à comprendre et à travailler sur des logiciels embrarqués de véhicules. On aura aussi dans cette pièce un fablab avec des imprimantes 3D", raconte Mathieu, qui travaille également pour SOS Méditerranée.

Mathieu Karinthi, co-fondateur projet Hermitage

Mais tout ça a un coût. Afin de remettre les lieux aux normes, les initiateurs du projet ont lancé une campagne de financement participatif sur la plateforme Ulule. Leur premier palier, d'un montant de 35 000 euros, a largement été atteint. Et pour cause : ils ont pu récolter la somme de 102 381 € en l'espace de trois mois. 

Un chantier permanent à ciel ouvert

"Dans tout l'univers ne reste immuable que l'esprit", écrivait Tchekov.

"On pourra rénover un bâtiment pour - pourquoi pas - faire d'autres expérimentations dans plusieurs années. L'important étant d'acquérir de la donnée sur son fonctionnement", explique Mathieu. 

Faire-défaire, pour mieux comprendre. Les responsables du projet Hermitage comptent également lancer des chantiers participatifs. "Ce ne serait pas uniquement pour la pose en soi mais pour comprendre le cycle de vie des matériaux, sachant que les bâtiments de l'Hermitage sont représentatifs ce qu'on trouve généralement en Picardie."

Mathieu Karinthi, co-fondateur projet Hermitage

 

Une bâtisse chargée d'histoire

La propriété a, depuis le début des années 1950, été un espace moderne, d’accueil, de fraternité, d’expérimentation et d’innovation sociale. Les bâtiments ont accueilli un poulailler industriel dans les années 40 pour ensuite se faire racheter par d’anciens lépreux souhaitant y vivre en autonomie. L’Hermitage fut aussi, jusqu’à récemment, le siège d’une ONG, le Centre international de développement et de recherche. 

Le projet Hermitage s'inscrit résolument dans l'histoire du lieu. L'ouverture au public prévue pour l'automne. L'association se donne 1 an avant de trouver le fonctionnement idéal. 

À Autrêches, la vie en open-source
Tristan Baudenaille, Manon Labat et Pierre-Olivier Pappini ;